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Le rêve politique de la « Jeunesse » mauritanienne a-t-il été avorté?


Tribunes
Lundi 14 Novembre 2011 - 23:50

« Ô rage ! Ô désespoir ! Ô jeunesse ennemie ! » (i) . Ainsi oserait-on, aujourd’hui, paraphraser Corneille pour s’écrier contre « l’infamie politique » infligée par les vieux lobbies à une partie de la jeunesse mauritanienne. Telle, du moins, pourrait être la conclusion bouleversante pour celui qui suit attentivement le tintamarre médiatique qui nous pollue les oreilles depuis quelques mois au nom dit-on du « renouvellement de la classe politique mauritanienne » ou de son « rajeunissement partiel ». Et pour cause !


Le rêve politique de la « Jeunesse » mauritanienne a-t-il été avorté?
Depuis les manifestations enclenchées le 25 Février dernier au cœur de la capitale politique, la jeunesse mauritanienne, contestatrice ou jusque-là indifférente, s’est trouvée aussi bien source d’inquiétude du gouvernement qu’une occurrence des intérêts contextuels et circonstanciels d’une certaine classe politique. Jusqu’alors en hibernation, cette jeunesse qui, à juste titre, se sentait marginalisée sur tous les plans, avait subitement décidé de renvoyer, de ce fait, dos à dos toutes les formations politiques existantes, majorité et opposition. Puisqu’elle ne se voyait, tout simplement, plus concernée ni par le discours des uns ni dans la priorité des autres. Elle avait pris conscience, boostée par les soulèvements jeunes en Tunisie et en Egypte, de la nécessité enfin de « dire son mot ». Dans un nouvel élan, elle nourrissait une ambition, portait un rêve afin qu’elle se prenne en charge et occupe un espace politique plus ou moins « proportionnel » au poids démographique qu’elle prétend représenter au sein de la société. Elle était décidée, pour cela, à « tuer le Père ».
 
Ce « rêve jeune » fut très vite encouragé par le premier responsable de ce pays pourvu qu’il puisse assurer la relève politique qui lui est chère et par-delà insuffler un sang neuf dans les veines d’une classe politique de plus en plus « anémiée », de plus en plus sclérosée. Des audiences furent alors accordées à l’ensemble des mouvances connues et leurs divers « réquisitoires » furent écoutés attentivement. Mais très tôt, certains lobbies présents dans les hautes sphères du pouvoir y virent une menace potentielle ; d’autres grands nostalgiques d’une époque récente, fortement présents dans le sérail, y trouvèrent, quant à eux, une opportunité singulière pour consolider leurs privilèges. Mais tous, s’investirent pour surfer sur la vague « jeunes ». Commença alors la grande valse.
 
Concomitamment et surtout dans la plus grande rivalité politique entre lobbies, des réunions tribales furent tenues aux domiciles de certains affairistes connus, des festins furent offerts par certains « hommes de l’ombre » sortis, à l’occasion, de leurs tanières. Pire, en violation du principe de non ingérence de l’armée dans la vie politique, des « bénédictions » furent « dites » discrètement par un Général en fonction. Ces derniers mois, d’ailleurs, ce dernier accorda à ce « dossier » plus de temps qu’il ne donna à sa charge publique, pourtant, l’une des plus sensibles de la vie de la Nation. Le pouls de certaines mouvances fut très vite pris par ces lobbies et, visiblement, l’enjeu en valait la chandelle. Car une certaine jeunesse, impatiente de tout faire bousculer sur son passage en usant, à tort et à travers, du fallacieux argument de la nécessité absolue de renouveler la classe politique, y aperçut son ultime occasion de monter sur le podium. Et à n’importe quel prix. Dés lors, la fin justifia les moyens pour cette jeunesse ; ses « parrains » trouvèrent facilement la brèche et diverses « OPA » (ii) furent, concurremment, lancées contre « le rêve jeune ».
 
Effectivement, face à cette partie de la jeunesse dont l’ambition n’a d’égal que son amateurisme politique, les nouveaux « parrains » alternèrent, selon les cas, les offres alléchantes d’emploi et les menaces de licenciement sans délai en passant par d’insignifiants « dessous de table » jetés aux plus résistants. Chacun de ces lobbies voulût disposer de « sa » jeunesse comme on dispose d’un cheptel. Une nouvelle forme d’esclavage intergénérationnel. Mais cette « jeunesse », apposa sa signature, dans un coup de poker, sur des avant-projets sortis des chapeaux magiques et des képis beiges de leurs nouveaux maîtres. Seulement, les intérêts des lobbies ne se croisèrent pas et les guerres de chapelles se déclenchèrent de sitôt. Ces sales guerres se furent, évidemment, par procuration et par jeunesse interposée causant, hélas, d’irréparables dégâts dans les rangs des différentes mouvances jeunes.
 
