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Le Colonel et l’avocat : Attention à l’unité nationale


Tribunes
Samedi 29 Août 2015 - 09:43

Des actes et des paroles regrettables ont marqué l’actualité des dernières semaines. J’ai essayé, en vain, de rentrer ma colère. Alors j’ai pris ma plume pour la tremper dans un fiel édulcoré. En tout cas, mon but ne sera point de m’ériger en justicier privé, ni en objecteur de conscience. Tant il est vrai que le journaliste que je suis, débatteur donquichottesque, prête, à merveille, le flanc à la critique.


Le Colonel et l’avocat : Attention à l’unité nationale
Deux hommes : un colonel (généralisable) et un avocat de renommée internationale ont défrayé la chronique, à deux doigts de ravir la palme du bellicisme à Ould Jerib, le lucky Luke qui tire « plus vite que son ombre », dans une supérette paisible du Ksar.

 Ces comportements d’autant plus qu’ils sont répréhensibles au vu du droit et de la morale, sont douloureusement inopportuns, dans un contexte marqué par les revendications sociales et identitaires, portées aux nues, à chaque occasion, par les pyromanes de tous bords.
 
Je concéderais, volontiers, à Maître Taghioullah de défendre une cause perdue, même si elle était comme celle de Klaus Barbie ou de Papon, convaincu soit-il de sa validité, ou courant tout simplement derrière des honoraires. C’est, disons, de bonne guerre. Peu oisif, il aurait grain à moudre dans son exil doré du Canada. Son confrère, Sidi Mohamed Ould Sidi, lui a d’ailleurs bien répondu par un pavé, contrairement à l’habitude taiseuse de sa famille émirale.
 
Tribune inopportune

 
Mon désarroi et ma réprobation sont plus grandes, lorsque je lis, hébété, la tribune du Colonel Omar, que j’attendais plutôt, sur un autre terrain : celui de la guerre vraie. Lorsque j’entends son nom, je pense au Général O’mar Nelson Bradley , un héros de la deuxième mondiale. Sa première sortie, après sa retraite, aurait pu être une contribution sur l’art de la guerre. Par exemple : « l’emploi des unités méharistes devant les terroristes.» Déjà, il y a dix ans, il voulait révolutionner ces fameuses unités, en concoctant une image quelque peu insolite : un ordinateur de dernière génération "juché" sur la selle d’un dromadaire qui blatérait à faire sauter sa bride.
 
Même si le guerrier courroucé avait quelque part raison sur le fond, il a malheureusement perdu sur la forme.
 
Sur le fond, le premier aéroport international hypermoderne de Nouakchott, aurait pu être baptisé Aéroport Moktar Ould Daddah, et aucun malhonnête ne pourra rouspéter. Il est vrai que presque tous les aéroports internationaux portent le nom de grands hommes (L. S. Senghor, Kennedy, Dulles, etc) et Moktar en est bien un. Et pas le moindre. Cependant bien des contre-exemples existent. Citons un : l’aéroport de Tunis s’appelle Carthage, tandis que Bourguiba est bien, à l’instar de Mokhar, un père- fondateur. En revanche, les Boulevards Bourguiba et Moktar sont les plus larges à Tunis et à Nouakchott. C’est peut être trop court, mais une consolation, tout de même.
 
Sur la forme, je pense/ j’espère qu’il savait bien ce qu’il devait dire, mais sa langue a simplement fourché. Un peu comme Samba Diallo dans L’aventure ambigüe. Je lui donne le temps d’avoir le temps, et il me dira qu’il a du remord par rapport à des propos inopportuns et qu’il aurait pu faire l’économie d’une diatribe qui ne sied pas à la bouche d’un guerrier preux, officier supérieur de surcroit.
 
Lorsque quelqu’un de très proche, vous fait malencontreusement mal, les Beni Hassanes disent : « Mon doigt m’a enlevé l’œil, Soub’i Nkit Ayni.» C’est peut être partant de cet adage que les gens du Sahîl, voire toute la Mauritanie, ont accueilli avec philosophie les propos du colonel indigné. Sauf son respect, Omar aurait péché par omission : il oublie qu’il s’est auto-flagellé.
 
