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Lemine Ould Mohamed Salem, journaliste : «Belmokhtar était aussi un excellent footballeur auquel on promettait un bel avenir»


Actu Mauritanie
Dimanche 28 Décembre 2014 - 14:45

Observateur de la région sahélienne, prise depuis quelques années dans les soubresauts des groupuscules terroristes, Lemine Ould Mohamed Salem en a un tiré une série d'articles, et un essai, «Le Ben Laden du Sahara» aux éditions La Martinière. Entretien sur les traces de Belmokhtar, dit le Borgne, émir du terrorisme dans le Sahara.


Lemine Ould Mohamed Salem lors d'un reportage au nord-Mali. Crédit : DR
Lemine Ould Mohamed Salem lors d'un reportage au nord-Mali. Crédit : DR

Dans votre livre, vous comparez le chef jihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar à Oussama Ben Laden, le fondateur d’Al Qaida. Pourquoi ? 

Je le qualifie effectivement de « Ben Laden du Sahara ». Mais il s’agit moins de faire une comparaison entre les deux hommes que de souligner ce dénominateur commun entre les deux chefs islamistes : le rêve d’être l’incarnation vivante de l’idéal jihadiste. Le Saoudien ayant une longueur d’avance, dans le temps et l’action, sur son cadet Algérien dans ce rôle, Belmokhtar s’en est fait le parfait modèle à suivre.

A-t-il réussi à devenir réellement « Le Ben Laden du Sahara » ? 

A voir son parcours et le bilan de ses actions jihadistes, on peut dire que oui. Du moins pour l’instant.

Belmokhtar est souvent assimilé plus à un voyou contrebandier qu'à un fervent jihadiste comme a pu l'être Ben Laden... D’où vient cette réputation ? 

Cette idée de trafiquant trouve son origine dans la volonté de certains services de renseignements de la région, algérien et mauritaniens notamment, d’éviter que l’image de jihadiste revendiquée par Belmokhtar puisse séduire les opinions musulmanes de la sous-région. C’est de bonne guerre. Si elle a plus ou moins marché chez une grande partie des opinions, elle n’a pas convaincu tout le monde.

Les populations ayant été en contact avec les groupes jihadistes dans le Sahara et le Sahel, sont loin d’avoir cette idée de Belmokhtar et ses amis. Même si ces populations ne sont pas majoritairement favorables au discours jihadiste, l’image de voyou est restée très limitée chez elles au profit de celle d’un islamiste radical qui veut imposer une version guerrière, et plus rigoriste de l’Islam comparée aux pratiques religieuses traditionnellement en vigueur chez ces populations.

Durant votre enquête sur sa vie, des découvertes vous ont-elles surpris, son origine familiale, son enfance, son adolescence, ses rencontres etc. ? 

J’ai découvert beaucoup de choses. Il vient d’une famille très normale, avec suffisamment de moyens pour éduquer ses enfants et qui était pieuse, comme d’ailleurs le sont, en général, les gens de sa région d’origine qui ressemble beaucoup à la Mauritanie. Autre comparaison à la Mauritanie, Belmokhtar et les habitants de sa région écoutaient beaucoup le service arabe de la BBC auquel nombre de Mauritaniens, étaient aussi fidèles avant l’apparition des chaines panarabes arabes comme Al Jazira. Belmokhtar était aussi un excellent footballeur auquel on promettait un bel avenir. Il aurait pu prétendre, semble t-il, à jouer dans une grande équipe de football de l’élite en Algérie et pourquoi pas porter le maillot de l’équipe nationale. Mais ça, je l’ai appris trop tard pour l’insérer dans le livre.

Où serait Belmokhtar aujourd'hui ? On l'évoque en Libye... 

Il est assez intelligent pour ne pas se cacher dans le sud de l’Algérie ou au Mali. De part et d’autre de la frontière, les soldats français aidés par leurs alliés africains et les militaires algériens, sont trop nombreux pour qu’il prenne le risque d’être dans les environs. Il est donc plus probable qu’il soit actuellement en Libye, pays où il dispose de beaucoup d’amis au sein des groupes jihadistes comme Ansar As Sharia.

Dans des notes trouvées par l'Associated Press en mai 2013, les 14 membres de la Choura qui dirige Al Qaida au Mghreb Islamique (AQMI) reprochaient à Belmokhtar, qu'ils appellent «Khaled Abou Al Abbas», son côté «borné», qui ferait de lui quelqu'un qui ne «veut suivre personne, et qui ne veut qu'être suivi et obéi». Avez-vous remarqué ce trait de caractère en plongeant dans sa vie ?

Il était notoire depuis plusieurs années que Belmokhtar était en conflit avec les autres chefs d’Aqmi. Leur différend portait sur un problème de leadership. Belmokhtar n’a jamais accepté que la direction centrale d’Aqmi nomme d’autres commandants comme Emirs des jihadistes au Sahara, alors qu’il est le plus ancien parmi eux dans la région. Fin 2012, il a d’ailleurs lui-même officialisé sa rupture avec Aqmi en l’annonçant dans une vidéo, celle où il annonce aussi la création d’une nouvelle unité appelée « Al Mouakioun Biddima » (Les Signataires par le sang) par le biais desquels il a orchestré l’audacieuse prise d’otage sur le site gazier d’In Amenas, en Algérie, en janvier 2013.

A-t-on une idée de la part des moyens financiers générés par le trafic de drogue et de cigarettes qu'on lui prête ?

Il est difficile d’avoir une idée des moyens financiers d’un homme comme lui. Mais on ne peut tout de même dire qu’il ne manque pas de moyens. Il suffit juste d’avoir à l’esprit qu’il a reçu plusieurs fois des millions d’Euros comme rançon pour la libération des otages étrangers.

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Source: Mozaikrim

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