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Liaisons dangereuses : Le général syrien, la veuve du marchand d’armes et le Tout-Paris


Lu sur le web
Mardi 10 Juillet 2012 - 12:34

Manaf Tlass a décidé vendredi d’abandonner le régime syrien. Il a rejoint à Paris sa richissime sœur Nahed, très introduite dans les milieux politiques.


Photo non datée de Manaf Tlass, le général syrien qui a fait défection vendredi (AFP)
Photo non datée de Manaf Tlass, le général syrien qui a fait défection vendredi (AFP)
La défection du général syrien Manaf Tlass a suscité de nombreux articles – mais la plupart restent discrets sur les liens très particuliers d’un membre de sa famille avec l’establishment français, sa richissime sœur Nahed, personnalité mondaine connue du Tout-Paris.

En débarquant à Paris après s’être enfui de Damas, Manaf Tlass ne risque donc pas de devenir SDF, mais plutôt de rejoindre les appartements les plus cossus, et de fréquenter le premier cercle politico-médiatique de la capitale française.

A Paris, Nahed Tlass, la fille du général Moustapha Tlass, ancien ministre de la défense de Assad-père et à ce titre membre de l’entourage immédiat du clan au pouvoir à Damas. Elle est plus connue sous le nom de Nahed Ojjeh, du nom de son défunt mari, Akram Ojjeh, marchand d’armes saoudien, qui était bien plus âgé qu’elle et est mort en 1991 en lui laissant une fortune considérable.

« Les dîners de Mme Ojjeh »

Installée à Paris, Nahed Ojjeh, aujourd’hui agée de 52 ans, mène grand train, devient « mécène » et se lie aux milieux politiques et médiatiques. On lira avec délice le récit des « dîners de Mme Ojjeh » (avec Villepin, Messier etc.) qu’avait fait en 2006 dans Le Monde Ariane Chemin.

Le hasard fait que « M », le magazine du Monde, publiait vendredi dernier, au moment où le général Tlass faisait défection, une photo de Mme Ojjeh prise en 1995 avec son compagnon d’alors : il s’agit du journaliste Franz-Olivier Gisbert, alors patron du Figaro, aujourd’hui celui du Point.

Le couple y figure en compagnie d’un autre journaliste, Norbert Balit, et de l’homme d’affaires, écrivain et mondain Paul-Loup Sulitzer.

Compagne du patron du Figaro en 1995, elle avait été, avant l’alternance de cette année-là, la maîtresse de ... Roland Dumas, le ministre des Affaires étrangères de Mitterrand.

Cette liaison un temps secrète, a commencé à se savoir lorsque des diplomates bien intentionnés, américains et israéliens, ont commencé à faire « fuiter » cette information. Une liaison qui leur semblait insensée, s’agissant de la fille d’un haut dignitaire du régime syrien et du chef de la diplomatie d’un des grands pays occidentaux.

Un scanner pour Sarlat

Nahed Ojjeh avec le maître d'échecs, Vladimir Kramnik
Nahed Ojjeh avec le maître d'échecs, Vladimir Kramnik
Elle fut quasi-officielle lors de l’affaire du scanner de Sarlat, dans la circonscription où se présentait alors Roland Dumas. La fondation Ojjeh avait en effet annoncé qu’elle offrait un scanner à l’hôpital de Sarlat, une carotte pour aider le ministre socialiste à se faire élire.

Roland Dumas ne fut pas élu, mais ce scanner, qui ne vit jamais le jour, le poursuivit : Nahed Ojjeh fut interrogée à ce sujet en 1998 par les juges d’instruction ... Eva Joly et Laurence Vichnievsky.

Elle avait été convoquée pour parler de ses liens d’affaires et d’amitié avec Roland Dumas, devenu entretemps président du Conseil constitutionnel, et qui avait été mis en examen pour « complicité et recel d’abus de biens sociaux » dans le cadre de l’affaire Elf (Il fut reconnu innocent après son second procès).