Cette partie de la jeunesse, bercée par ses fausses illusions, se retrouva, encore une fois, « sujet » des ses ainés au lieu de devenir « acteur principal » et maître de son destin. Un destin pour lequel les « ainés » se livrèrent, en haut lieu, une autre bataille qui eût pour seul enjeu la revendication de la « paternité politique» de toute cette dynamique. Pas plus. Pourtant, le locataire du Palais n’a jamais investi quiconque d’une telle mission. Ni le Général ni les autres. Il n’a, d’ailleurs, aucun intérêt à casser une dynamique qui lui est, jusqu’à présent, favorable. Il n’a pas, non plus, intérêt à rompre sa neutralité proclamée, ni à diviser ou malmener une génération sur laquelle la Mauritanie est appelée à compter. Non, il s’agit d’un trafic d’influence par excellence. Une stratégie bien connue et souvent utilisée par les milieux d’affaires et de sécurité et qui nous rappelle, tristement, les pratiques tant décriées d’une époque non lointaine.
 
En prolongement des rivalités au sommet de la pyramide, cette partie de la jeunesse s’abandonna, tout en bas de l’échelle, à des « mises en scène » médiatiques téléguidées. Les mauritaniens eurent droit à des échanges de communiqués plus proches de scènes de ménage que d’un véritable débat d’idées. D’innombrables conférences et points de presse alimentèrent les sites électroniques d’information. Chacune des tendances en compétition voulût tirer le drap vers elle et  présenter ainsi, implicitement, « son » parrain comme seul « bienfaiteur » et avocat légitime et crédible de la jeunesse auprès de la « haute cour ». Tout y apparût à l’exception d’une vision politique ou d’un potentiel électoral. Un véritable engrenage dont ils ne mesurent pas l’absurdité et encore moins la futilité qu’il exprime pour un citoyen averti et même pour un mauritanien lambda. Que des non-évènements politiques et des coups d’épée dans l’eau. Au finish, l’amateurisme des « pantins » et l’antagonisme des intérêts des lobbies altérèrent l’esprit jeune et sincère de cette nouvelle dynamique tant attendue par les grandes masses d’une jeunesse aux aguets.    
 
Interpellé par toute cette bruyante mise en scène et ce boucan sans intérêt, tout jeune mauritanien est en droit de se demander, en ce moment, si le rêve politique de la jeunesse toute entière n’a pas été avorté. Tout mauritanien est également en droit de se poser la question si pertinente aujourd’hui : cette jeunesse mauritanienne, entrée en action jusqu’ici, est-elle plus prometteuse que ses ainés politiques qu’elle espère tant remplacer et vite ?
 
La réponse à cette dernière question, si l’on ne tient compte que du jeu des pantins, ne peut être que négative à tous points de vue. Car les leaders proclamés de cette jeunesse qui, jusqu’à présent, se sont présentés en tant que relève politique ne se distinguent, malheureusement, en rien de la génération qui les a précédés et qui continue à les manipuler par lobbies interposés. Les mêmes regroupements tribaux, les mêmes tiraillements entre clans politiques locaux et les mêmes schémas, les mêmes raccourcis se perpétuent en changeant seulement de visages. Tous recourent au régionalisme dans ses formes les plus abjectes, à l’identitarisme /communautarisme les plus restreints et au piétinement de l’intérêt national quand il ne répond pas parfaitement à l’intérêt personnel. Beaucoup de similitudes, hélas, avec le tableau que ces mêmes leaders ont peint de l’actuelle classe politique pour « légitimer » leur « soulèvement politique». Autant maintenir le statu quo.
 
Ces impertinents néophytes de la politique mauritanienne n’ont pas pris, visiblement, ni le temps ni les moyens de se libérer des principales tares rédhibitoires qui gangrènent l’espace politique dans notre pays. Aussi, constitués essentiellement de personnes politiquement illettrées, demi-lettrées, sinon analphabètes, leur apprentissage politique préalable était plus que nécessaire. A défaut, ils feront la politique comme M. Jourdain faisait de la prose. C’est à-dire sans savoir de quoi il retourne.
 
