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Le fer africain ne fait plus rêver les géants miniers


Economie
Samedi 18 Juin 2016 - 16:00

Le cours du minerai de fer a légèrement rebondi au-dessus de 50 dollars la tonne en fin de semaine dernière, mais son prix demeure historiquement bas, notamment en raison de la faiblesse de la demande chinoise. En Afrique, la mise en œuvre des nouveaux projets miniers devrait connaître des retards.


Un bruit sourd à l’horizon
Le train minéralier le plus lourd et le plus long du monde s’ébranle sur plus de deux kilomètres à la sortie de Nouadhibou, en Mauritanie. Ce mastodonte est tiré par plusieurs locomotives de 180 tonnes dont les énormes roues agressent les rails. Il lui faudra entre 17 et 18 heures à 60 km/h pour faire le trajet jusqu’aux mines proches de Zouerate à près de 700 km à l’ouest.

Trois liaisons quotidiennes sont réalisées vers cette ville du désert pour ramener le minerai de fer. Au retour, chacun des deux cents wagons de la Société nationale industrielle et minière (SNIM, publique) pourra embarquer 100 tonnes qui seront broyées dans des concasseurs une fois arrivées à Nouadhibou, puis chargées au quai minéralier sur des cargos à destination de l’étranger. « Nous vendions exclusivement notre production à l’Europe dans les années 1960 mais le marché s’est rétréci progressivement. La sidérurgie belge et française est contrôlée par l’indien Arcelor Mittal  qui se fournit directement dans ses propres mines en Europe de l’Est et au Canada », explique Brahim Mohamed El Moctar, président de la SNIM.

Le marché s’est donc aujourd’hui déplacé vers l’Asie qui accueille 73 % des exportations de la société, contre 27 % à l’Europe, particulièrement en Chine, la grande usine du monde. Or, la demande de ses industriels a ralenti. Conséquence : le prix du fer est passé de 130 à 150 dollars la tonne durant la période 2011-2014 à environ 50 dollars actuellement. Le chiffre d’affaires de la SNIM est, quant à lui, passé de 1,47 milliard de dollars en 2011 à 300 millions de dollars en 2015. Et le résultat net est négatif à 180 millions de dollars. « Nous nous adaptons en réduisant actuellement les coûts et en augmentant la productivité, poursuit Brahim Mohamed El Moctar. Nous recherchons aussi des gains sur les achats d’hydrocarbures, un poste important de dépenses car les locomotives marchent au carburant ».

Dragage
Malgré tout, le groupe prévoit de poursuivre ses investissements : dragage du quai minéralier pour accueillir des navires de plus gros tonnage (230 000 tonnes, contre 170 000 tonnes actuellement), construction d’une centrale électrique, montée en puissance des exportations de 12 millions de tonnes par an à 18 millions en 2018… Mais la réalisation de certaines join-ventures, notamment avec Glencore pour la mise en valeur d’une mine souterraine, est repoussée.
 

En Afrique, d’autres projets d’investissements dans les mines de fer devraient être reportés à une conjoncture plus favorable. C’est le cas notamment de l’exploitation des grandes réserves du gisement de la Falémé (environ 750 millions de tonnes) au Sénégal.

Un contrat avait initialement été signé avec Arcelor Mittal prévoyant de mettre en production la mine en 2011. Mais le projet n’a jamais été concrétisé en raison de la baisse des cours mondiaux et de l’importance des investissements estimés à 2,2 milliards de dollars. Ils nécessitaient la construction d’un port minéralier au sud de Dakar, ainsi qu’une voie de chemin de fer d’environ 750 km reliant la capitale au site minier.

Suite à une procédure judiciaire lancée contre Arcelor Mittal, le Sénégal a récupéré le permis et le gouvernement recherche un nouveau partenaire. Les études réalisées sur la mine de Falémé montrent que la capacité d’extraction annuelle est comprise entre 12 et 15 millions de tonnes de minerai.

Bras de fer 
En Guinée voisine, le projet d’exploitation de la mine de Simandou devrait également connaître du retard. C’était pourtant une priorité du président guinéen, Alpha Condé. Après un bras de fer entre le groupe Rio Tinto et l’homme d'affaires israélien Beny Steinmetz  du groupe BSGR associé à Vale, le premier a gagné le droit d’exploiter le gisement.

Ce projet est l’un des plus ambitieux au monde, la production pouvant atteindre 100 millions de tonnes par an sur quatre décennies. Mais Rio Tinto a annoncé le licenciement de 800 salariés en juillet. Faute d’une conjoncture favorable, les investissements devraient être différés. Le coût de ce projet est gigantesque, de l’ordre de 20 milliards de dollars, dont 15 milliards pour financer les infrastructures de transport et de logistique. Il prévoit la construction d’une ligne de chemin de fer de 650 km pour relier la côte atlantique et d’un port en eau profonde.

La date de mise en exploitation devrait être reportée au-delà de 2018. Rio Tinto a même inscrit dans ses comptes une dépréciation de cet actif de 1,12 milliard de dollars. « La baisse des cours associée à celle de la demande des pays émergents remet en cause le modèle économique de ces projets qui nécessitent des investissements très lourds et donc un cours du minerai assez élevé, explique Sidy Diop, vice-président du cabinet de conseil en expertise économique Microeconomix. Les autorités des pays concernés et les campagnes minières réfléchissent à des schémas alternatifs, notamment sous forme de partenariat public-privé pour financer les infrastructures mais ils n’ont pas encore abouti ».

 

Le fer africain ne fait plus rêver les géants miniers
Pas si simple alors que les projections sont sombres : le niveau des stocks de fer dans les ports chinois est à son niveau le plus élevé depuis un an. Les cours pourraient baisser à 30 à 40 dollars d’ici la fin de l’année avant de remonter à moyen terme. Le Brésil et l’Australie ont augmenté considérablement leur capacité de production ces dernières années. Trois grands acteurs, les australiens Rio Tinto, BHP Billiton ainsi que le brésilien Vale, se partagent l’essentiel du marché. Et des acteurs moins ambitieux comme la SNIM misent sur les marchés d’appoint. Il va leur falloir apprendre à faire le dos rond.


Source: L'Opinion.fr

 
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