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Libye : ces morts que l'Otan ne veut pas voir


International
Jeudi 22 Décembre 2011 - 16:44

Sept mois de bombardements aériens, 26.323 sorties, 9.658 raids de bombardement, 7.700 bombes et missiles tirés sur la Libye, et aucune victime civile ? Le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, l'affirmait encore en novembre : "Nous avons mené cette opération avec beaucoup de précaution, sans qu'il y ait de cas confirmés de victimes civiles".


Libye : ces morts que l'Otan ne veut pas voir
Face à la propagande de Mouammar Kadhafi, qui l'accusait grossièrement d'avoir tué des centaines de civils, alors qu'elle intervenait justement pour les protéger, l'Otan a fait valoir que sa guerre était "une guerre propre". Jusqu'à ce qu'une enquête du "New York Times", publiée le 17 décembre, la force à admettre, du bout des lèvres, que "les informations rassemblées semblent indiquer que des civils innocents ont été tués ou blessés".

Après des semaines d'investigation, le quotidien américain dénombre "au moins 40 et peut-être plus de 70 civils tués par l'Otan, dont au moins 29 femmes et enfants". Des victimes qui, la plupart du temps, ont perdu la vie dans leur maison, pendant leur sommeil, comme le raconte un père de famille, qui a perdu sa femme et deux de ses enfants, dans le reportage vidéo (en anglais) qui accompagne l'article.

C'est aussi le cas de M. Gharari, retraité qui a vu périr plusieurs membres de sa famille dans un bombardement en juin. L'Otan avait alors reconnu une bavure avant de se rétracter. M. Gharari attend toujours qu'elle admette une bonne fois pour toute avoir commis une erreur. D'autant que, depuis, la rumeur court, dans son quartier, que si l'Otan a frappé, c'est parce que sa famille est pro-Kadhafi…

Des bavures documentées

Le bilan de ces "erreurs" pourrait être bien plus élevé, estime le "New York Times", ses journalistes n'ayant pu se rendre sur tous les sites bombardés. Ils en ont étudié plus de 25 à Tripoli, Surman, Mizdah, Zlitan, Ga’a, Majer, Ajdabiya, Misrata, Surt, Brega et Sabratha et près de Benghazi. Dans un dossier interactif, 13 dommages collatéraux sont détaillés : un bureau de poste, un hôpital, des maisons, une colonne de chars des forces libyennes dont les insurgés s'étaient emparés... Des documents précieux pour essayer de comprendre ce qui a pu se passer.

Refus d'enquêter

Libye : ces morts que l'Otan ne veut pas voir
A partir des éléments qui ont été recueillis, le quotidien avance des hypothèses. Ces erreurs meurtrières sont-elles dues à une bombe défectueuse ? A des renseignements défaillants ou datés ? A des militaires peu expérimentés ? Ou parce qu'il est arrivé que des cibles soient frappées à deux reprises dans un court intervalle, faisant ainsi des victimes parmi les civils venus secourir les blessés de la première frappe ?

Autant de questions sans réponses. Car en dépit de ces bavures documentées, l'Alliance atlantique n'entend pas pour autant battre sa coulpe : elle renvoie la responsabilité d'ouvrir une enquête aux nouvelles autorités libyennes, qui doivent leur survie en grande partie aux frappes de l'Otan…

Impunité

Une investigation sur les erreurs d'aujourd'hui aurait pourtant permis d'éviter de les reproduire demain. "L'Otan se comporte en Libye comme elle a agi au début en Afghanistan", déplore le "New York Times". Ce n'est qu'après s'être mis la population à dos pour avoir refusé de reconnaître, voire ignoré des bavures à répétition, que l'Alliance s'était enfin décidée à ouvrir des enquêtes et revoir ses pratiques pour limiter les dégâts sur les civils. N'a-t-elle donc pas tiré les leçons de l'Afghanistan ? Pour Fred Abrahams, de l'ONG Human Rights Watch, "l'atmosphère d'impunité" qui prévaut en Libye semble indiquer le contraire.

Par Sarah Halifa-Legrand
Pour www.french.irib.fr
Mamoudou Kane


              

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