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Les ratés de la diplomatie mauritanienne en Afrique : Ould Abdel Aziz s’essaye-t-il à un nouveau rééquilibrage ?


International
Mercredi 26 Septembre 2012 - 09:38

L’opinion publique assiste depuis quelques jours à un réchauffement dans les relations diplomatiques entre la Mauritanie et le continent noir, dans un sursaut apparent qui chercherait à donner tout son sens à la fameuse profession de foi de son premier président Mokhtar Ould Daddah qui aimait dire que "la Mauritanie est un trait d’union entre le monde arabe et l’Afrique noire ". Un trait d’union qui a été malmené cette dernière décennie dans toute son essence par une diplomatie qui avait fini par tourner le dos à l’Afrique subsaharien.


Mohamed Ould Abdel Aziz et le président ivoirien Alassane Ouattara
Mohamed Ould Abdel Aziz et le président ivoirien Alassane Ouattara
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Jugé d’incohérente de par la nature bâtarde de ces alliances qui selon tous les observateurs faussaient toutes les logiques de lecture, la diplomatie mauritanienne semble ces derniers temps s’orienter vers une plus grande lisibilité dans ses rapports avec l’Afrique noire. Après la ronde des émissaires africains qui se sont succédé ces derniers temps au Palais brun, la visite officielle à Nouakchott du président Maky Sall du Sénégal, celle du Gouverneur de la banque centrale de Guinée et deux missions de bons offices au niveau continental confiés à la Mauritanie, successivement en Côte d’Ivoire et en Libye, voilà que le président Mohamed Ould Abdel Aziz semble vouloir donner un bon coup de pied à cette termitière de la diplomatie africaine de la Mauritanie.

Tour à tour, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, l’Ethiopie, le Mali et le Niger ont vu leurs chancelleries renouvelées, comme si dans ce mouvement inédit, le pouvoir actuel voulait donner une nouvelle dynamique à sa diplomatie africaine, en la tirant de sa torpeur pour fonctionnaires assagis et invisibles afin de lui redonner ses véritables lettres de noblesse.

La Mauritanie dans son cocon africain

La Mauritanie a cessé d’être réellement africaine depuis la chute de ses pères fondateurs. C’était l’époque où le président Mokhtar Ould Daddah aimait rappeler, l’argumentaire géographique et ethnographique aidant, que "la Mauritanie est un train d’union entre le monde arabe et l’Afrique noire ", avec un pied en Afrique de l’Ouest et l’autre dans le Maghreb. Membre fondateur de l’Organisation de l’Unité africaine et de la Communauté des états de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), mais aussi de la Ligue arabe et du Maghreb arabe, la Mauritanie avait si bien jouer ce rôle de tampon que grâce à sa diplomatie active, elle servit de chef de fil pendant ses premières années de construction. Le front anti-israélien derrière lequel s’était ligué la presque totalité des pays de l’Afrique noire était une œuvre colossale de la diplomatie mauritanienne. C’était l’époque lointaine où le poids diplomatique de la Mauritanie, aussi bien au niveau régional qu’au sein des organisations communes comme celle des Non alignés, le poids diplomatique de la Mauritanie dépassait largement son poids sur l’échiquier international. Cette forte implication du pays dans les affaires du monde était sous-tendu par une indépendance d’esprit que beaucoup de pays lui envieront, surtout lorsqu’il décida de se retirer de la zone franc pour battre sa propre monnaie et de nationaliser ses industries extractives.

En même temps, se développait dans toute l’Afrique de fortes colonies mauritaniennes qui investirent massivement dans le commerce. En 1989, les autorités sénégalaises avaient recensé 70.000 boutiques appartenant à des Mauritaniens évalués à l’époque à 400.000 ressortissants résidant. En Côte d’Ivoire, ils étaient estimés à 125.000 individus, 100.0000 au Mali, sans compter ceux qui s’étaient implantés en Gambie, Guinée Bissau et ailleurs. Connus pour leur sobriété et leur droiture d’esprit qui les empêchait d’interférer dans les affaires des pays hôtes, les Mauritaniens étaient partout appréciés. Le passeport mauritanien était un passe qui ouvrait toutes les frontières.

Il en a résulté des échanges commerciaux importants avec les pays de la sous-région.

Quand la Mauritanie tourna le dos à l’Afrique

C’est véritablement en 1999 que la Mauritanie va rompre d’une manière brutale et surprenante la porte à l’Afrique noire, alors qu’il était question sur la table de la CEDEAO un projet d’intégration sous régionale. Aucun justificatif n’a été donné à l’époque pour expliquer ce revirement que d’aucuns ont vite expliqué comme la volonté chauvine d’une partie du pouvoir à lorgner vers le Nord plutôt que vers le Sud. Cette décision, annoncée laconiquement par le Premier ministre de l’époque devant l’Assemblée nationale, fera toutefois l’objet de moult interprétations. Pour les partisans du pouvoir de Ould Taya, le mot du président nigérian Obasanjo à l’ouverture du sommet de la CEDEAO les 9 et 10 décembre 1999, était la goutte d’eau qui faisait déborder le vase. Il y soutenait que "la progression de la CEDEAO a été entravée par de nombreuses activités concurrentes et parallèles dans le cadre de sous-unités qui existent parmi nous " allusion à l’appartenance de la Mauritanie à l’UMA.

La Mauritanie claquera la porte de l’organisation quelques semaines plus tard. En fait, la Mauritanie ne souhaitait pas s’enfermer dans une nouvelle intégration régionale qui l’obligeait à se défaire de son indépendance monétaire car il était prévu la création à partir de 2004 d’une zone monétaire unique, un marché unique et des politiques économiques et financiers harmonisées. Pour d’autres partisans du pouvoir "si la Mauritanie reste dans la CEDEAO, nous risquons d’être absorbés par beaucoup plus nombreux que nous ".

Pour beaucoup d’analystes, la décision était plus politique qu’économique. Il s’agit en fait de deux analyses qui opposent jusqu’à nos jours, ceux qui ont le regard tourné vers le Maghreb et ceux qui ont les yeux rivés sur le Sud. Pour d’autres, il nous fallait réconforter les nationalistes arabes, fouettés dans leur conscience par les relations bâtardes avec Israël et le maintien du français comme langue de l’administration. Beaucoup de Mauritaniens souhaitaient cependant que la décision n’ait été sous-tendue par des considérations xénophobes.

Des partis comme le RFD avaient critiqué la décision du régime de Ould Taya de quitter la CEDEAO. Le parti d’Ahmed Ould Daddah considérait que cette décision était pleine de conséquences car allant à la rencontre des impératifs de la mondialisation, des grands ensembles et de l’intégration économique. Parmi les conséquences qui ont jeté un véritable froid dans la diplomatie africaine de la Mauritanie, des ambassadeurs plénipotentiaires pour qui leur séjour africain n’était qu’une simple villégiature pour s’adonner au commerce, traîner dans les réceptions mondaines, inscrire leurs enfants à bonne école, sans un regard pour le sort de milliers de compatriotes, devenus par la force de la situation, les véritables victimes des ratés diplomatiques de leur pays en Afrique noire.

D’où, les exactions et les tracasseries qui devinrent leur lot. Aujourd’hui que l’intérêt du continent noire semble revenir dans les préoccupations des décideurs politiques, l’opinion publique craint toutefois un retour aux douloureuses expériences, comme celle du fameux Ministère délégué chargé des Affaires africaines qui suscita beaucoup d’espoir avant de fondre comme un vulgaire écran de fumée.

Cheikh Aïdara
Pour l'authentique
Mamoudou Kane


              

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