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Noorinfo

Le plus bel hommage à Yahya Ould Hamidoune, un génie mauritanien…


A.O.S.A
Jeudi 15 Décembre 2011 - 17:29


Le plus bel hommage à Yahya Ould Hamidoune, un génie mauritanien…
Depuis quelques jours, je méditais un papier en souvenir de cet homme d’exception que je n’ai rencontré qu’une fois chez un de ses parents sans savoir alors à qui j’avais affaire. On me l’a présenté comme un mathématicien mauritanien chercheur au CRNS, c’est tout. Etant encore bien jeune, certain que d’un regard je pouvais juger les hommes, j’ai été surtout marqué par son regard dans le vague ; je n’y ai vu aucune lumière comme le regard d’un diplomate ; toujours en retrait.
 
Il y a toutefois quelque chose qu’il n’a pu me cacher, c’est une grande solitude dans les yeux, une grande tristesse. C’était il y a peut-être 6 ans. A l’époque, dans l’appart d’un autre deymani, j’ai cru être en mesure de discuter avec lui de mathématique ; malgré mes efforts, il n’a jamais voulu répondre à mes questions lambda du genre « vos recherches portent sur quoi ? ». A son silence, son regard en retrait, son sourire à peine esquissé comme on présente des excuses, j’ai cru comprendre que j’avais affaire à un de ces mathématiciens totalement perdu à force de chercher sans jamais rien trouver !
 
Un chercheur mauritanien en sociologie d’accord, en théologie d’accord, en ce que vous voudrez d’accord mais en mathématique ! Quelle folie ! Que voulez-vous qu’un chercheur mauritanien trouve en mathématique alors que cette science est allée tellement loin du monde sensible que nul ne peut y apporter une trouvaille manifeste sans avoir pu d’abord digérer l’ensemble car un résultat peut sembler juste à 99,999 % et se révéler faux à cause d'un coin ou d'un recoin de cet univers où le fameux résultat bute sur une vérité sans équivoque avec laquelle ce résultat se révèle là incompatible.
 
En physique, c’est différent, de là que deux physiques se côtoient sans que leurs lois soient parfaitement compatibles, à savoir la physique générale et la physique quantique ; pas encore de théorie globale. En mathématiques, il n’y a pas ces pôles. C’est un univers entier, presque métaphysique en avance sur la physique à tel point que les physiciens viennent y faire leurs courses en fonction de leurs études d’un certain monde « palpable ».
 
Aussi, j’ai cru comprendre le regard de Ould Hamidoune. Voilà un chercheur mauritanien perdu comme tant de chercheurs qui cherchent et ne trouvent rien car cette science est devenue trop complexe pour rêver lucidement à obtenir quelques résultats de taille. Je me souvenais alors d’Andrew Wiles et du concours incroyable de circonstances improbables qui lui permirent de démontrer le théorème de Fermat ; il lui a fallu à l’époque faire intervenir mille découvertes de son temps plus une structure qu’il emprunta à l’Egypte ancienne. Et même lorsqu’il vint démontrer sa découverte, tout génial mathématicien qu’il est, il n’avait pas remarqué une petite erreur. Erreur qu’il a réussi ensuite à corriger avant tous les renards qui auraient pu la résoudre avant lui et avoir droit à leur part de postérité.
 
Toute proportion gardée, comment alors imaginer que Ould  Hamidoune, fils du tiers-monde puisse avoir le bagage nécessaire pour faire avancer les mathématiques dans un domaine précis à tel point qu’on puisse dire de lui que c’est un génie ?
 
Quand j’ai appris son décès, je me suis dit «  deissane c’était ce fameux chercheur perdu ». Quand j’ai commencé à lire les articles de ses proches scandalisés par le fait que le décès du monsieur ne fasse pas assez de bruit dans ce pays, je me suis dit qu’il s’agissait là encore de cette propension que nous avons à toujours appeler génie le premier des nôtres qui est plus brillant que nous comme si nous étions une référence. De là que chaque mauritanien connaît un génie électricien, génie maçon, génie cuisinier, génie boucher, génie tout à tel point que Aziz nomme des ânes qu’il prend pour des génies.
 
Nous sommes trop polis, et quand l’un des nôtres meurt, on commence à chanter sa gloire alors que le malheureux pouvait de son vivant vivre dans la galère sans que personne ne s’en soucie.
 
Même quand son ami Alain Plagne, professeur à polytechnique Paris, est venu dire en Mauritanie qu’il a été choqué de voir qu’ici on ne se rende pas compte que Yahya n’était pas seulement un mathématicien mais un mathématicien parmi les plus brillants du monde, j’ai cru là encore à une politesse.
 
Ce n’est qu’aujourd’hui en lisant cet hommage que j’ai eu les larmes aux yeux ! Ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai compris ce regard en retrait que j’ai cru sottement être en mesure de saisir jadis. Ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai compris quel esprit devait être Yahya Ould Hamidoune, yarahmou. Ce n’est qu’aujourd’hui que je maudis encore plus ceux qui ont tué le système éducatif mauritanien qui pouvait permettre à des petits mauritaniens de devenir des grands parmi les grands mathématiciens de ce monde par la seule force de leur intelligence, grâce à Dieu.
 
Voici le plus bel hommage que j’ai pu lire d’un ami à un ami, d’un esprit brillant à son semblable, d’un humain à un humain. Ce n’est pas long. L’auteur reprend la vie de Yahya de sa naissance à l’adieu et nous esquisse quelques traits de son génie. Essayez de tout lire même si comme moi vous ne saisissez pas tout et vous saurez que Yahya Ould Hamidoune a bien démontré des conjectures fameuses et pas qu’une ! Qu’il était bien un grand mathématicien et plus, même si en France, on n’a pas voulu faire de lui un directeur de recherche , « …qu’il méritait à l’´evidence pour ses travaux scientifiques dès la fin des années 80… » car comme dit l’auteur « On lui reprochait notamment son faible encadrement de doctorants. Pourtant, de très nombreux thésards et jeunes mathématiciens ont bénéficié de son savoir et de ses conseils, qu’il dispensait généreusement et
sans calcul. Les systèmes humains favorisent souvent ceux qui leur ressemblent. »
 
C’est là une très grande bêtise qu’on ne trouve qu’en France quand aux USA on sait très bien comment promouvoir le talent et en faire bénéficier la science quelle que soit la nationalité de l’esprit. En France, vous verrez de brillants médecins travailler dans les urgences de nuit sans jamais avoir le droit d’ouvrir un cabinet ! Voilà aujourd’hui qu’un Guéant, repris de justice, se permet de chasser même les brillants étudiants juste pour que son candidat gagne quelques électeurs du Front national !
 
Quelle misère intellectuelle, humaine et politique.
 
Pour oublier les petits, les vulgaires,  la politique en ce bas monde, il suffit de lire ces mots...

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chezvlane


              

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