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Le « Non » russe, par Graham Usher


Tribunes
Jeudi 16 Février 2012 - 02:49

Depuis New York, Graham Usher s’interroge sur le pourquoi du veto de la Russie et de la Chine au Conseil de sécurité sur la résolution concernant la Syrie, et sur ce qui peut la remplacer.


Le « Non » russe, par Graham Usher

La résolution des Nations Unies de soutenir le plan de paix de la Ligue arabe était l’effort le plus déterminé du Conseil de sécurité pour répondre à la crise en Syrie. Il se trouve aujourd’hui en ruines.

Le 4 février, la Russie et la Chine ont opposé leur veto à la résolution. Ils l’ont fait en dépit du vote favorable des 13 autres membres du conseil avec droit de vote. Cette résolution était parrainée par 10 Etats arabes, alors que les militants de l’opposition [syrienne] parlent d’un assaut des plus meurtriers par le régime contre la ville rebelle de Homs, faisant des dizaines, voire des centaines de morts.

Le double veto équivalait à un « permis de tuer », a déclaré l’opposition du Conseil National Syrien (CNS). Un leader de l’armée rebelle syrienne [ALS] a dit que désormais « seules les options militaires sont sur la table », faisant craindre une guerre civile armée.

Les diplomates aux Nations Unies étaient à peine moins frustrés. L’ambassadrice des Etats-Unis s’est déclarée « dégoûtée » par le veto, les Britanniques «consternés » et les Français ont critiqué les deux Etats qui se seraient rendus eux-mêmes « complices de la politique de répression » menée par le régime de Bachar Al-Assad.

La colère arabe et occidentale était compréhensible. Non seulement le Maroc et les Etats occidentaux au sein du Conseil avaient réuni un consensus régional et international en appui à la résolution. Mais ils semblaient avoir aussi intégré des objections venant de la Russie.

Le texte n’appelait ni à des sanctions ni à un embargo sur les armes à destination du gouvernement syrien. Il donnait l’assurance qu’il ne pouvait pas être exploité pour autoriser une intervention extérieure militaire ou imposer un changement de régime. Et tandis que le projet de résolution « soutenait pleinement » le plan de paix de la Ligue arabe, il évitait de faire explicitement référence à son contenu : en particulier un calendrier pour un processus dans lequel Al-Assad « déléguerait » ses pouvoirs à un adjoint pour superviser un gouvernement d’unité nationale et organiser de nouvelles élections.

Alors pourquoi un veto de la Russie, soutenue par la Chine ?

Une des raisons est géostratégique. La Syrie demeure le plus fort allié de la Russie au Moyen-Orient, attachée par de multiples liens diplomatiques, économiques et militaires, y compris l’unique base navale de Moscou en dehors de l’Union soviétique. La Russie a été à peine moins zélée dans sa protection de la Syrie au Conseil de sécurité que les Etats-Unis l’ont été vis-à-vis d’Israël. C’était son second veto en l’espace de quatre mois.

Mais la Russie avait également des problèmes très spécifiques avec la résolution. D’abord, elle n’aimait pas sa provenance ni ses promoteurs.

La Russie avait soutenu la mission d’observateurs de la Ligue arabe envoyée en Syrie en décembre, et fait pression sur Al-Assad pour qu’il l’accepte. Malgré ses défauts, elle a estimé que la mission avait été couronnée de succès dans la réduction de la violence et dans le fait de donner une image plus « objective » du conflit, y compris en apportant la preuve que ce n’était pas seulement le régime, mais aussi l’opposition qui était à l’origine de la violence.

La Russie était donc méfiante quand les États du Golfe – l’Arabie saoudite en tête, mais soutenus par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France – ont retiré leurs observateurs de la mission. Elle est devenue complètement réticente lorsque le Premier ministre qatari, actuel chef de la Ligue arabe, est arrivé avec un nouveau plan de paix dont le noyau était une demande de l’opposition et de l’Occident que Al-Assad s’en aille.

