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Le web iranien ne répond plus


International
Mardi 21 Février 2012 - 22:22

Pétrole, nucléaire, Israël : tous les yeux se tournent vers l'Iran, passé à l'offensive également sur Internet. En grands connaisseurs du web, les Ayatollah et dirigeants iraniens ont mis leurs blogs et compte Twitter en mode guerrier, et ont pratiquement coupé des millions d'internautes locaux du web mondial, peut-être en prévision des législatives du 2 mars.


Le web iranien ne répond plus

La chaîne Al-Arabiya, très saoudienne et donc ennemie jurée de l'Iran, a choisi cette période de tension pour diffuser un reportage-vidéo  assez léger sur les "femmes assassins" que l'Iran dresseraient par milliers pour défendre ses frontières en cas d'attaques. Vrai ou faux, la vidéo   des "Ninjettes" en question est totalement inaccessible depuis l'Iran .

Depuis le 12 février, le web iranien est bridé et disparaît par intermittence des radars. Des millions d'Iraniens, principalement dans les grandes villes, ne peuvent plus ouvrir une page d'accueil sur leur écran, bien que le moteur de recherche Google fonctionne toujours. Les pages sécurisées en https sont inaccessibles, ce qui a mis les banques, entre autre, au chômage technique en fin de semaine dernière. Après un léger relâchement de l'étau, ce lundi 2 0 février, le Web a de nouveau été bridé. De nombreuses messageries mail, dont Yahoo, Google Mail, sont par intermittence ou totalement indisponibles depuis quelques semaines.

Les comptes Twitter du Guide suprême, l'Ayatollah Khamenei, ne semblent pas souffrir de restrictions. Comme depuis des années, prêches et invectives surréalistes mais de routine sont envoyés à jets réguliers, comme : "Les récents évènements au niveau régional montre que la nation iranienne a réussi à trouver des soutiens et des amis durant les trois dernières décennies". Ou encore, cette réflexion récente sur les Printemps arabes : "Les régimes arabes qui ont été la cible de la colère du peuple étaient contre la religion, alliés des USA et sionistes trahissant la Palestine". Ils ne sont ni plus ni moins agressifs qu'à l'accoutumée.

Pour des internautes et blogueurs iraniens qui réussissent encore à se connecter, la raison du blocage n'en serait pas tant le contexte international belliqueux, mais la crainte de manifestations internes avant les élections législatives du 2 mars, si l'on en croit les mises à jour des dernières semaines du portail Balatarin,  un site agrégateur de liens, qui fonctionne encore par intermittence et que l'on peut traduire via Google Translate. Il est devenu le forum des dernières nouvelles de la répression et de l'inquiétude généralisée. Mais les manifestations attendues ne se sont pas produites. L'ennemi est trop fort. L"Internet 'halal" , totalement contrôlé, cet Intranet géant au niveau national que l'Iran assure vouloir mettre en place serait-il en marche ? 

L'Iran, un pionnier du Web, et de la censure

Contrairement à beaucoup de pays du Moyen Orient, pris à revers par les médias sociaux en plein soulèvement, les Gardiens de la révolution et les Ayatollahs maîtrisent parfaitement le Web depuis ses débuts. A titre de rappel, Mahmoud Ahmadinejad tient un blog  depuis 2006 (disponible en français ) et le site du Guide suprême, l'ayatollah Khamenei, est disponible depuis des années en douze languesdont le swahili. Les blogs font partie de la formation du clergé. L'Iran est aussi un pionnier de la censure et la technologie occidentale y est pour quelque chose. Les logiciels de filtrage américains Smart Filter, Websense, Blue Coat, grands noms de la cybercensure, y ont pris part, malgré des démentis scandalisés, via des filiales aux Émirats Unis, une histoire retracée entre autre par l'initiative de recherche inter-universités ONI  sur la cybercensure.

 

Le web iranien ne répond plus

Appels de solidarité aux développeurs

Plus grave, et tout récent : les Iraniens, habitués depuis longtemps à ces maigres vitesses de connexion et au blocage des sites étrangers et locaux (on peut vérifier quels sites sont bloqués sur le site BlockedinIran ), dépendaient des solutions de contournement de la censure tels que les VPN, des passerelles cryptées, et un logiciel, TOR , le plus utilisé pour crypter ses connexions et accéder de façon anonyme au Web. Or, ces bouées de secours aussi semblent elles aussi devenus inopérantes [graphique].


Le web iranien ne répond plus

La chute des connexions depuis l'Iran en février 
sur le site crypté d'anonymisation TOR

Cette très mauvaise nouvelle a pris de court les concepteurs de passerelles cryptées et systèmes d'anonymisation. Un appel à la solidarité inédit entre développeurs informaticiens a été lancé ce week-end par l'un des cerveaux de TOR, Jacob Appelbaum,sur le forum du site  Tor, demandant d'urgence la coopération technique pour rétablir des ponts de communication avec une nouvelle solution de cryptage et de contournement, en test et encore non opérationnelle.

"Ce type de collaboration n'est pas pour les mauviettes techniquement parlant, mais c'est absolument nécessaire pour les gens en Iran, tout de suite. Sinon, Il est plus que probable qu'environ 50 000 à 60 000 utilisateur de Tor ne puissent plus du tout se connecter". 

Des experts   en sécurité informatique  ne croient pas que l'Iran puisse aller jusqu'à couper l'Internet, au vu des conséquences économiques catastrophiques qu'a par exemple connu l'Egypte en le faisant au printemps dernier. Mais outre les enjeux géostratégiques, le web et la circulation des informations est plus que jamais une question de vie ou de mort pour les réseaux de solidarité qui veillent sur les opposants et les prisonniers. En quelques semaines, des condamnations à mort ont été confirmées, pour blasphèmes ou pornographie, dont celle d'un informaticien canadien-iranien. Le prisonnier Medhi Khazali   arrive à son 40eme jour de grève de la faim et souffre de problèmes cardiaques. Des menaces de morts par mails sont parvenues à différentes personnes hors d'Iran, ainsi que des rumeurs d'une réactivation du programme d'élimination physique  des opposants a l'étranger, dont la Prix Nobel Shirin Ebadi. 

atlantico.fr


              

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