Début du récit de Libération du 27 juin 1998 :

« Nahed Ojjeh a garé sa Rolls-Royce jaune près du Palais de justice, courant juin, pour y faire des confidences. C’est la désagréable surprise que Roland Dumas a eue hier : il entamait son quatrième interrogatoire au Palais de justice de Paris afin de s’expliquer sur ses rentrées d’argent liquide injustifiées. »

Les échecs et DSK

Parmi les autres aspects fascinants de la vie parisienne de Mme Ojjeh, il y a le financement pendant plusieurs années de ce club d’échec parisien rebaptisé « Nahed Ojjeh Chess Club », dont faisait partie ... Dominique Strauss-Kahn.

Durant toutes ces années, Nahed Ojjeh bénéficiait d’un passeport diplomatique syrien.

En 1995, je suivais en tant que journaliste la tournée proche-orientale de Jacques Chirac, qui le mena à Damas. Nous étions quelques journalistes français dans l’immense hall de marbre du Palais présidentiel surplombant la capitale syrienne. Nous attendions la fin d’un entretien entre Chirac et Hafez el-Assad, lorsque nous vîmes Moustapha Tlass, le père de Nahed et de Manaf.

Le ministre syrien de la Défense, faisant les cent pas avec quelques collaborateurs. Nous nous décidames à l’aborder pour une conversation un peu surréaliste.

Très en verve, il nous récita le poème qu’il venait de faxer à l’actrice Gina Lollobrigida que Jacques Chirac venait de décorer de la Légion d’honneur. Il y disait en substance, dans mon souvenir : « Que la médaille a de la chance d’être sur ta poitrine »...

Et avant de nous quitter, cet homme-clé de la dictature se tourna vers ma consœur du Figaro et lui dit : « Passez bien le bonjour à Franz »...

Manaf Tlass marginalisé

Manaf Tlass (droite) avec le président Bachar el-Assad (AFP)
Manaf Tlass (droite) avec le président Bachar el-Assad (AFP)
Sunnites alors que le clan Assad est Alaouite, les Tlass étaient au coeur de l’appareil du pouvoir syrien. Mais ils sont tombés progressivement en disgrâce, et, les uns après les autres, ses membres ont pris le chemin de Paris et de l’appartement somptueux de Nahed. A commencer par le père, Moustapha, l’ex-ministre de la Défense, selon Le Figaro.

Manaf Tlass a pour sa part été proche de Bachar, même si ce dernier n’était pas militaire mais était parti à Londres faire des études d’ophtalmo. La succession de Hafez el-Assad étant initialement prévue pour l’autre fils, Bassel, bien plus « voyou », mort dans un accident de la route en 1994.

Dans un livre paru l’an dernier, et dont Rue89 a publié les bonnes feuilles, Raphaël Krafft raconte une soirée mondaine à Damas, au cours de laquelle il tombe sur Manaf Tlass et sa femme Tala :

« Issue d’une grande famille sunnite damascène, son épouse (la blonde), Tala Kheir, fait profession d’améliorer l’image de la Syrie dans le monde à coups d’expositions et de concerts. Tout au long de la soirée, le Tout-Damas viendra serrer la main de Manaf Tlass. “C’est la mode, cette proximité, désormais, entre le pouvoir et le milieu culturel”, me confie au comptoir Leïla, 28 ans, opératrice de cinéma. »

Ces derniers mois, on disait que Manaf, général dans la Garde républicaine syrienne, s’était prononcé pour une solution politique et pas militaire à la crise provoquée par le soulèvement de la population, et avait refusé de participer à l’assaut contre le bastion rebelle de Homs.

Il avait été marginalisé par le clan au pouvoir, jusqu’à son départ annoncé vendredi, en pleine réunion des Amis du peuple syrien à Paris.

Un atout diplomatique

« Son départ a-t-il été facilité par la France ? Probable, quand on connait la proximité qui lie la famille Tlass à notre pays », commente pudiquement Le Figaro sans en dire plus.

C’est Laurent Fabius lui-même qui a annoncé que le général Manaf Tlass était en route pour Paris. Personne ne pouvait se douter, en entendant le ministre, à quel point la famille Tlass est bien introduite dans la capitale française. Des liaisons dangereuses avec un des éléments clés d’une dictature impitoyable, qui se révèlent aujourd’hui un atout diplomatique dans le bras de fer engagé pour faire tomber le clan Assad.

Pierre Haski
Pour rue89.com
Mamoudou Kane


              

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