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Le Mali dépossédé : depuis quand Abderrahmane Sissako est devenu un cinéaste mauritanien ?


A.O.S.A
Lundi 26 Mai 2014 - 18:28


Le Mali dépossédé : depuis quand Abderrahmane Sissako est devenu un cinéaste mauritanien ?
Il n’y a rien de plus terrible quand on est un métis que de donner l’air de renier une partie essentielle de sa culture pour des raisons de confort diplomatique acquis au nom des intérêts d’un régime militaire civilisé qui sait comment museler les ambitieux. Pourquoi dit-on toujours le cinéaste mauritanien et non le cinéaste mauritano-malien alors qu’il est de père malien, a grandi au Mali, a fui le Mali après la répression contre un mouvement d’étudiants maliens où il était actif, puis connu surtout pour des œuvres à propos du Mali, s’invertit d’abord pour restaurer un cinéma au Mali et à la minute 5 et 9 secondes dans cette interview, en mai 2008, de Peter Scarlet à propos du titre en bambara du film, Abderrahmane qui ne parle aucune langue nationale de Mauritanie déclare :

« d’abord dans la langue, qui est ma langue c’est Heremakono... »
 
 
Au nom de quoi devrait-on gazrer aux maliens un fils du pays maintenant qu’il est connu alors que le Mali lui a tout donné et qu’Abderrahmane le lui a jadis bien rendu ?
 
L’autre jour dans un salon mauritanien fréquenté par des personnages on ne peut plus honnêtes, il fut question de la nationalité de Sissako car j’ai le plaisir d’employer le mot métis quand c’est le cas car je trouve que rien n’est plus beau que le métissage. Hélas dans notre pays bien que très à chameau sur les racines, le mot est péjoratif car il signifie un être hybride ni tout à fait ceci ni entièrement cela surtout quand le métissage donne lieu à un litige, ne serait-ce que pour s’approprier quelque chose ou quelqu’un. 
 
Aussi lit-on partout dans la presse étrangère à ces archaïsmes jusqu’à Paris Première, qu’Abderrahmane Sissako est né d’un père malien et d’une mère mauritanienne. C’est écrit partout sauf en Mauritanie où pour mettre du zrig du côté malien, on ne parle plus d’un père malien mais d’une lignée paternelle issue de Oualata car bien entendu quand le père est né, on peut se demander où s’arrêtait la Mauritanie et où commençait le Mali. Cela ne change rien à l’histoire.
 
Voilà ce qu’en dit son ami Beyrouk, l’écrivain auteur entre autre de « le griot de l’émir » :
« C’est qu’Abderrahmane est d’abord fils de la différence. Une famille paternelle issue des Mhajib de Oualata, lignée d’ulémas bien-pensants, une famille maternelle des Oueissatt de l’Adrar, guerriers fougueux prompts à toutes les colères et à toutes les batailles, une enfance partagée entre un Bamako qui ne l’accepte pas vraiment (« le maure ») et un Nouakchott que lui ne comprend pas très fort (il a un hassanya exécrable) . » 
 
http://fr.saharamedias.net/Abderrahmane-Sissako-nous-a-tout-donne_a4627.html
 
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Notez la mention qui annonce qu’Abderrahmane était mal accepté à Bamako car « le maure », tout ça pour encore toucher les mauritaniens en pleine opération de gazrage.
 
Le mieux peut-être est de poser la question directement au réalisateur métis. Et là, on a des surprises car avant d’être conseiller du général civilisé Mohamed Ould Abdel Aziz, monsieur Sissako ne parlait pas de son pays la mauritanie mais il en parlait comme de son pays « d’origine ».  Quel est alors le pays actuel ?
 
Mai 2009 : « Quand je fais un film, c’est pour qu’il soit projeté dans une salle. Or, c’est paradoxal de se dire que mes films sont vus ailleurs que dans mon pays d’origine, la Mauritanie. »
 
http://www.20minutes.fr/cannes/326637-il-faut-etonner-absence-films-africains-a-cannes
 
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Et quand en 2014, Jeune Afrique lui tend la perche à propos du côté paternel, Sissako esquive à la première phrase et termine en parlant du grand-père ! Pourquoi pas un mot à propos du père malien qui a pourtant bien compté dans son univers si on en croit un article du Monde qui date d’octobre 2006 qui le cite ! Il faut dire qu’il n’était pas encore le cinéaste conseiller du président mauritanien…
 
Jeune Afrique 2014 : « « Tourner finalement à Oualata, ville de vos ancêtres du côté paternel, c'était important ?
 
- Oualata, en dehors de ce côté familial, c'est surtout une ville sainte qui est une jumelle de Tombouctou. Même université, même principe d'architecture, beaucoup d'échanges. Ce que je recherchais donc. J'ai pourtant pensé partir ailleurs pour trouver des dunes. J'en ai parlé à un adjoint du maire, qui m'a amené dans les environs où il m'a fait découvrir des dunes, en particulier une qui me convenait tout à fait. Je le lui ai dit et il m'a alors appris quel nom portait cette dune : c'était celui de mon grand-père ! J'étais vraiment chez moi pour tourner.
 
http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2784p120.xml0/
 
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Pourtant, LE MONDE 2006 : « Quand il vivait à Bamako, il a beaucoup discuté, avec ses frères, cousins et oncles, mais surtout avec son père, fin connaisseur de la vie publique, "mais qui avait fait le choix très fort de ne jamais faire de politique".
Au Mali, Abderrahmane Sissako milite dans une organisation étudiante dont l'activité inquiète assez le régime de Traoré pour que celui-ci ferme les écoles. L'adolescent part alors rejoindre sa mère en Mauritanie, où il pallie son désœuvrement par de fréquentes visites au Centre culturel soviétique. »
 
http://www.lemonde.fr/cinema/article/2006/10/20/abderrahmane-sissako-pour-en-finir-avec-le-cinema-du-nord_825800_3476.html
 
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Libération janvier 2003 : « 1980. Mort de «Cabral», Abdoul Karim Camara, le leader des étudiants maliens, dont je faisais partie. La répression des émeutes étudiantes à Bamako, qui brise le mouvement, est le prétexte de mon départ pour la Mauritanie, où je vis durant un an avec ma mère, comme Abdallah dans le film. J'arrive dans une ville que je connais mal, loin de l'agitation politique, sans mes amis. Je suis seul, déconnecté de tout, et miné par le sentiment d'avoir trahi une cause. »
 
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« 1982. Concours d'entrée au VGIK, l'école de cinéma soviétique. Mon audition est une série d'échecs, car je n'avais pas de culture générale adéquate en musique, littérature, peinture. Je me retrouvais démuni face aux questions les plus simples des examinateurs. Malgré cela, j'ai été retenu, à mon grand étonnement. Je suis toujours reconnaissant à ces gens qui ont été attentifs à mon désir de faire du cinéma, à l'écoute de quelqu'un qui ne savait pas. J'ai au moins appris quelque chose : on peut ne pas savoir, et convaincre. »

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