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Noorinfo

Le mandat


Tribunes
Mercredi 25 Novembre 2015 - 08:26

Il ne s'agit pas du roman oh combien instructif du célèbre et populaire écrivain sénégalaisSembène Ousmane dont le titre est justement..."Le mandat"!!!. Notre mandat à nous c'est celui qui préoccupe tous les mauritaniens du matin au soir alors même que le"mandataire" politique ne s'est jamais exprimé sur ce sujet.


Ely Ould Krombele, Paris
Ely Ould Krombele, Paris
Tous les mauritaniens, qu'ils soient de la majorité présidentielle, de l'opposition ou d'autres sensibilités politiques sont suspendus à la décision que pourrait prendre le président Mohamed Ould Abdel Aziz, au cours de son actuelle charge publique élective de cinq ans(2014-2019). D'ici là les palabres vont bon train. 

Les interventions prolixes des uns, les commentaires oiseux des autres me rappellent une anecdote beaucoup plus drôle cette fois du temps de l'ancien président Maawiya et qui a trait au projet de construction de la route colonialeTiguint-Mederdra. 

Les travaux étaient confiés à l'ingénieur des Ponts et Chaussées Cheikh Ould Sid'Ahmed qui devait constamment contrôler l'état de leur avancement. Aussi à chacune de ses visites à Tiguint,le directeur des Travaux Publics était abordé par d'irréductibles habitants de la ville, le plus souvent désoeuvrés. 

L'ingénieur devrait répondre rituellement à une batterie de questions du genre: "de quoi sera faite la route Tiguint-Mederdra, elle dont le mauvais état n'a jamais attiré l'attention des pouvoirs publics depuis 1960; sera-t-elle faite en banco ou d'asphalte"? Un jour , Cheikh, à peine arrivé chez le chef d'arrondissement deTiguint que les inévitables vieux ressortissants de la ville l'apostèrent de nouveau en reprenant en cœur:

- après le terrassement, vous comptez recouvrir la route de goudron ou de bitume?Le directeur des travaux publics toujours jovial, de répondre avec humour....

-mes chers compatriotes,qu'est-ce qui ne vous dit pas qu'on recouvrira votre fameuse route avec du "aîche" (entendez des galettes à base de mil,très appréciées des populations du Trarza). Rires...de toute l'assistance, agréablement surprise par la réponse d'un "chreîgman" surfant sur un "idiomatisme" déroutant aux confins de l'Iguidi pourtant réputé pour ses célèbres prétéritions. 

En sera-t-il de même pour Aziz, tacitement sollicité,constamment sondé, pressé de répondre si un jour il voudra assouvir l'impatience de ses concitoyens quant à son éventue l"troisième mandat" politique?Quand va-t-il crever l'abcès?

Mais auparavant tout le monde voudrait savoir de quelle malléabilité le matériau du général Aziz serait-il encore confectionné. Le général qui,depuis 2008, avec une dextérité dont il a seul le secret, roule dans la farine tout le microcosme politique mauritanien. 

Pour l'opposition échaudée, il y aurait un piège derrière toute prise de décision du président Aziz. L'opposition s'abstiendrait même s'il l'invitait à faire avec lui le pèlerinage de la Mecque craignant en amont ou en aval un"coup fourré" !!!. Tenez-vous bien. 

Depuis la journée du 6 Août 2008 qui a mis à nu la candeur du chef de file de l'opposition, Ahmed Ould Daddah ,en passant par les accords de Dakar que certains opposants prenaient pour le "coran",sans oublier l'exil forcé du milliardaireMohamed Ould Bouamatou qui croyait avoir mis le "sneîdri" dans sa poche,à voir l'exaltation du "moi" de l'abolitionniste Biram Ould Abeid subissant d'abord l'appât de la carotte,avant l'effet du bâton,et enfin la marginalisation de l'opposition désormais genoux à terre;le général Ould Abdel Aziz continue ,il me semble,de défier tous les pronostics. 

C'est dire que tous ces stratagèmes dignes du mythologique cadeau empoisonné des Achéens aux Troyens ne peuvent être les faits d'un novice en politique,ou d'un singleton en mal de repères, encore moins d'un hypothétique hasard souriant à l'audacieux. 

Ne faut-il pas plutôt voir en cela la conjugaison d'un impératif sécuritaire d'une part, et d'autre part une tactique martiale qui consiste à maintenir son cap jusqu'à destination, en ignorant les éléments "perturbateurs" de second palier ,quitte à s'en charger ultérieurement?

Qui savait qu'il pouvait tenir la dragée haute à l'animalerie politique que sont les kadihines, les marxisants sans avoir lu le Capital, les lumpen-prolétaires ignorant le matérialisme dialectique et historique,sans oublier tous les nationalistes des extrêmes entrés dans les rangs comme les majorettes du carnaval de Rio. Le général Aziz agit-il seul ou aurait-il un gourou? 

Le premier verrou  

On avait cru que la position de la France sur la chute du président Blaise Compaoré serait intangible,et le courroux de Paris se répercuterait sur tous les autres régimes africains qui tenteraient d'amender leurs constitutions en vue de permettre aux chefs d'états de se représenter comme ils l'auraient souhaité. 

Cependant nous avons feint d'oublier que chaque pays a sa spécificité et les relations internationales ne sont guidées principalement que par des intérêts économiques ou sécuritaires dans une mesure moindre. La France n'avait plus besoin de Blaise Compaoré car la Côte d'Ivoire se mettait debout petit à petit,Laurent Gbagbo est en prison. 

