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Les 4 tendances lourdes de l’Afrique en 2015


Economie
Vendredi 26 Décembre 2014 - 12:00

L’année 2014 tire à sa fin sur un constat : les réjouissances universelles sont portées par le consumérisme et le paganisme. Le père Noël, vidé de ses origines chrétiennes, a été pendu sur la place publique il y a déjà 50 ans. Sous nos latitudes tropicales, cette peine a été commuée en falsification à perpétuité.


Les 4 tendances lourdes de l’Afrique en 2015
Grâce au génie chinois, les petites bourses africaines ont désormais accès au  bonhomme en toque rouge et  à la barbe blanche en polyester, en  toile et autres matériaux éphémères et polluants.  Ces  scènes anthropologiques  qui perpétuent les mythes et leurs charges symboliques sonnent comme un exorcisme collectif de l’humanité triturée tout au long de l’année  par les enjeux politiques, économiques et financiers.

Plutôt que  de se livrer à une rétrospective de l’année 2014, perdue d’avance, et désormais sans grande valeur pour les gestionnaires de fonds, les traders, les banquiers, les armateurs, les courtiers de change, les promoteurs immobiliers, nous nous livrons à l’exercice périlleux de la perspective. De quoi 2015 sera-t-il fait ? Quatre  tendances lourdes vont se poursuivre en Afrique à notre sens.
 
1 Le bal masqué de la démocratie
Il y a d’abord le bras de fer entre les démocrates et les conservateurs, les uns militant pour l’inviolabilité des constitutions, le respect ou l’introduction de la limitation des mandats pour les fonctions électives et l’alternance politique et générationnelle. Pour les autres,  le changement doit venir de l’intérieur selon la «spécificité» africaine.  Après le Burkina en octobre 2014, les regards sont tournés vers le Congo Brazzaville, la République Démocratique du Congo, le Togo, le Bénin et le Gabon etc. 

Le schéma est loin d’être binaire car chez les uns et chez les autres se greffent des intérêts et des agendas divers, nationaux et internationaux.  Derrière la fausse bonhomie de certaines ONG, porte-drapeaux de l’ingérence humanitaire, nous retrouvons quelques multinationales, cabinets de lobbys ou encore intermédiaires africains intéressés.  De même, chez les partisans des conservateurs, l’on retrouve tout un réseau d’élites solidaires et prêts à en découdre par la force pour préserver ses prébendes.  Les exemples du Burkina Faso et, surtout, de la Tunisie nous rassurent sur la force de la volonté populaire qui finit toujours par triompher.
 
2-Le retour de bâton de l’or noir
L’année 2015 sonnera l’heure de vérité pour les économies trop dépendantes des exportations de matières premières. Le cours du  pétrole a perdu 50% entre juin et décembre 2014 se négociant entre 50 et 60 dollars.  Le ministre saoudien du pétrole l’a dit et répêté : l’OPEP n’augmentera pas sa production même si le cours du baril atteignait 20 dollars.    Autre paramètre à prendre en compte, le ralentissement de la Chine. Le premier client de l’Afrique  s’attend à seulement 7,1% de croissance en 2015. Les autres pays émergents membres du BRIC’S (la Russie, le Brésil, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud) n’affichent pas des performances élevées.

L’embargo des Occidentaux contre la Russie serait pour nombre d’experts, l’une des raisons de la chute du pétrole.   Derrière l’or noir, les autres métaux ne sont pas aussi en fête.  La tonne de fer a perdu 50% de sa valeur hypothéquant les méga-projets prévus en Afrique comme Simandou en Guinée. Les majors (Rio Tinto, BHP Billiton et Vale) préfèrent ménager leurs réserves plutôt que d’investir dans un conteste de surabondance de l’offre. La chute est aussi conséquente pour l’or noir revenu aux environs de 1300 dollars l’once. 
 
3- L’Afrique des multinationales et l’Afrique des africains  
 
L’autre tendance  lourde est liée à ce phénoméne que nous appellerons la construction d’une Afrique sans les africains.  En 2014, les congolais de Brazzaville ont raflé les migrants originaires de la RDC pour, disent-ils, baisser le niveau de la criminalité.   En ce mois de décembre, l’Angola, amnésique des sacrifices consentis pour sa libération,  encourage les portugais à revenir tout en ordonnant  une chasse urbaine  sans précédent qui vise les ouest-africains en général .  

Certains pays du Maghreb, devenus sous-traitants de la politique migratoire européenne, poursuivent  une politique sécuritaire discriminatoire envers les migrants subsahariens qui pâtissent des préjugés raciaux alimentés par un fonds culturel esclavagiste . 

Bref, pendant que l’Union Africaine réaffirme un agenda commun pour l’Afrique 2063 et que la CEDEAO annonce le Tarif extérieur commun (TEC) pour le 1er janvier 2015, les africains continuent de subir les discriminations sur leur propre continent. Donald Kaberuka l’avait dit en substance  lors des assemblées générales de la BAD organisées à Kigali en mai 2014: “il est concevable que l’africain ait moins de liberté de circuler en Afrique que les étrangers”. 

C’est une situation paradoxale qui atteste la thèse selon laquelle il y a deux Afriques : l’Afrique des multinationales et l’Afrique des africains. La première est encensée par les cabinets comme Mckinsey  et Boston Consulting Group qui y voient la nouvelle frontière de l’investissement. La deuxième est informelle, avec une espèrance de vie qui n’atteint pas 60 ans.  L’une réalise les croissances les plus élevées. L’autre est précaire avec une population de 1 milliard dont 40% gagnent à peine 1 dollars.  Pendant que l’une fait l’objet des traités de libre échange, l’autre est mise en quarantaine, parquée dans des zoos humains. Alors que la première est membre à part entière de l’OMC, la seconde est interdite de circulation.  

Tels sont les contrastes  de notre cher continent qui n’a de valeur que par les richesses dont elles regorgent.  La résolution de ces contradictions, lente ou violente, graduelle ou brutale, est inscrite dans la longue marche de l’humanité vers plus de justice, plus de liberté et plus de dignité pour l’homme. A la suite de Rosa Park et de Nelson Mandela, l’Afrique doit s’ériger contre l’apartheid symbolique qui a remplacé l’apartheid pratiqué partiellement aux USA jusqu’en 1964 et intégralement en Afrique du Sud jusqu’en 1990.

Si l’Afrique ne veut pas subir la mondialisation des traités et des actes de commerce, si elle ne veut pas recréer l’esclavage,  elle doit s’assurer que tous les traités et  les acte , regardant les biens, les services mais aussi les hommes, sont réciproques. Rien ne sert de signer un traité de libre-échange avec l’Europe si l’européen a le droit de venir en Afrique sans visa pendant  que l’africain doit perdre au minimum 15 jours pour obtenir ce sésame. 

L’Afrique nouvelle

De Dakar à Kinshasa, une ruche d’entrepreneurs, de penseurs et de décideurs  est en train d’émerger.  Des porteurs d’affaires issus des classes moyennes laborieuses exigent tous les jours plus d’ouverture du système financier (qui fonctionnait jusque-là en cercle fermé) et des structures d’accompagnement étatiques qui privilégient les Investissements directs étrangers aux investissements directs domestiques. C’est cette ruche là, ouverte au monde et décidée à réussir, qui constitue la nouvelle Afrique, celle qui sera encore plus forte en 2015. L’année 2015 sera l’année de l’Afrique nouvelle, intégrée et décomplexée. 

Source:FinancialAfrik
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