Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Les mendiants à Nouakchott: contraints ou opportunistes ?


Société
Lundi 29 Août 2011 - 12:15

Des gens de tous genres, de tout âge, valides, handicapés, fous, profitards, tel est le monde des mendiants plein d’histoires diverses. Noorinfo s’est penché sur le phénomène de la mendicité à Nouakchott et retrace la vie quotidienne de quelques-uns de ces mendiants.


Lieu de regroupement des mendiants près de Bana-blanc
Lieu de regroupement des mendiants près de Bana-blanc
Chaque jour que Dieu fait, les groupes de mendiants de Nouakchott commencent leur longue marche vers leurs ‘’places’’ où ils pourront ‘’chasser’’ les bonnes personnes ou les donateurs qui leur octroient de l’argent. Un pèlerinage quotidien qui débute dès l’aube pour se terminer tard dans la nuit. Les mendiants se retrouvent quotidiennement devant toutes les places où ils peuvent quémander, gagner la sympathie des passants. Ils se trouvent généralement devant les hôpitaux, les mosquées, à proximité des feux de signalisation, devant les épiceries. Fatimetou Mint Sidi est une de ces mendiantes. Vers 9 heures du matin, devant la mosquée saoudienne, elle arrive seule. A la question de savoir où sont ses autres collègues ? Elle répond qu'à cette heure-ci, ils font habituellement ‘’un saut’’ sur d’autres sites avant de venir la retrouver. "Ce que je gagne avec la mendicité dépasse de loin ce que je trouvais de mes anciens métiers de vendeuse de légumes et de bonne" explique-t-elle. "Mon mari m’a divorcé et m’a laissé avec nos quatre filles en charge; J'ai été plus ou moins contrainte de faire cela pour subvenir à leurs besoins, avec ma vielle mère. Mais j’espère pour mes filles qu’elles auront un avenir meilleur" narre-t-elle. Fatimetou ajoute : "Je suis ici avec des mendiants handicapés, mais ils gagnent de loin plus que ce que je collecte. Le meilleur moment pour pratiquer notre métier de mendiant est le vendredi et le mois du Ramadan. Durant ces périodes, nous bénéficions d’une plus grande sympathie des hommes de bien". Et il y en aurait des gens de bien selon elle. "Il y a deux mois, un homme est venu distribuer à la dizaine de mendiants de notre place, 5000 ouguiyas à chacun!" évoque-t-elle hilare.

Ali Ould Brahim:''Mendier pour survivre''

ALi O Brahim
ALi O Brahim
Ali Ould Brahim est un autre mendiant qui habite ‘’Mellah’’, il "travaille" au carrefour ‘’Bana blanc’’. C’est un handicapé moteur, et il pratique la mendicité depuis onze ans. Il évoque et insiste sur l'idée et "la nécessité de mendier pour survivre". "Comme tu vois, je suis handicapé mais ce qui m’a poussé à la mendicité ce sont mes petits-enfants et ma famille qui doivent pouvoir survivre. N’eut été cela, je ne serais pas ici" raconte-t-il. "Même dans ma situation, j’ai honte de quémander, surtout en ces temps difficiles. J'ai été parmi les premiers à accepter l'allocation de 22.000 UM que l’Etat versait aux mendiants, bien que cela constitue un montant dérisoire qui ne règle aucun de nos problèmes, mais cette allocation accusait plusieurs retards avant d’être finalement suspendu;ce qui nous a poussé à regagner la rue’’ développe-t-il. Il ajoute un rien ironique: "'je cohabite avec la mendicité et je ne te cache pas que des fois ça rapporte : mon revenu journalier varie entre 3000 et 8000 UM’’.

Histoires de mendiants

Entre l’histoire de Fatimetou qui vendait les légumes et Ali qui pratique malgré lui la mendicité, il y a des milliers d’autres histoires que les gens racontent sur la mendicité. Parmi ces histoires celle du mendiant qui louait sa place : l’un des mendiants handicapés était habitué des années durant à exercer son job dans une place ‘’stratégique’’ à la porte d’une mosquée et à proximité de la maison d’une famille aisée. Ce mendiant était très connu des habitants du quartier, il gagne des fois près de 500.000 ouguiyas par mois. Il a voulu voyager au village, alors il amène un parent à lui mendiant, qu’il présente à tous ses ‘’clients’’ et lui loue la place à un prix qui équivaut au loyer d’une belle villa de Nouakchott. Une autre histoire est celle de la fille qui se déguise en mendiante devant une station-service, ce qui a attiré l’attention d’un pompiste qui la suit à la fin de la journée où elle file dans une ruelle à côté où elle avait garé sa voiture ‘’Carina’’. Elle s’y change, se maquille, allume son téléphone portable et jette au pompiste qu’elle vient de remarquer les pièces de monnaie qu’elle avait dans la main avant de démarrer et partir. Les retombées financières de la mendicité ont fait que beaucoup de personnes en profitent pour se faire de l’argent. Ils en ont fait un métier qui leur permet de gagner énormément d’argent dépassant même des fois les salaires de cadres privés ou publics.
Taleb O Brahim / Traduct. Med Brahim


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
En clair
Inscription à la newsletter