Les investisseurs Vincent Bolloré et Martin Bouygues, magnats de l'économie française et amis personnels du président Sarkozy peuvent désormais se frotter les mains. 

D'autre part le département d'Etat US,après avoir menacé Paul Kagamé de sanctions,s'est enfin ressaisi en laissant finalement le parlement rwandais voter l'amendement qui permet au président Kagamé de briguer autant de mandats. 

Plus près de nous le référendum organisé par Denis Sassou Nguessou ,pourtant en maille avec la justice française pour biens mal acquis,a sonné le glas de l'ingérence de la France dans les palabres africaines. Selon Paris Sassou Nguessou est un gage de stabilité au Congo et les multinationales européennes,surtout l'entreprise TOTAL préfère écouler son pétrole dans une ambiance de bon aloi plutôt que de cautionner un changement aux lendemains incertains. 

A soixante-dix ans ou plus le président congolais a de beaux jours devant lui. D'ailleurs c'est aux africains de régler leurs litiges intérieurs. Si l'opposition congolaise comptait sur l'aide de la France ,cette dernière a choisi ses intérêts, au lieu de vouloir exporter la démocratie libérale occidentale chez des peuples non hellénistiques , ce qui serait d'ailleurs "un luxe" selon l'expression du présidentChirac. 

Le deuxième verrou ou l’état d'urgence 

Les récents carnages du 13 Janvier survenus en plein Paris et qui ont poussé les autorités françaises à décréter l'état d'urgence ont changé toute la donne géo-politique longtemps échafaudée par le berceau des droits de l'homme. 

Adieu le conformisme,le parrainage des droits humains,la surveillance des constitutions africaines etc.. Bienvenue au tout sécuritaire,comme si la prise d'otages de l'hôtel Radisson à Bamako le 20 novembre venait réconforter dans leur décision les autorités françaises à hisser l'impératif sécuritaire et placer au second palier le concept humanitaire. 

On est en droit de se demander comment la 5ème puissance militaire nucléaire du monde,avec des services de renseignement de pointe, puisse subir de telles failles dans sa politique de défense du fait de petits délinquants "islamo-terroristes" de banlieues ? 

Qu'en sera-t-il si un jour Daesh jurait de semer le chaos dans les fragiles pays lointains de la sous-région sahélienne? En Mauritanie où il n'y a pas eu d'attentats depuis longtemps la menace est prise au sérieux à l'approche de la fête de l'indépendance, le 28 novembre et surtout après la prise d'otages perpétrée contre leMali, il y a à peine 72 heures. 

Le mandat  

Tous les verrous psychologiques exogènes qui constituaient des garde-fous à la tentation du "mandat de plus" pour les uns ou du "mandat de trop" pour les autres,sont tombés comme des masques. 

Ceux qui comptaient sur Washington ou Paris pour s'immiscer dans les affaires intérieures de la Mauritanie n'auront probablement pas gain de cause. Reste à convaincre le principal acteur qu'est le peuple souverain s'il est pour ou contre l'éventualité d'un "troisième mandat". Mais ne soyons pas plus royalistes que le roi.Et attendons d'ici 2017 pour qu'enfin les intentions se précisent. 

On peut taxer Aziz de tous les maux,on peut le critiquer de manière acerbe, on peut lui reprocher certaines failles comme tout être humain mais on ne pourra jamais dire qu'il n'a pas apporté la sécurité et la paix sur tout le territoire de la Mauritanie. 

Quand on est l'ennemi du lièvre,on doit lui reconnaitre son point fort, sa rapidité .Or sans la stabilité et la quiétude rien ne peut se construire durablement. Il suffit que l'on ait un président un peu insouciant en matière de sécurité pour que la Mauritanieéclate en morceaux.

Ce que souhaite une pile de personnes mal intentionnées et qui seront les premières à grossir les rangs du HCR à Bamako et Dakar en cas de "somalisation" de laMauritanie.

En attendant le président Aziz joue les prolongations jusqu'en 2017,année où ses réelles intentions se dessineront. Un boulevard lui est ouvert, lui qui détient la majorité dans les deux chambres. Alors va-t-il solliciter l'avis du peuple par voie référendaire comme au Congo ou passera -t-il par le biais du parlement comme auRwanda ? 

L'histoire ne vient que de commencer et le président Aziz comme à son habitude risque de nous surprendre en empruntant un autre défilement pour atteindre sa ligne de crête jusque là ignorée de tous les observateurs de la scène politique mauritanienne. 

Comme me l'a dit récemment un général de l'Armée bien planqué: " nous comptons sur Aziz pour prendre la bonne décision au moment opportun. Jusque là, il n'a pas déçu ses compatriotes quant aux bons choix régaliens. 

La Mauritanie est un pays fragile et il lui faut un homme qui a de la poigne..commeMohamed Ould Abdel Aziz". D'ici là le président doit s'atteler à ménager sa monture car quand on veut plus,on est tenu de faire plus. 

Le 28 novembre 2015, anniversaire de notre indépendance, les abolitionnistes de l'IRA doivent bénéficier d'une grâce présidentielle. Les veuves et ayants-droit victimes des événements de 1989-91, reçus au plus haut niveau de l'état afin de régler définitivement leur calvaire. 

Le chômage, la gabegie,l'éducation et la santé seront les défis du lendemain. A croire que le slogan de campagne de l'ancien président français Nicolas Sarkozy; " Travailler plus pour gagner plus", serait la source d'inspiration pour notre président./.

A suivre inchallah
Ely Ould Krombele, Paris

Cridem   
Noorinfo


              

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