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Liban: L'insoutenable légèreté du patriarche


International
Lundi 12 Septembre 2011 - 14:12

En défendant lors de sa visite à Paris le régime sanguinaire syrien, le patriarche maronite du Liban, Bechara Al-Rai, risque d'accréditer la thèse que les chrétiens d'Orient ne peuvent vivre dans les pays arabes qu'à l'abri des dictatures.


Le patriarche maronite Bechara Al-Rai en mars dernier
Le patriarche maronite Bechara Al-Rai en mars dernier
Ce sont des déclarations pour le moins étonnantes qu'on a entendues de la bouche du patriarche maronite du Liban Bechara Al-Rai, lors de sa visite à Paris [du 3 au 11 septembre]. Ce dernier a en effet demandé aux autorités françaises de ne pas précipiter le changement de régime en Syrie, par souci pour la situation des chrétiens dans ce pays. Plus généralement, il craint que les révolutions arabes ne se soldent par des guerres civiles et mettent en péril l'avenir des chrétiens au Moyen-Orient.

Nous devons évidemment partir du principe que le patriarche est de bonne foi et qu'il exprime une peur réelle de certains de ses ouailles de voir se répéter l'amère expérience de leurs coreligionnaires en Irak. Toutefois, ces déclarations sont très graves, puisqu'elles signifient implicitement que les chrétiens ne pourraient vivre dans les pays arabes qu'à l'abri d'une dictature.

Certes, on peut appréhender que des forces islamistes établissent leur domination, mais cette appréhension est partagée par de nombreux musulmans. Le spectre de la guerre civile et du chaos concerne autant les musulmans que les chrétiens. C'est ce que montre, là encore, l'exemple de l'Irak. Lier la présence chrétienne au Moyen-Orient au sort des dictatures revient par ailleurs à faire du tort aux chrétiens eux-mêmes, eux dont beaucoup ont apporté une contribution considérable à l'histoire de leurs pays en défendant précisément les valeurs de l'égalité, de la citoyenneté et des droits de l'homme.

Saddam Hussein, qui a détruit son pays, a-t-il protégé les chrétiens ? Le régime égyptien, dont on a appris qu'il attisait les divisions confessionnelles, a-t-il servi les chrétiens ? Le régime syrien, qui a alimenté le chaos en Irak en provoquant la fuite de ses chrétiens et qui a empêché ceux du Liban de participer au pouvoir pendant sa tutelle [1976-1995], a-t-il fait du bien aux chrétiens ? Question plus grave : est-ce que la présence et le rôle des chrétiens dans certains pays étaient liés à l'injustice et à la répression exercées à l'encontre d'autres confessions ?

Il est injuste de voir dans les révolutions arabes un prétexte pour en finir avec les minorités. Ces révolutions ont été engendrées par la répression et le mépris dans lesquels étaient tenus depuis des décennies les peuples en question, sans distinction confessionnelle. L'arbitraire, l'absence de liberté et le déni de dignité n'ont pas été l'apanage d'une seule confession.

Le militant qui descend dans la rue veut construire un pays qui ouvre ses bras à tous les enfants de la patrie. C'est du moins ce que nous avons entendu de la part de tous les manifestants, dans tous les pays arabes qui ont connu la révolution. Le chrétien égyptien demandait aux côtés de son concitoyen musulman la liberté, l'égalité sociale et une véritable démocratie pour tous. En Syrie, si le peuple pouvait s'exprimer librement, les chrétiens seraient les premiers à demander la dignité et la démocratie. C'est le régime, à l'aide des médias officiels, qui a présenté les manifestants comme des hordes d'extrémistes islamistes cherchant à accaparer le pouvoir afin de faire du tort aux autres confessions.

Il serait peut-être utile de rappeler au patriarche maronite que le recul de la présence chrétienne au Moyen-Orient a coïncidé avec l'établissement de régimes autoritaires répressifs et que l'extrémisme religieux et le terrorisme sont la conséquence des régimes corrompus et oppresseurs. Nous ne nions pas que les chrétiens aient été l'objet d'exactions dans de nombreux pays, mais la majorité des musulmans insiste pour préserver la présence chrétienne, qu'elle considère comme une richesse pour la société, pour son développement et pour sa prospérité. Les chrétiens font partie de ces pays. Ils n'y sont pas juste de passage.

Naïm Darwish pour Al-Qabas
Mamoudou Kane


              

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