Heureusement qu’une autre « Jeunesse » s’est abstenue de participer à cette confrontation entre lobbies à peine maquillée en « incompatibilités évidentes » entre divers pans de la jeunesse mauritanienne. Expérimentée, lucide et plus attachée à ses devoirs envers la communauté, elle a su, jusqu’ici, déjouer toutes les tentatives d’instrumentalisation minutieusement fomentées par ces puissants lobbies qui disposent pourtant d’armes redoutables comme l’argent mal acquis et les milieux des services de renseignements utilisés au service de la mauvaise cause. L’opportunisme a été mis, pour une fois, en difficulté. Mais les dégâts sont énormes. Enormes à tel point que beaucoup de jeunes se demandent aujourd’hui si le rêve de la jeunesse mauritanienne n’a pas été avorté.
 
Ceux qui pensent qu’il l’a été, ont jeté l’éponge et se sont fondu -de nouveau- dans les formations politiques existantes dirigées par leurs aînés politiques. Une abdication précoce. Ceux qui, au contraire, estiment que ce rêve est loin d’être avorté, continuent à lutter pour que l’espoir renaisse. Forts de leurs convictions et armés de leur volonté inébranlable, ils sont déterminés à contribuer à la mise sur orbite d’une Mauritanie à jamais débarrassée des tares qui l’ont toujours englué dans le sous-développement, la pauvreté et les crises politiques récurrentes. Pour ce faire, ils multiplient les concertations, se font des concessions et nouent de nouvelles alliances autour de visions communes permettant ainsi de réengager le processus sur des bases plus saines. Des bases dictées par le seul intérêt national et qui permettront d’aboutir à un projet de société susceptible d’intéresser le mauritanien à travers sa cohésion, son objectivité, son courage et son originalité. Un défi énorme que la Mauritanie mérite qu’on relève pour elle.
 
Cette autre « Jeunesse » sait aussi pertinemment que le renouvellement de la classe politique n’est pas un processus qu’on décrète dans les médias ou autour d’un festin bien gras. La relève politique est un phénomène naturel et non un vulgaire slogan publicitaire. Par la force des choses, ce phénomène est en marche en Mauritanie et c’est inutile de le crier sur tous les toits. Chaque chose en son temps. Voyez autour de vous et vous verrez que les arbres perdent inévitablement leurs vieilles feuilles qui tombent et donnent naissance à de nouveaux feuillages bien plus verts et bien plus frais. Pas une seule vieille feuille ne s’essaierait de s’inviter parmi les toutes nouvelles ou de résister à la redoutable succession perpétuelle des saisons. Le renouvellement de la classe politique n’exige pas nécessairement la création de nouvelles formations dirigées par la jeunesse. Il peut être, également, la résultante du renouvellement volontaire et continu des instances dirigeantes des partis politiques existants et de l’accès de la jeunesse aux postes électifs. Mais, dans tous les cas de figure, pour réussir cette relève politique, ses principaux précurseurs devraient s’investir dans la recherche du vrai changement. Le changement qu’ils veulent incarner. Ils devraient également s’employer à se libérer sans délai de leur « dépendance systémique » de la génération à laquelle ils succèdent. Le moment est certes propice mais le courage politique fait encore largement défaut. 
 
Sans rupture avec les systèmes archaïques et surtout sans résistance à l’hégémonie des systèmes traditionnels, la jeunesse ne sortira jamais du giron de ses ainés. Elle ne pourra jamais incarner ce changement qui, aux yeux du mauritanien, devrait passer par une justice sociale, une égalité des chances en terme d’emploi et d’éducation et le rejet de la corruption et du clientélisme. Des valeurs que le peuple mauritanien, cinquante années durant, recherche encore désespérément. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. 
 



[i] Le vers en référence  est « Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie ! N’ai-je tant vécu que pour voir cette infamie » en allusion à l’incapacité de Don Diègue, affaibli par l’âge, de se venger par lui-même (Lire « le Cid » de Corneille).

[ii] OPA  ou Offre Publique d'Achat est une opération, initiée par une société par laquelle elle annonce aux actionnaires  d'une société cotée en bourse son intention d'acquérir tous leurs titres à un certain prix et pour une durée limitée dans le temps. Le règlement des titres d'une OPA s'effectue en espèce contrairement à une OPE.
Cheikh Ould Jiddou


              

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