Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Lettre d’un guerrier : Cher cousin


Tribunes
Dimanche 13 Janvier 2013 - 10:55

C’est incontestable : la Mauritanie est en train de changer ! Dans quel sens ? Seul le mauritanien peut répondre à cette question parce qu’en fait, une évolution sans lui n’en est pas une. On peut cependant gloser longuement sur ce sujet et se demander : par quel bout commence le changement ? Qui change qui ? L’Etat peut il changer le peuple ou c’est au contraire, le peuple qui, en opérant une révolution dans les mentalités, change l’Etat et les lois ? Peut-on changer un pays sans toucher à la société ? Un changement de mentalités est-ce une inversion des valeurs et des normes sociales ? Quelles limites entre la revendication progressiste et le respect des valeurs ? Trêve de polémique !


Lettre d’un guerrier : Cher cousin
Il ne faut pas se manger les sangs dans de pareilles logomachies ! Brebis qui bêle perd sa goulée. Moi je ne sais rien des autres mais en revanche tout sur ma petite personne. Ainsi, sans fla-fla et sans bric-à-brac idéologique, je rêve de voir mon pays réconcilié, réparé, transformé, épanoui, rajeuni, rayonnant d’égalité, étincelant de progrès, pétillant de prospérité, ruisselant de richesses. Mais honnêtement si le Destin favorise mon parent dans les prochaines élections présidentielles, Eh bien, il faut vivre ! Je n’ai jamais fait vœu de gagner le ciel par la privation et l’abstinence ! Au diable la mortification ! Dans l’ascétisme et la sagesse austère de Pythagore, je ne vois rien qu’une momification. Il faut donc ripailler, bambocher et s’étaler les quatre pattes en l’air !

Devenir le parent du chef de l’Etat et refuser ce brevet de fortune, ce don du ciel ? Il faut être alors un dépressif profond pour arriver à ce degré d’originalité. Si mon parent devenait président, je m’empresserai de le féliciter en lui glissant dans le tuyau de l’oreille que je serai, dans sa main, une épée pour tailler et embrocher ses ennemis, une paire d’yeux pour percer les murailles des manigances hostiles, une oreille pour boire toutes les rumeurs, une langue qui crache l’acide barbiturique, un esprit décoré de ruses, de subtilités et de ficelles bref, un bouclier imprenable contre l’adversité.

Je lui dirai que ces " canaux ou coule la puissance " dont parlait Montesquieu ( un guerrier lui aussi ) dans l’Esprit des lois, c’est la tribu, c’est le sentiment d’appartenance a un groupe, a une troupe. L’homo estheticus du désert repose sur le plus solide des fondements : les émotions partagées et les liens affectifs ! Au Contrat Social du Citoyen de Genève, je réponds contrat tribal ! Tu sais bien qu’il existe dans ce pays une stricte répartition des taches, un consensus entre Griot, Guerrier, Forgeron, Kowri, Zawi, Hartani, depuis qu’ils se sont réunis dans ce bled. S’il y a un esprit de domination quelque part, c’est pas ma faute. D’ailleurs, qui fait l’âne ne doit pas s’étonner si les autres lui montent dessus !

Quel privilège, quel talent d’être le parent du président ! C’est l’ascension sociale assurée avec frémissements de joie et inexprimables ravissements. Soldat Première classe le matin, je serai si je veux maréchal le soir. De Ain Thalha ou j’habite, je passerai demain dans l’un de ces palais de Tevragh Zeina avec grille, parc, jardin, fontaines et bassins. Je distribuerai à la fois les faveurs et les disgrâces. Je tirerai l’oreille à tous les commissaires de police, à tous les préfets, a tous les gouverneurs et le premier qui rechigne, je l’enverrai réciter Al Wassit fi Oudeba Chinguit a Ain Bintili. Plus besoin de ces parcours du combattant pour voir ces hauts responsables de l’Etat.

En me voyant, les ministres se tiendront au port d’armes. Le premier ministre me recevra avec les honneurs. J’aurais une armée de serviteurs dévoués et d’admirateurs délirants. Je recevrai a bout portant les éloges et les coups d’encensoir. A mon passage, on murmurera avec jalousie : c’est le cousin du président ! Ce n’est pas tout. Tu imagines : mordre à la bonne chère, choisir le bon morceau, s’arrondir l’estomac, gagner cent pouces de circonférence, construire des châteaux partout, posséder les plus belles voitures, des milliers chameaux, voyager princièrement, vivre royalement ! Il faut être cliniquement fêlé pour résister à cette royale félicité. Du reste, je croyais que cette philosophie n’est plus de mise.

Ce pays est par excellence le pays du savoir profiter. Chacun se tient prêt à fondre sur sa proie comme un rapace. Tu trouves le plus honnête de tes concitoyens embusqué derrière la feuillée, se rongeant les doigts d’impatience.

Ailleurs, le combat se livre pour le progrès, pour la prospérité, pour la science, au nom de la nation. Ici, il se livre au nom de soi même et le mauritanien passe ses nuits a chercher le moyen de mordre a quelque chose… Alors, je ne comprends pas tes réserves ni tes scrupules chaque fois qu’on aborde ce sujet. Un conseil d’ami : quitte ces idées romantiques et plantes toi des cornes si tu veux vivre dans ce pays ! Seuls les béliers qui savent taper et vigoureusement peuvent y trouver une niche. En plus, a quoi servirait ton martyre devant ces mentalités granitiques ? Tu sais bien qu’il est plus facile de déplacer un océan que de les changer ! Alors viens nous donner un coup de main et chasser dans cette terre giboyeuse. Quant au tribalisme que tu ne cesses de pourfendre, c’est une réalité incontournable ; notre société a toujours fonctionnée par tribus et ethnies interposées.

Il y a pire que ça : le Guerrier et le Zawi se livrent depuis toujours a une guerre sourde, invisible. C’est ce dernier qui a offert notre pays aux colons qui, en retour, le payèrent substantiellement en lui donnant le Pouvoir. Nourri dans la ruse, élevé dans la dissimulation et la fourberie, ce dernier a tout croqué tandis que le pauvre Guerrier, désarmé et ensauvagé, séchait sur sa tige, faute de sève. Ce sera donc notre tour. Il faut lui rendre les meurtrissures qu’il nous a donné ! Je sais qu’il fera tout pour nous mettre des bâtons dans les roues. Il reniera l’esclavage, se fera démocrate, progressiste, répandra partout ses gris-gris, ameutera les diables et les français. Peine perdue ! Si le guerrier se déchaîne, il brisera tout sur son passage ! Si mon parent est élu, je lui dirais de tout faire pour demaraboutiser le pays ! A bientôt.

Mohamed Lemine
Mamoudou Kane


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
En clair
Inscription à la newsletter