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Le salut des arabes ( Moawya Ould Taya )


Tribunes
Mardi 29 Mai 2012 - 10:51


Le salut des arabes ( Moawya Ould Taya )
Dans un livre paru en février 2012 sous le titre « le salut des Arabes » (Najat El Arab), édité et distribué par Albouraq, l’ancien président mauritanien, Moawya Ould Sid’Ahmed Ould  Taya, livre la vision qui est la sienne des meilleurs moyens d’assurer la renaissance du Monde Arabe. Sous la forme d’un entretien fictif entre Omar, homme politique ayant une longue expérience des affaires arabes et observateur attentif des événements du monde, d’une part, et quatre interlocuteurs, Ould Taya trouve dans l’imposition de l’usage exclusif et généralisé de l’arabe littéral et l’éradication des dialectes et langues vernaculaires, utilisés dans les différents pays arabes, le remède miracle au triptyque  composé de terrorisme, pauvreté et désespoir qui gangrènent cette partie du monde.

 

Pour Ould Taya, le problème fondamental du Monde Arabe réside dans la coupure nette entre les élites instruites et le peuple maintenu à l’écart par l’usage qu’on lui a imposé de dialectes arriérés et incapables de véhiculer la connaissance et la modernité. « A quoi sert d’entretenir 175 universités et 1000 instituts scientifiques pour y enseigner une langue que personne ne parle chez lui ? », s’interroge Ould Taya sous la plume d’Omar.
 

La généralisation de l’usage de l’arabe littéral et la disparition forcée des dialectes issus de l’arabe (hassania, darigia…) pourrait se faire par l’organisation d’une vaste campagne d’alphabétisation où les moyens des Etats arabes coordonnés ou séparés seraient mis à contribution. Dans 10 à 15 ans, pense Omar, une telle campagne pourrait réussir là où toutes les « révolutions arabes » n’auraient fait que remplacer des gouvernants par d’autres.
 

On perçoit sous les traits de l’usage généralisé de l’arabe littéral, les grandes lignes de la « campagne du livre » initiée par Ould Taya lors de ces dernières années à la tête de l’Etat mauritanien.
 

Sous le vocable de langues régionales (locales, vernaculaires…) Ould Taya pense certainement aux dialectes issus de l’arabe. Mais Omar feint d’ignorer que le Monde arabe englobe des peuples non-arabophones avec leurs langues et leurs dialectes propres. Omar ne se prononce pas sur le devenir des langues africaines, kurdes, Tamazigh…, mais vue son insistance à imposer l’usage exclusif et généralisé de l’arabe littéral on devine que ces langues devront elles aussi être éradiquées.
 

Cette monomanie de l’arabe littéral que développe Ould Taya comme étant la solution miracle aux problèmes du Monde Arabe (et donc de la Mauritanie) trouve un pendant inattendu et tout aussi réducteur chez Mohamed Ould Abdel Aziz qui voit en la formule « un peuple de poètes » la cause de tous les maux de la Mauritanie.
 

Le livre comporte 164 pages (format « poche ») et est organisé en 16 chapitres d’importance inégale mais qui reprennent tous le même leitmotiv à savoir « l’arabe littéral à la place des dialectes » comme solution à tous les maux du Monde Arabe.
 

Nous avons choisi de traduire pour vous le chapitre qui traite de l’actualité la plus récente à savoir « les révolutions arabes ». C’est le chapitre 14. Le livre semble avoir été écrit après le déclanchement des frappes aériennes de l’Otan contre les brigades de Kadafi.
 

Les personnages, outre Omar :

 

Khaled : a travaillé pendant 8 ans en Iraq où il enseignait la langue arabe. Il retourne dans son pays après le déclanchement de la deuxième guerre d’Iraq pour militer dans les rangs des Verts et défenseurs de l’Environnement. Il est très enthousiaste pour le processus démocratique initié dans son pays depuis quelques années.
 

Hassan : diplômé de l’Université depuis dix ans mais sans emploi
 

Aminétou : Etudiante sans diplôme universitaire mais ayant une vaste culture générale
 

Saleh : Intellectuel et ancien cadre dans l’administration de son pays, il est triste à l’idée que les Arabes aient abandonné leur langue. Il considère que cet abandon est à l’origine de la prolifération des guerres civiles dans le Monde Arabe.
 