Pour Moscou (et d’autres), le but derrière cette « solution précuite » était d’internationaliser la crise. Le fait que le nouveau plan ait été mis au point par les monarchies du Golfe suggérait qu’il avait peu à voir avec la démocratie, mais tout à voir avec une volonté d’affaiblir l’Iran, le principal bailleur de fonds régional de la Syrie. La Russie a proposé un amendement en vertu duquel le Conseil de sécurité ne ferait que « tenir compte » du plan plutôt que d’agir « en conformité » avec lui. Le Maroc, le Qatar et Al-Arabi ont refusé.

Le second souci de la Russie était le refus de la résolution de porter un blâme significatif pour la violence sur l’opposition armée, en exigeant seulement que l’armée syrienne se retire des villes et villages. Une telle position « déséquilibrée» signifierait que « le Conseil de sécurité prend clairement position pour un côté dans une guerre civile », a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

Il a proposé un amendement dans lequel l’armée se retirerait « en conjonction avec » la fin des attaques par des groupes armés. Avec l’armée syrienne pilonnant Homs, il n’était pas surprenant que cet amendement ait été refusé par à peu près tout le monde.


Le « Non » russe, par Graham Usher

Et maintenant ?

« Avec un Conseil de sécurité castré », a déclaré la secrétaire d’Etat Hillary Clinton le 5 février [il se passe d’étranges choses dans le subconscient de Clinton... NdT], la voie principale sera probablement d’augmenter la pression sur le régime syrien en renforçant les sanctions américaines, européennes et en particulier arabes.

L’espoir n’est sans doute pas que la pression puisse imposer l’application du plan de la Ligue arabe, mais qu’elle favorise plutôt une révolution de palais ou une chute du régime.

Un avant-goût des sanctions arabes a été donné le 4 février. Protestant contre la violence à Homs, le gouvernement tunisien a retiré sa représentation de Damas et a expulsé l’ambassadeur de Syrie. Tunis a également reconnu le CNS. Si la Ligue arabe fait de même, les armes, l’argent et les combattants pourront alors circuler plus ouvertement au profit de l’opposition syrienne.

La Russie persiste à vouloir une solution diplomatique. Le 7 février, Lavrov doit rencontrer le dirigeant syrien à Damas. Justifiant son veto, il a tenu à dire que la Russie « ne protégeait pas Al-Assad, mais le droit international », en particulier en interdisant au Conseil de sécurité de s’ingérer dans les affaires intérieures d’Etats souverains.

Certains observateurs estiment que cela veut dire que Moscou n’était pas opposée au plan arabe en soi, mais seulement à son imposition par le Conseil de sécurité. Alors peut-être Lavrov demandera-t-il à Al-Assad d’accepter une transition politique semblable à celle à laquelle la Russie vient d’opposer son veto ?

Probablement pas. Il est plus probable que la Russie lancera un nouvel appel en faveur d’un dialogue national entre l’opposition et le régime. Mais cela semble sans espoir. Tant le CNS que l’ALS ont dit que le strict minimum pour tout dialogue politique était que le pouvoir d’Al-Assad abdique.

La voie diplomatique, en d’autres termes, est embourbée. Les États occidentaux et la Ligue arabe ne semblent en mesure d’accepter qu’une transition politique sans Al-Assad, tandis que la Russie et la Chine, jusqu’à présent, ne semblent pouvoir accepter qu’une transition avec lui. Le Conseil de sécurité a tenté de combler ce gouffre, mais il a échoué.

En Syrie – en l’absence d’un horizon politique – il y a Homs : une lutte de plus en plus titanesque et brutale entre un régime et une opposition qui ont tous deux un appui suffisant pour survivre, mais dont aucun ne dispose de suffisamment de soutien pour l’emporter.


 

Al Ahram


              

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