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Le Sud Libyen, “un Afghanistan de proximité”


Lu sur le web
Mardi 25 Février 2014 - 20:16

C’est à un ancien patron des services extérieurs français - cité par Le Canard enchaîné, bien avant le déclenchement de l’opération Serval -, que l’on doit la formule : « le Sahel en général et le sud-libyen en particulier risquent de devenir notre Afghanistan de proximité ». Notre chroniqueur, Richard Labévière, met l'accent sur le danger sécuritaire qui guette la France au sud de la Libye.


Le Sud Libyen, “un Afghanistan de proximité”
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Cette perception prémonitoire que le danger principal en termes sécuritaires pourrait bien venir du sud de la Libye  vient de faire l’objet de trois piqures de rappel. Le 27 janvier dernier, la veille de son départ à la retraite et comme en guise d’héritage, l’amiral Edouard Guillaud, chef d’état-major des armées françaises déclare devant la presse qu’ « en Libye, l’idéal serait de monter une opération internationale. Le problème du sud de la Libye, c’est qu’il faudrait qu’il y ait un Etat dans le nord… »
 
Menaces sur le Tchad, le Niger et la Mauritanie
 
Deux jours plus tard, c’est le directeur du renseignement américain (DNI) James Clapper qui remet le couvert dans un document remis au sénat. Il décrit le Sahel, et plus particulièrement le sud de la Libye, comme un « incubateur pour les groupes terroristes ». Il met tout spécialement en garde les pays africains qui ont soutenu l’opération Serval. « Les gouvernements de la région du Sahel, particulièrement le Tchad, le Niger, le Mali et la Mauritanie, courent le risque d’attaques terroristes, essentiellement en représailles à leur soutien à l’intervention militaire française au Mali en janvier 2013 ».
 
Simultanément, plusieurs experts du Pentagone braquent l’objectif sur une « vaste zone de non-droit allant de la Guinée-Bissau à la Somalie ». La situation dans l’est et le sud de la Libye est particulièrement inquiétante pour le Pentagone qui déplore « des frontières particulièrement poreuses, avec des quantités massives d’armes en circulation. Ces flux déstabilisent davantage le pays, le Maghreb et l’ensemble de la zone sahélienne ». Enfin, concluait James Clapper, « le sud de la Libye comme la Somalie sont des creusets terroristes où des filières d’Al-Qaïda - dont les capacités ont été réduites -, se sont reconstituées en organisant de vrais sanctuaires ayant valeur de profondeur stratégique à partir de laquelle tous les pays de la zone sont potentiellement menacés ».
 
Prolifération de camps d'entrainement
 
Enfin tout récemment "Le Canard Enchaîné" a révélé que l’armée algérienne effectuait « des opérations spéciales dans le sud de la Libye afin de démanteler des camps d’entraînement jihadistes ». Dans ce contexte, plusieurs sources du renseignement français confirment la dangerosité d’un « segment criminogène », un axe qui coure de la ville frontalière libyenne de Ghât à Sebha. Ghāt est une oasis saharienne située dans le Fezzan, sur les contreforts du mont Koukoumen dans le Tassili n'Ajjer, à proximité de la frontière avec l'Algérie et de l'oasis algérienne voisine de Djanet. Sebha est la capitale du Fezzan et du district de Sebha. Elle est située à 660 km au sud de Tripoli, au milieu du désert Libyque. La population de cette oasis est estimée à quelque  150 000 habitants.
 
Les mêmes sources précisent qu’une dizaine de camps de formation, d’entraînement et de fabrication de véhicules piégés se sont installés le long de ce segment. À partir de ce dispositif opérationnel, une multitude de camps secondaires et de points d’appui ont été déployés dans les différentes zones montagneuses de la région et tout particulièrement dans le massif  de l’Aïr, menaçant principalement le Niger qualifié de « maillon faible » par un colonel du renseignement militaire français. Ces camps du sud libyens accueilleraient plusieurs milliers d’activistes en provenance de Tunisie, du Maroc, de Mauritanie, de Libye, du Soudan et de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest dont le Sénégal, la Gambie et la Guinée Bissau. Hormis les techniques de combat rapproché, trois formations spécialisées y seraient enseignées : le maniement d’explosif et la confection de véhicules piégés, la prise et la gestion d’otages, l’immersion dans les populations locales, les savoir-faire de sabotage et d’embuscade.
 
Parmi les « instructeurs », on dénombre pas mal d’anciens « Afghans » et cadres jihadistes pakistanais, des chefs de katiba du Sinaï égyptien en liaison avec l’appareil clandestin des Frères musulmans et des rescapés des GIA et GSPC algériens recyclés dans la nébuleuse d’AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique). Outre l’appui des populations des oasis locales qui bénéficient de 4X4, de carburant, d’espèces sonnantes et trébuchantes, les deux principaux flux de support logistique proviennent de la région de Benghazi (Cyrénaïque) et de plusieurs filières tunisiennes et marocaines. Cet ensemble entre en convergence d’intérêts, sinon de capacités opérationnelles avec les sous-traitants locaux des cartels latino-américains de la cocaïne. Des deux Guinée à la Mauritanie, ces derniers disposent de têtes de pont aéroportuaires très organisées avec la complicité des élites politiques et militaires de ces mêmes pays.
 
Menaces de "sahélisation" en Afrique de l'Ouest
 
On touche ici au volet maritime du sanctuaire terroriste du sud-libyen. Cette menace polymorphe préoccupe de plus en plus les pays de l’Afrique de l’Ouest en danger de « sahélisation ». En effet, cette maritimisation de la crise empile à son tour plusieurs dynamiques criminogènes mêlant de manière interactive les trafics d’êtres humains, les pêches illégales et la piraterie maritime du Golfe de Guinée. Celle-ci connaît une expansion double : vers le nord, le long des côtes du Bénin, du Ghana et du Togo ; vers le sud en direction de l’Angola où les gangs nigérians et ceux de Luanda ont essaimés nombre de joint-ventures de plus en plus lucratives.
 
Ainsi, les responsables sécuritaires africains, européens et américains se retrouvent face à la même évidence : l’interface de la sanctuarisation terroriste du sud-libyen est désormais maritime et nécessitera des moyens de riposte adaptés comme l’ont été ceux déployés au large des côtes somaliennes. 

Source : Mondafrique
Mamoudou Kane


              

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