Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Les étrangers en Mauritanie : " L’enfer, c’est les autres "


Actu Mauritanie
Mercredi 23 Mai 2012 - 11:00

Des ressortissants sénégalais ont manifesté hier dimanche devant les locaux de l’ambassade de leur pays à Nouakchott pour protester contre la décision prise par les autorités mauritaniennes de leur imposer, désormais, le payement de 30.000 UM comme droit de séjour. Mesure de sécurité territoriale, disposition de contrôle des étrangers ou, acte de xénophobie ? La décision de Nouakchott ne cesse pas de créer des vagues.


Les étrangers en Mauritanie : " L’enfer, c’est les autres "
La manifestation hier devant leur ambassade de sénégalais résidant en Mauritanie est un fait inédit. Et au-delà de ce fait singulier, il y a lieu de dire que cette question de présence des étrangers en Mauritanie, estimés quasiment au tiers de la population du pays, est très sensible. Certes, les autorités ont le droit - sinon le devoir - de mettre de l’ordre dans cette présence, de plus en plus oppressante pour l’économie, " et à hauts risques " pour la sécurité, estiment certains, mais ce qu’il faut prendre - aussi - en compte c’est la réaction que les pays dont les ressortissants sont visés par cette mesure vont avoir vis-vis des centaines de milliers de mauritaniens vivant à l’étranger.

Inscrit dans le cadre de la vaste opération d’enrôlement menée par les autorités depuis plusieurs mois, l’exigence de visibilité pour la présence des étrangers en Mauritanie mérite d’abord d’être traitée avec précaution, en commençant d’abord par la sensibilisation sur sa nécessité pour éviter qu’on y voit, comme actuellement, une chasse aux étrangers ou un objectif purement mercantile (30.000 UM pour chaque titre de séjour).

C’est d’ailleurs cet aspect secondaire que les manifestants d’hier, devant l’ambassade du Sénégal, ont mis en avant. Ils étaient plus d’une centaine à effectuer le déplacement, réclamant une révision de la décision des Autorités mauritaniennes qui consiste à les obliger à établir des titres de séjour à chacun d’entre eux. Dans une déclaration à la presse, Ousmane Cissé, chauffeur de taxi de son état, affirme qu’il lui sera impossible de débourser, d’une seule traite, 150.000 UM (pour une famille de cinq membres) alors que son salaire mensuel est de 30.000 UM ! Il ajoute que ce sera pareil pour tous ses compatriotes travaillant en Mauritanie, et dont il estime le nombre au million de personnes, se trouvant principalement dans les secteurs des BTP, du transport urbain, la menuiserie, la pêche et les travaux domestiques.

Cissé, qui affirme se trouver en Mauritanie depuis 2003, ajoute que la décision prise par les autorités mauritaniennes d’imposer à chaque Sénégalais le payement de 30 mille ouguiyas pour l’obtention d’un titre de séjour " est une manière de leur signifier, tout simplement, qu’ils ne peuvent plus travailler ici ", surtout, ajoute-t-il, " que nous travaillons sans contrats, avons d’innombrables charges, tels le loyer, l’eau et l’électricité. "

Il a demandé aux autorités mauritaniennes de revoir cette décision indiquant que les Sénégalais et les Mauritaniens " constituent un seul peuple et entretiennent de bonnes relations depuis plusieurs décennies ".
Entrevoir les conséquences possibles Mais les autorités de Nouakchott sont décidées, semble-t-il, à aller de l’avant dans l’application de cette mesure de souveraineté. Une intransigeance que le président Aziz lui-même aurait signifiée à un haut responsable sénégalais émissaire du nouveau président Macky Sall venu voir s’il n’y a pas possibilité d’instaurer une sorte d’exception à la règle pour un pays comme le Sénégal.

Car la Mauritanie n’a pas à se préoccuper seulement du sort de ses ressortissants à l’intérieur du pays. Il y a également que d’importantes colonies mauritaniennes se trouvent dans des pays comme le Sénégal, le Mali, le Congo, l’Angola, la Gambie, la Guinée Bissau, la Cote d’Ivoire, la Guinée Conakry et tant d’autres contrées plus ou moins lointaines. La pression que Nouakchott s’apprête à mettre sur les ressortissants de ces Etats avec lesquels la Mauritanie avait, jusqu’à présent, des relations diplomatiques apaisées, risquent de provoquer une réaction visant à répondre par des mesures pareilles, sinon plus drastiques, de nature à rendre le séjour des mauritaniens à l’étranger des plus difficiles. On sait, à ce sujet, qu’une première alerte a déjà été donnée, il y a quelques mois, quand la Mauritanie avait commencé à évoquer la mise en œuvre de cette nouvelle réglementation, de rumeurs avaient couru sur l’application d’une règle de réciprocité au Sénégal et en Guinée.

Rapports

Les rapports de la Mauritanie avec les pays de l’ensemble CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) ou encore, dans un cadre plus restreint, avec ceux de l’OMVS (Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal) doivent faire ressortir ce besoin de solidarité régionale ou sous-régionale qui commende aux ensembles économiques de s’accorder certains privilèges. C’est d’autant plus évident que l’ensemble régional auquel la Mauritanie a consacré plus d’énergie et de volonté, l’Union du Maghreb Arabe (UMA), est plongé dans une mort végétative depuis près de deux décennies. C’est aussi vrai quand on regarde la nature des échanges existants entre la Mauritanie et la plupart de ces pays : présence d’une forte main-d’œuvre étrangère qui peut se traduire, à court et moyen termes, par deux effets contradictoires, à savoir le dérèglement d’un marché du travail qui fait recours, plus qu’il n’en faut, à l’informel, et le reflux, bénéfique, de capitaux dans un pays où tout est orienté vers le commerce.

C’est bien d’un système d’équilibre qu’il s’agit puisque les autorités doivent veiller à ne pas perdre au change dans une opération où la chasse aux étrangers, quand elle revêt un caractère de xénophobie, comme cela se voit depuis plusieurs décennies en Europe, ne constitue pas un " bon risque ".

Il y a aussi que cette opération de régularisation du séjour des étrangers en Mauritanie doit éviter un certain " sélectivisme " qui l’oriente, plus qu’il n’en faut, vers l’Afrique noire, alors qu’il y a dans le pays beaucoup de ressortissants marocains, algériens, palestiniens, libanais, syriens, irakiens et même turcs. Ne pas devoir demander des " comptes " à ces étrangers là peut être vu, par certains des voisins immédiats de la Mauritanie, comme une manifestation de ce racisme primaire qui a tant fait de mal à l’Europe et à l’Amérique, mais aussi à la Mauritanie. Certes, toute présence étrangère doit suivre des règles établies, s’appliquant à tous en fonction de ce qui lit le pays d’origine au pays d’accueil mais il faut éviter de prendre, pour un absolu, cette assertion de J.P Sarte : "L’Enfer c’est les autres ".

MOMS.
lauthentic


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
Inscription à la newsletter
Les + populaires