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Le partage du pouvoir


Tribunes
Mercredi 2 Avril 2014 - 09:45

Aujourd’hui, la hiérarchisation verticale des rôles et des statuts est telle que l’on renonce sciemment à tout son bon sens sitôt que le chef en décide autrement. Aussi, il semble plus aisé de se soumettre à cette autorité totalitaire, que d’y opposer velléités et arguments – privilèges des décideurs !


Le partage du pouvoir
Et même si, lors de réunions d’équipe, l’on vous donne la parole, c’est trop souvent l’illusion démocratique qui s’y rejoue. Car en définitive, après quelques bavardages et une fausse délibération, la décision finale sera toujours celle de la plus haute autorité.
 
Alors comment donner à tous ceux qui sont concernés, une chance d’exprimer leur compétence et donc de partager leur pouvoir ?
Une hiérarchisation horizontale, résultant par exemple du tirage au sort – si cher à Etienne Chouard -, pourrait être la clé de cette égalité. Une égalité alors fruit d’un hasard absolu, abrogeant au passage toute potentialité despotique en chacun de nous. De par son essence incorruptible, elle permettrait ainsi de créer un cercle vertueux gouverné-gouvernant absolument nécessaire à l’épanouissement des hommes entre eux.
 
Posons un cas pratique. Une école élémentaire, 10 classes, 10 instituteurs, un directeur. Pour rappel, un directeur est un ancien instituteur qui a bénéficié d’une formation administrative complémentaire  relative à la cohésion des membres de la communauté éducative.
Supposons un instant que tous les enseignants profitent de cette même formation lors de leur apprentissage. Ce ne sont donc plus 10 enseignants sous l’autorité d’un homme, mais 11 instituteurs tous susceptibles de pouvoir revêtir la casquette de directeur. Alternativement, dans un ordre de passage tiré au sort, chaque membre volontaire du corps enseignant coordonnerait ainsi l’action éducative. Cette mécanique aurait pour effet de dissuader tout pouvoir déraisonnable. Car comme le dit si justement Bernard Manin dans son Principes du gouvernement représentatif : « dans la mesure où ceux qui commandent un jour ont obéi auparavant, ils ont la possibilité de prendre en compte, dans leurs décisions, le point de vue de ceux à qui ces décisions s’imposent »…
 
Mais dans cette optique de hiérarchisation horizontale, c’est à dire sans autorité supérieure, comment se résoudrait un conflit d’intérêt ? (Comme dans ces cas où les avis sont particulièrement partagés, où chacun campent sur ses positions et où les partis semblent irréconciliables…)
 
Dans nos structures hiérarchiques actuelles c’est le directeur qui tranchera, avec plus ou moins de justesse, plus ou moins d’impartialité, privilégiant son intérêt personnel ou bien l’intérêt général suivant le profit qu’il peut en tirer. La décision prise ne sera donc pas le fruit d’une concertation collective mais d’un abus de pouvoir, l’autorité réelle ne s’incarnant que dans ses excès. Nul besoin de préciser que la sentence sera potentiellement vecteur de frustrations, de rancoeurs ou sinon d’injustices…
 
Dans notre établissement hybride, où tous les enseignants auront bénéficié de la formation complémentaire au rôle de directeur, et où chacun, alternativement, après tirage au sort, exercera ce pouvoir, ce même conflit devrait se régler tout autrement.
 
De nouveau Bernard Manin nous éclaire : « Les gouvernants ont une incitation à tenir compte du point de vue des gouvernés : celui qui commande un jour est dissuadé de tyranniser ses subordonnés, parce qu’il sait qu’il devra, un autre jour, leur obéir. »
 
D’ailleurs, la rotation des charges favorise l’esprit d’équipe. De par une contribution individuelle plus égalitaire, et donc un investissement plus sincère, le dialogue servira une meilleure cohésion du groupe. Autrement dit les délibérations seraient à la mesure de l’intérêt commun et non plus à la solde d’un chef, dont le statut a, jusqu’à présent, été légitimé par nos structures hiérarchiques. En effet celles-ci ont toujours défini et délimité le pouvoir. Elles entravent ainsi toute autorité, pourtant plus légitime, dégagée du consensus majoritaire, voire unanime.
 
Désormais la faculté de cohabiter avec nos pairs reposerait plus sur notre capacité à les convaincre par la discussion du bien-fondé de nos propositions, que sur l’obligation de se soumettre à une directive parce qu’elle proviendrait de l’autorité instituée.
 
Par ce respect des structures hiérarchiques c’est l’essence même de la démocratie qui est abolit. Notre force collective ne devrait plus s’annuler au profit de pouvoirs hiérarchisés, qui jusqu’alors ont justifié toutes nos oligarchies. Le pouvoir d’un seul doit disparaître au profit du pouvoir de tous.
 
Récapitulons : une hiérarchie horizontale, garantie par une rotation des charges tirée au sort, assurerait unerépartition plus égalitaire du pouvoir, en éviterait ses abus et sa monopolisation par une élite.
 
Ainsi une participation paritaire permettrait à chacun de s’exprimer motivé par l’intérêt commun…le seul à même de résoudre équitablement nos conflits.

Source : Diktacratie
Mamoudou Kane


              

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