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Lettre ouverte de Biram depuis sa cellule : "Je refuse d’abandonner mon pays et ceux dont la vie est ruinée par l’esclavage"


Actu Mauritanie
Dimanche 23 Août 2015 - 00:08

"Je m’appelle Biram Dah Abeid. J’ai voué ma vie à la lutte contre l’esclavage, l’impunité et l’injustice. C’est une promesse que j’ai faite à mon père, qui a épousé une esclave et a vu sa famille déchirée par l’esclavage.


Aujourd’hui, je vous écris du fond d’une prison dans laquelle j’ai été jeté pour avoir appelé à la fin de cette pratique cruelle. Mon pays, la Mauritanie, a le pire problème d’esclavage de la planète. La majorité des esclaves sont des Haratines (nom donné aux esclaves et anciens esclaves), communauté représentant 50% de la population mauritanienne.
 
Les bébés naissent sous la coupe de leurs maîtres, et sont contraints de les servir toute leur vie. En octobre 2008, j’ai pris la décision de créer IRA­Mauritanie (Initiative de Résurgence pour le Mouvement Abolitionniste), une association indépendante, pacifique et non violente dont le but premier est de délivrer notre pays du fléau de l’esclavage.
 
Malgré le soutien de la communauté internationale, nos nombreux sit-in et nos manifestations pacifiques, notre organisation, l’IRA­Mauritanie, n’est toujours pas reconnue par le gouvernement de Mauritanie.
 
Au contraire, nos membres ont été harcelés, torturés, jugés, condamnés et emprisonnés pour appartenance à une organisation illégale. Je suis moi­ même derrière des barreaux depuis novembre dernier, avec mon adjoint Brahim Bilal. C’est la troisième fois que l’on me jette en prison pour avoir dénoncé l’esclavage.
 
Le gouvernement a adopté des lois qui menacent toute personne investie dans l’exploitation d’esclaves de sanctions, mais en pratique il ne fait que piétiner nos efforts pour mettre fin à l’esclavage. Mon gouvernement veut me réduire au silence, et me diabolise, me persécute, me jette en prison, et espère me voir abandonner et quitter le pays.
 
Néanmoins je refuse de céder à leur chantage. Pour mettre un terme à cette souffrance, il nous faut plus que des déclarations de la communauté internationale: nous avons besoin d’actions fortes. Les leaders de l’Union européenne et des Etats-Unis d’Amérique entretiennent des liens étroits avec le gouvernement de Mauritanie.
 
Depuis ma sinistre cellule, je les appelle à mobiliser tous les moyens légaux et diplomatiques, y compris la suspension de toute aide financière, pour inciter le gouvernement à arrêter la répression et agir réellement pour éradiquer l’esclavage, ainsi que le racisme et l’exclusion qui le sous-tendent. Je refuse de jeter l’éponge. Je refuse d’être réduit au silence.
 
Je refuse de me soumettre au dogme qui légitime l’exploitation de l’esclavagisme ici. Je refuse d’abandonner mon pays et ceux dont la vie est ruinée par l’esclavage. Aujourd’hui, j’appelle le monde à soutenir notre lutte pour la liberté."

 
tempsreel.nouvelobs.com
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