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Les élections américaines et la rue mauritanienne : Ni Obama, ni Romney


International
Mardi 6 Novembre 2012 - 13:32

Contrairement à l’élection présidentielle du mardi 4 novembre 2008 où les Mauritaniens, séduits par la candidature du premier noir à la présidence américaine, avaient tous dit "Oui, à Obama", l’élection du 6 novembre 2012, les emballe peu. La mandature présidentielle passée de Barak Obama les a profondément déçus, alors que Mitt Romney reste pour les Mauritaniens un parfait inconnu aux positions pro israéliennes clairement affichées. Ce qui enlève aux joutes électorales américaines d’aujourd’hui tout enjeu chez le citoyen mauritanien lambda. Pour prendre le pouls des évènements, L’Authentique a promené son micro dans les rues de Nouakchott, recueillant les avis des uns et des autres, en les agrémentant de ses propres analyses.


Les élections américaines et la rue mauritanienne : Ni Obama, ni Romney
S’il y a des scrutins locaux qui intéressent toute la planète, ce sont sans aucun doute les élections américaines, eu égard à leurs répercussions sur la gouvernance du monde. Ainsi, en est-il depuis que l’Amérique pèse de son poids sur le devenir des pays et que l’information est devenue de plus en plus accessible. Mais en termes de ferveur recueillie au niveau du Continent africain, aucune ne peut égaler celle qui a accompagné les élections américaines du 4 novembre 2008, lorsqu’un noir au nom à résonnance musulmane et originaire d’Afrique, brigua les suffrages. Le continent noir et le monde musulman, mais aussi d’une manière générale toutes les minorités opprimées, s’identifièrent ainsi à Barak Houceine Obama. Avec lui, autant l’Afrique espérait des dividendes, autant le monde musulman s’attendait à une indulgence plus accrue de la part de l’Oncle Sam, notamment après les années sombre de Georges Bush. Quatre années après, en ce 5 novembre 2012, alors qu’il s’essaye à un second mandat, le bilan de Barak Obama est jugée négatif par ceux qui s’attendaient à ce que ses lointaines origines leur soient d’un quelconque bénéfice.


Le mandat d’Obama

Sous l’ombre généreuse de la BMCI, transformée par les désœuvrées et les fonctionnaires des ministères avoisinants en une Agora où se débattent les actualités du jour, des foules se forment et se dispersent, pour se reformer autant de fois que les sujets abondent. Les débats politiques chauds entre pro et anti Aziz laissèrent place à des discussions, malicieusement suggérées, sur un évènement international, les élections américaines. Un barbu qui sortait d’une chaude empoignade à propos de la santé de Aziz, se rebiffe, "qu’avons-nous à f…des élections présidentielles américaines ! Sortons d’abord de nos misères avant de penser à ce qui se trame Outre Atlantique ! " Satisfait de ce coup d’humeur, il enchaîna : "que ce soit Barak, Jean ou Paul, les politiques américaines demeureront ce qu’elles ont toujours été, une arme au service de l’impérialisme occidental destiné à contenir l’avancée des autres peuples, surtout musulmans. L’Amérique n’existe que pour défendre Israël et ses intérêts et maintenir l’ordre international sorti des Accords de Yalta, lorsqu’ après la deuxième guerre mondiale les puissances occidentales se partagèrent le monde". Pour lui, Barak ou Romney, c’est du pareil au même.

Un homme en pantalon chemise, avec des lunettes claires d’intello, s’invita dans la discussion. Selon lui, Barak Obama avait suscité beaucoup d’espoir, eu égard surtout aux thèmes internationaux qui avaient dominé les débats en 2008 et au cours desquels, il avait développé des thèses particulièrement séduisantes, notamment lorsqu’il s’engagea à corriger l’image des Etats-Unis dans le monde d’une manière générale et dans le monde musulman en particulier, et son engagement à donner une nouvelle vision de la guerre contre le terrorisme, retrait des troupes d’Afghanistan, fermeture de la base de Guantanamo, entre autres. Son voyage au Caire et son discours particulièrement prometteur pour le monde islamique avaient ouvert alors de nouvelles perspectives. Mais, l’histoire retiendra que c’est sous l’ère Obama que les discussions de paix entre Israël et Palestine ont connu leur plus mauvaise passe, que les implantations juives se sont multipliées, qu’un veto américain est venu mettre fin aux rêves palestiniens de disposer d’un Etat.