Les révolutions de la jeunesse

 

Khaled : Il se déroule actuellement une révolution populaire qui a poussé Ben Ali à abandonner le pouvoir et à quitter le pays ; Cette révolution est à l’origine d’un grand enthousiasme en Tunisie et dans d’autres pays arabes. D’aucuns vont jusqu’à comparer cette révolution à la Révolution française. Qu’en pensez-vous ?
 

Omar : Il est certain qu’en Tunisie existe un niveau d’instruction très élevé et une classe moyenne très développée qui constitue une force économique importante. La Tunisie est le pays arabe le plus proche des démocraties pluralistes ; mais ce qui s’y passe est très éloigné de la Révolution française de 1789. La féodalité française avait alors entre les mains l’ensemble des terres agricoles et dominait tous les autres groupes de la population. Le peuple était dans une situation déplorable. Les français travaillaient sans contrepartie et certains se nourrissaient de baies et d’herbes sauvages quand ils ne mourraient pas de famine. C’est alors que les Révolutionnaires français décidèrent de changer la situation de façon radicale. Ils définirent les objectifs, désignèrent l’ennemi et lancèrent la Révolution. Il y eut de nombreuses victimes mais les révolutionnaires arrivèrent à éliminer la féodalité en France et leur révolution a été couronnée de succès parce qu’elle devint l’exemple pour toutes les luttes pour la liberté, l’égalité et la démocratie. De la même façon, les révolutionnaires tunisiens ont réussi à changer le pouvoir dans leur pays. Mais, en réalité, le problème n’était pas le régime de Ben Ali qui était, certes, corrompu. Ce n’était pas ce régime qui empêchait la modernité, la diffusion du progrès, l’éradication de la pauvreté, du chômage et l’enracinement de la démocratie. Le frein majeur au développement de la Tunisie était ailleurs, il est dans le fait que les Tunisiens parlent une langue vernaculaire, un dialecte local. Quand les révolutionnaires tunisiens arriveront à éradiquer les dialectes locaux, ils auront réussi la plus profonde et la plus grande révolution à la fois pour le peuple tunisien et pour l’ensemble des peuples arabes.
 

En suivant les événements de Tunisie, j’ai remarqué que Ben Ali, dans son premier discours adressé à la nation quand l’Etat était encore debout, avait parlé en arabe littéral. Dans son dernier discours, quand les choses allaient très mal, il parla aux Tunisiens en dialecte local, comme s’il essayait de se rapprocher du peuple. Mais son abandon de l’arabe littéral ne lui avait servi à rien. Son régime s’est écroulé et il a quitté le pays.
 

Nombreux sont les intellectuels arabes qui procèdent comme l’a fait Ben Ali ; dans des circonstances similaires, ils abandonnent l’arabe littéral quand ils s’adressent aux populations espérant ainsi se rapprocher d’elles.
 

Hassan : La révolution tunisienne a inspiré la jeunesse égyptienne qui s’est révoltée contre le régime de Hosny Moubarak. Puis les flammes de la révolution se sont propagées à d’autres pays arabes. Quand est-ce que cette tempête s’apaisera-t-elle ?
 

Omar : La rébellion touchera la majorité des pays arabes étant donnée l’incapacité de leurs dirigeants à réaliser le moindre développement en un quart de siècle. Et il y a peu d’espoir que cela puisse changer si les choses restent en l’état. Jusqu’à présent, certains pays ont réussi à maintenir l’ordre et la stabilité chez eux. Mais ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte annonce d’importantes perturbations dans les autres pays arabes étant donné le degré de désespoir chez les jeunes. Le point commun entre la Tunisie et l’Egypte est le nombre de personnes instruites. A chaque fois que le niveau n’instruction atteindra, dans un pays donné, celui observé dans ces deux pays, il se produira une révolution et un changement de régime.
 

Aminetou : Mais vous venez de nous dire que la lutte pour le pouvoir est ouverte dans ces pays depuis longtemps et moi je pense que c’est une affaire de tous les jours.
 

