Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Le Moneyja ou «tabac maure» : Ces femmes qui vivent du commerce de la «mort»


Société
Mercredi 10 Juillet 2013 - 22:30

Tout autour du marché de la Capitale et dans les allées serrées de la Polyclinique de Nouakchott, s’alignent en sombres processions, tout juste protégés des rayons du soleil par des abris de fortune, des dizaines de vendeuses de « Moneyja », ce « tabac maure » qui compte encore ses accrocs malgré les cris d’alarmes des autorités sanitaires et des ONGs de la santé.


Le Moneyja ou «tabac maure» : Ces femmes qui vivent du commerce de la «mort»
Tout autour du marché de la Capitale et dans les allées serrées de la Polyclinique de Nouakchott, s’alignent en sombres processions, tout juste protégés des rayons du soleil par des abris de fortune, des dizaines de vendeuses de « Moneyja », ce « tabac maure » qui compte encore ses accrocs malgré les cris d’alarmes des autorités sanitaires et des ONGs de la santé.
 
Implanté dans une ruelle juste derrière la Polyclinique de Nouakchott, là où quelques tacots du garage « PK » se rangent dans un désordre indescriptible, au milieu des vendeurs de méchouis, des dentistes traditionnels syriens, des « diseurs de bonnes aventures » et du brouhaha soulevé par des centaines de passants, se tient le petit étal de Vatimetou. Ce petit carré fait de quatre troncs usés surmonté d’un toit en haillons rafistolés qui la protège à peine des rayons ardent du soleil de ce mois de juillet, est son univers, là où elle passe le plus clair de son temps. Depuis, vingt ans, elle exerce le commerce du « Moneyja ». Un combat quotidien, devenu acrobatique ces derniers temps avec la crise du transport pour rallier chaque jour Arafat où elle vit et son petit commerce de la Polyclinique. Pour cela, elle doit se lever tôt le matin et ne retourner chez elle qu’au crépuscule. Tel un oiseau, obligé à de longs allers-retours quotidiens pour nourrir ses petits restés dans le nid, Vatimetou estime que ce commerce lui permet au moins d’assurer la nourriture, les habillements et la scolarité de ses enfants.
 
Drapée dans un voile noire qui a pris une teinte rougie par la poussière du tabac, Vatimetou est entourée de sacs, ainsi que d’une petite table bancale sur laquelle reposent de gros sachets de tabacs finis, prêt pour la vente. A côté d’elle, sous le soleil, de larges feuilles de tabac à l’état brut sont exposées aux rayons incandescents de l’astre du jour. Une fois séchées, les feuilles sont pilées, tamisées deux fois, pour produire des qualités de tabac suivant le goût des consommateurs. Il y en a en effet qui préfèrent un tabac un peu gros et d’autres qui prisent la fine poudre orangée. A chacun ses prix qui varient entre 300 et 500 UM le verre de thé. Vatimetou n’est pas seule. Elle vit en communauté avec cinq ou six autres voisines. Entre elles, ce n’est pas vraiment la concurrence, chacune ayant sa clientèle fidèle.
 

Moneyja étalé au sol du marché de la capitale
Moneyja étalé au sol du marché de la capitale
De temps en temps, un client se pointe, s’accroupit devant sa pourvoyeuse de « Moneyja », sort ses « Chrout », un petit matériel à fumer personnel fait d’un étui en cuir pour conserver le tabac et une pipe nommée « Touba ». Entre deux banalités, souvent noyées de rires sonores, il se sert directement dans le tamis tandis qu’on lui sert son verre de « Moneyja » commandé. Certains font des provisions et achètent d’un coup plusieurs verres pour s’assurer une dose pendant plusieurs semaines. Ce tabac à l’état fini n’est pas cependant la seule source de revenus des vendeuses de « Moneyja ». Celles-ci vendent en effet aussi bien les brindilles dégagées lors du premier tamisage que des résidus de poudre de tabac que des courtiers venus du Sénégal leur achètent 3.000 ou 4.000 UM le sac de 25 kilos. Ces derniers les revendent au pays de la Teranga pour d’autres usagers, notamment ceux qui chicotent et ceux qui reniflent. Sur les méfaits du tabac sur la santé, Vatimetou avoue en avoir eu l’écho.
 
« Sans doute que le Moneyja peut être nuisible pour la santé, comme tout autre produit, mais moi je suis vendeuse et je vis de ça ; ses aspects, je ne les ai jamais pris en compte, mes clients aussi » précisera-t-elle, ajoutant qu’elle compte des fidèles qu’elle pourvoie depuis vingt ans. Ainsi, Vatimetou nie s’adonner à un commerce de la mort comme le soutiennent les autorités sanitaires et les ONGs versées dans le domaine de la santé. « Le tabac n’est pas plus dangereux que les faux médicaments et les aliments de conserve avariés qui inondent le marché » se défend-elle. Tant qu’il y a des hommes et des femmes qui continuent à réclamer le produit et qu’elle y gagne sa vie pour faire nourrir sa famille, elle dit ne pas trouver de raison pour cesser ses activités. « L’état n’a qu’à nous trouver d’autres moyens de subsistance, sinon qu’il nous laisse nous débrouiller toutes seules » conclura-t-elle.
 
JOB
Pour lauthentic.info
 
Des effets nuisibles de la « Moneyja »
 
Ces femmes, assises en plein soleil, ont pour seule ombre de légers voiles au dessus de leur tête. Elles vivent de ce commerce. Nul ne peut dire qu’elles sont aisées, mais elles parviennent à subvenir à leurs besoins. Elles achètent le tabac en feuilles par kilos à 4000 UM. Elles sont séchées, pilées, puis doublement filtrées. La poudre restante est vendue, les brindilles aussi, à des détaillants sénégalais. Le tabac est acheté auprès de commerçants qui ont pignon sur rue près de la Polyclinique de Nouakchott. Elles savent peu être que le tabac n’est pas bon pour la santé, mais ne se sentent pas concernées par son caractère nuisible ! Et beaucoup de Mauritaniens aussi. Dans le tabac il y a de la nicotine, une substance chimique qui entraîne une dépendance.
 
Elle procure un court instant de plaisir et de détente. Au bout d’un moment le cerveau s’y habitue et lorsque l’on cesse de fumer, les récepteurs réclament de la nicotine. C’est le phénomène de la manque qui encourage la reprise du tabac. Progressivement, la Mauritanie a cependant établi des lois antitabac, en adoptant en novembre 2005 une législation forte conforme aux dispositions de la Convention-cadre pour la lutte anti-tabac (CCLAT) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Selon l’ancien ministre de la santé, Bâ Housseinou Hamady qui s’exprimait à ce propos, « il est interdit de fumer dans les moyens du transport public dans le pays » Il faut dire que 18% de la population mauritanienne fument régulièrement l’une des composantes du tabac, soit 32% des hommes et 5% des femmes, selon les chiffres de l’OMS.
 
Séhya DITE : INES
Stagiaire
Mamoudou Kane


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
En clair
Inscription à la newsletter