Pourtant, paradoxalement, les Israéliens estiment pour leur part, que la présidence d’Obama est l’une des plus néfastes pour Israël depuis la naissance des Etats-Unis, lui reprochant d’avoir délégitimer Israël et de l’avoir isolé.

Pour le Continent noir, qui voyait en Obama un président par procuration à la Maison Blanche, la déception est plus grande. En 2008 comme en 2012, l’Afrique n’a nullement été une priorité dans la politique étrangère américaine, et restera une quantité négligeable dans sa diplomatie. En fait, les débats de campagne sont loin de déteindre sur la politique américaine. Que ce soit Obama ou Romney, la logique du système continuera à prévaloir, consacrant le principe de la continuité entres les présidences plutôt que celui de la rupture.

Certains soutiennent même que la présidence de Bush a été plus bénéfique à l’Afrique que celle d’Obama, citant entre autres, ses deux voyages dans le Continent et son plan de lutte contre le Sida en Afrique avec une enveloppe de 30 Milliards de dollars U.S. Certes, Obama a visité le Ghana et l’Egypte, mais son mandat ne compte aucun geste fort vis-à-vis de l’Afrique.

Un jeune étudiant, qui hésitait à prendre la parole, posa cependant une question pertinente. "Comme Obama n’en était qu’à son premier mandat, peut-être qu’il n’a pas voulu prendre trop de risques ; s’il est réélu, il pourra prendre des actions plus courageuses car il n’aura plus rien à perdre". De là à penser que sa position pourra radicalement changer, notamment vis-à-vis de la question palestinienne, ou syrienne, voire des actions plus concrètes en Afrique, certains parmi l’assistance sont restés dubitatifs.


Mitt Romney

Sur Mitt Romney, l’homme qui cherche à prendre la place de Barak Obama, l’Agora de la BMCI, semble disposer de peu d’informations. Notre intello aux lunettes claires croit savoir qu’il s’agit d’un homme qui a ses propres réussites personnelles dans les affaires et qui semble mieux s’y connaître en économie qu’Obama, mais qu’il est un piètre connaisseur en diplomatie. Il souligne également savoir que Mitt Romney est un néoconservateur républicain qui répugne autant le multilatéralisme que les Nations Unies qu’il a traité une fois dans une interview "d’échec extraordinaire". Il prônerait même le retrait des Etats-Unis du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, la suspension des contributions américaines au Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA). Il est de la même trempe que Georges Bush, un faucon parmi les Néoconservateurs républicains. D’ailleurs ses conseillers dans sa campagne présidentielle sont tous d’anciens collaborateurs de Bush.

Mitt Romney est cependant un parfait nullard en politique étrangère. Dans son débat avec Obama sur cette question, il s’est trompé sur le nombre de morts en Syrie, sur le nom du président Béchar Al Assad qu’il confondit avec celui de Koffi Annan, l’ancien SG de l’ONU, cite le PNUD comme une institution capable de l’aider à contrer l’extrémisme dans les pays musulmans.

Mais pour l’essentiel de l’assistance, ce qu’ils retiennent, c’est le voyage de ferveur de Nick Romney en Israël, son engagement à accorder un chèque blanc à l’entité sioniste pour gérer le dossier du nucléaire iranien. C’est pourquoi le vote juif des Etats-Unis lui a été d’emblée accordé. Contrairement à Obama qui risque de revenir sur son insistance à l’arrêt de la colonisation et sur les frontières de 1967, Mitt Romney s’est dit convaincu que les Palestiniens "ne s’intéressent absolument pas à la paix " et a promis de fermer les yeux sur la colonisation juive et qu’il n’interviendra pas pour relancer le processus de paix. C’est cela que les Mauritaniens ont retenu. Et c’est déjà assez.

Ainsi, Obama ou Romney, le citoyen lambda mauritanien estime que le monde ne s’en portera pas mieux.

Cheikh Aïdara
Source: L'Authentic


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