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Les mauritaniens et l’Etat-Providence


Tribunes
Samedi 31 Mars 2012 - 13:14

En cette période de crise, les mauritaniens sollicitent - peut être un peu trop - l’intervention de l’Etat dans tous les problèmes qui se posent à eux. A Nouadhibou, à Rosso et sans doute aussi là où le président Aziz sera appelé à passer, il sera confronté à ce que les citoyens considèrent comme le rôle de l’Etat-providence. Et il faut dire que le pouvoir contribue, fortement, à ancrer cette idée dans l’esprit des mauritaniens !


Les mauritaniens et l’Etat-Providence
A Rosso, le Raïs a promis de revenir, en juin prochain, pour "régler tous les problèmes de la ville " ! Dans trois moins, les citoyens venus l’écouter discourir sur le retour du dernier contingent des réfugiés au Sénégal, l’unité national, en passant l’éponge sur le passif humanitaire légué par le régime de Taya, vont prendre leur mal en patience mais n’accepteront, sans doute pas que leur requête d’un lendemain meilleur soit encore différée.

L’idée même que " tout va bien dans le meilleur des mondes possibles " est entretenu, chaque nuit et jour, à l’occasion des " jours nuls " de la TVM par un matraquage médiatique des plus débiles : " Emel 2012 ", routes, électrification, eau, santé, éducation. Des réalisations énumérées dans une cacophonie indescriptible qui rappelle, malgré tout ce que l’on dit sur la " Mauritanie nouvelle ", les vieux refrains de la tayatie.

L’information que livre la TVM, depuis l’arrivée du nouveau directeur, fait revivre intensément le mythe de l’Etat-Providence. Pas au sens que l’on donne à cette notion en d’État-providence bismarckien, fondé "sur le mécanisme des assurances sociales, dans lequel les prestations sont la contrepartie de cotisations ".

Sans que l’on s’accorde à reconnaître que le citoyen trouve vraiment son compte dans la nouvelle gestion de l’Etat, par une juste redistribution des ressources nationales, il est clair qu’il y a une détérioration visible des conditions de vie des populations. Une situation à laquelle le déni du gouvernement ne peut rien. Exemple de la propagande ambiante : cette reprise effrénée d’un processus de " développement " entamé il y a trois ans et qui donne l’impression d’avoir manqué de " ressources " (au propre et au figuré). A tel point que tout ce que les soutiens d’Aziz citent aujourd’hui, comme réalisations concrètes, tient à la construction de quelques dizaines de kilomètres de bitume à Nouakchott, à la restructuration, toujours en cours, des " gazra " et à une lutte contre la gabegie au résultat mitigé.

Un couteau à double tranchant

L’idée même que l’Etat est présent partout est un couteau à double tranchant. Le Premier ministre en a certainement fait l’amère expérience, lui qui, dans ces deux derniers discours de Politique Générale, a promis beaucoup, sans tenir compte de " l’existant ".

Autant dire que le gouvernement pêche par démesure dans un océan de misère ! La concentration des " réalisations ", en termes d’infrastructures routières, dans le cercle réduit de Nouakchott rappelle à tous ceux qui veulent trouver à redire dans l’action du pouvoir actuel qu’il y a encore de dizaines d’autres localités, grandes ou petites, où l’Etat ne peut intervenir, faute de moyens.

Cette idée est aussi évoquée par tous les ministres, reprise religieusement par la TVM, avec une idée bien en tête : tout ramener à l’arrivée au pouvoir du président actuel. Mais dans son excès de zèle à vouloir présenter le nouvel Etat-providence en Mauritanie, la TVM place la barre trop haut pour un gouvernement qui a montré, depuis plusieurs mois, ses limites. Même les citoyens " triés " sur le volet que la TVM interroge, pour vanter les mérites du pouvoir ne servent pas, à tous les coups, les desseins d’une telle propagande. Tout sent le montage dévergondé des années de dictature de Taya et le retour à la case-départ est devenu une évidence à ceux-là même qui cherchent, par tous les moyens, à prouver le contraire.

C’est dire que la transformation actuelle des médias publics en caisse de résonnance pour ne présenter, comme informations, que les activités des membres du gouvernement, est un aveu de faiblesse du pouvoir. Un pouvoir qui sent, peut-être, qu’il y a un réel malaise chez les populations, face à la détérioration de leurs conditions de vie.

Assurer le minimum vital

La situation ne correspond pas véritablement, à l’idée qu’on se fait ailleurs de l’État-providence (en particulier le Modèle Français) qui poursuit un double objectif : un objectif de protection sociale, d’assurances contre les risques et aléas de la vie, mais aussi un objectif de justice sociale, via certains mécanismes complexes de redistribution des richesses.

Par protection sociale il faut ainsi entendre la sécurité sociale (système d’assurance que prend en charge en Mauritanie la CNAM et la CNSS), mais aussi une action sociale et une aide sociale (système d’assistance que joue très médiocrement les ministères de la Famille, de la Santé et le CSA). Mais attention, en Mauritanie, cette protection sociale ne va pas au-delà ! Elle ne désigne pas, comme presque partout ailleurs, le système d’indemnisation, par les administrations publiques, des citoyens victimes des aléas de la vie (comme le chômage, la maladie, les accidents, la vieillesse, le décès d’un parent pour un mineur, etc.). L’Etat (providence) dit tout faire quand il arrive à assurer un minimum de ressources ainsi que l’accès aux besoins essentiels (éducation, santé, eau, nourriture) à tous les citoyens hors catastrophe, guerre ou calamité (qui relèvent, elles, de la sécurité civile). Les objectifs de protection sociale assurés par l’État-providence sont assurés par les politiques sociales.

Et c’est justement, au niveau de ces dernières, que l’on se rend compte facilement du manque d’imagination de nos gouvernants. Même au niveau de l’assistance sociale, rien n’est fait de manière organisée. La non ponctualité de l’aide que livre le Commissariat à la sécurité alimentaire ne traduit-elle pas cet usage intéressé des moments de détresse des populations à des fins politiques ? Le retard des pluies, la hausse des prix ou l’apparition subite d’une maladie animale sont exploités, pernicieusement, à des fins politiques qui font que la conception minimaliste de l’État-providence contredit ces visions et érige en principe fort que rôle et missions de l’État sont cantonnés aux fonctions régaliennes (police, armée, justice), et que tout ce qui est fait en dehors (routes, hôpitaux, écoles) relève d’actes d’exception, d’actions possibles mais non nécessaires. L’Etat-providence en Mauritanie, c’est la mobilisation de toutes les ressources nationales pour un besoin de survie. Du Système et des hommes.

Sneiba Mohamed.
lauthentic.info


              

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