Omar : J’ai dit que les peuples qui parlent entre eux des dialectes locaux ne se soucient pas  de savoir qui arrive au pouvoir ou  qui le quitte. J’ai dit aussi que, sauf exception, le changement de régime dans les pays arabes ne garantit pas une amélioration des conditions de vie des populations ni ne les rapproche de la démocratie. La raison fondamentale à cela est que la moyenne du temps passé à la lecture, dans ces pays, est de cinq minutes par an. Les Arabes ont abandonné leur langue et ne peuvent plus la lire ni s’y exprimer. Les populations arabes vivent un état de désespoir profond et cela depuis très longtemps. Elles ont été affaiblies par l’usage prolongé des langues vernaculaires. Le désespoir les pousse à célébrer le moindre événement se produisant dans l’un de leur pays comme si c’était celui qui les sortirait de la misère accablante dans laquelle ils pataugent. C’est un comportement qui mène souvent à la déception et à encore plus de désespoir. Si les jeunes en Tunisie ou en Egypte étaient réellement mus par la volonté de faire du bien, s’ils voulaient accomplir une œuvre de salut public, s’ils voulaient être célébrés en héros et réaliser de quoi ils pourront relever la tête et aspirer à un avenir radieux, ils doivent travailler à éradiquer les dialectes locaux et, commençant par eux-mêmes, imposer l’usage exclusif et obligatoire de l’arabe littéral. Les jeunes sont les mieux placés pour savoir comment arriver à effacer les langages locaux et populaires. S’ils s’y refusent, il apparaîtra au monde entier que ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte n’avait servi à rien et que c’était juste une étape supplémentaire dans la lutte pour le pouvoir.
 

Khaled : L’étincelle de la révolution tunisienne était partie de l’immolation par le feu d’un jeune en protestation contre l’humiliation qu’il avait subie de la part de la police. D’autre jeunes l’ont, depuis, imité en Algérie, en Mauritanie et en Egypte. Comment peut-on expliquer de tels actes odieux ?
 

Omar : Ces actes arrivent à la suite de conflits et de guerres civiles et traduisent l’acuité et la gravité des difficultés qui s’accumulent chez les Arabes depuis les dernières décennies. Ces problèmes ne trouveront pas leurs solutions dans le départ des actuels dirigeants ni même dans les tentatives de l’instauration de la démocratie. Les suicides des jeunes, les révolutions, le chômage et l’émigration révèlent le profond désespoir chez les peuples et montrent que les média ne jouent plus le rôle d’orientation et d’éducation qui leur est dévolu. Le discours, dans les pays arabes, n’est plus audible. C’est de la langue de bois. Les nouveaux dirigeants, issus des révolutions, auront un discours encore moins audible et sera rejeté par le peuple à cause des sacrifices consentis et des déceptions inévitables car il sera impossible d’améliorer les conditions de vie des populations.
 

L’unique voie de salut qui s’offre aux Arabes et qui leur permettra de se débarrasser de leurs soucis et d’aplanir leurs difficultés est le retour à  l’arabe littéral et l’abandon ou l’interdiction des dialectes locaux qui sont la source de tous les malheurs. C’est la voie de l’ignorance, du sous développement et de la bassesse que nous font emprunter les dialectes locaux depuis trop longtemps.
 

Si on regarde ce qui se produit dans les pays arabes comme guerres, conflits et comment nombre de jeunes, dans des lieux différents, se donnent la mort, on se rend compte de la gravité de la situation. Pourtant des régimes très divers et variés se sont succédé sans résultats.
 

J’ai observé les événements d’Egypte à travers les canaux satellitaires et vu les manifestants répondre aux journalistes en insultant leurs dirigeants et en leur faisant porter toute la responsabilité dans la situation de pauvreté et de chômage que connait le pays. J’ai remarqué que les intervenants s’exprimaient toujours dans les dialectes locaux. Or un peuple qui abandonne sa langue ne peut espérer atteindre un haut niveau d’évolution ni vaincre le chômage. Il est courant d’accuser les dirigeants de dictature. Mais, très souvent, cela est loin de la réalité. La vérité est que des peuples qui abandonnent leur langue sont difficiles à gouverner et il est difficile aussi d’améliorer leurs conditions de vie surtout en ces temps de mondialisation.
 

Source: KASSATAYA (avec for-mauritania et taqadoumy)



              

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