Il oublie – et ce n’est pas là un hymne à l’Assabiya – qu’il remue le couteau dans sa propre famille. A s’en tenir à la Généalogie des Beni Hassane, à travers le document incontournable de Saleh OuldAbdel Wahab N’assir, AL hassoua AL Beyssaniya fi Ilmi Al Ansâb Al Hassaniya, Jâafar Min Daouad , l’ ancêtre éponyme des Jâafra, est le fils de Daoud A’rug, fils de Oudeye Ibn Hassane (dit Ahmed ) et Dleim, le père des Oulad Lâb est l’enfant direct de Hassane Ibn Mûkhtar Ibn Mohamed, descendant en lignée directe de Jâavar Attayâr, le héros de la bataille de Mu’eta, mort aux côtés du Prophète Mohamed ( PSSL ) tandis que Bou’elba, l’ancêtre éponyme des L’Eulb, est le fils de Mûsa Ould Terrouz Ould Haddaj, Ould Oumrâne, Ould Ethmame, le frère de Nasser Ould Maghfâr Ould Oudey Ould Hassane. Tout ceci est incontestable, ne serait-ce qu’en respectant les paroles du Prophète, « Il faut croire les gens en ce qui concerne leurs origines », N’assu Mussadhagûn fi Ansabibim.
 
La tribune du Colonel est d’autant plus inopportune qu’elle traite d’un débat dépassé : les Beni Hassane ont depuis longtemps fumé le calumet de la paix et ils parlent aujourd'hui de leurs escarmouches sanglantes , comme s’ils relataient incidemment les batailles du Far West américain.
 
Atavisme ringard
 
Pas moins, le débat sur la résistance et de la «collaboration» est lui aussi bien remis à la corbeille de l’histoire. Chacun a justifié, à sa façon, son choix délibéré pour le camp ou l’autre. Dans la même famille, vous trouvez un ancien goumier zélé, et un résistant implacable : l’un fier d’être descendant de Barbe-bleue ou de Beau blair et l’autre se gargarisant, ostensiblement, d’avoir été dans les rangs de Sidi Ould Moulaye Zein ou de Cheikh Melainine.
 
Aussi, au plan de la doctrine, les ulémas qui ont toléré, voire justifié la pacification importée, et ceux qui l’ont combattue, font aujourd’hui bon ménage. Comme par un instinct grégaire, les Mauritaniens ont décidé que le passé ne piège pas et ne catalyse point leur présent. Or les Algériens, par exemple, ont banni les Harki, que rejettent traitreusement les gouvernements français, leur réservant le sort du paria. Pour assumer et réconcilier notre passé et notre présent, une autre stèle devrait être érigée à l’honneur des Mauritaniens tombés sous les balles de l’autre camp.
 
Aussi bien qu’il n’aurait pas dû offenser ses cousins, le colonel Omar aurait pu éviter de le faire à une tribu chérifienne, bien ancrée en Mauritanie, même si elle est la dernière vague d’immigrés arabes, venant du Yemen, de l’Egypte et du Maroc. Tout le monde n’était pas là ; tout le monde est venu d’ailleurs. Fatalement. Les pionniers de ce pays seraient une population noire, de confession juive, et les Sanhaja battant en retraite, chassés de leur empire andalou.
 
Toutes les trois entités tribales n’ont, comme tous les Mauritaniens, rien à se reprocher. Leur Maurianité et leur patriotisme n’ont jamais fait défaut. A aucun moment de notre histoire, autant que je sache. Leur proximité du Maroc et son développement ne les ont jamais amenés à tourner le dos à leur patrie. Aussi bien que les Mauritaniens du Trarza, du Gorgol, du Guidimakha et du Hodh n’ont pas été attirés outre mesure par le Sénégal ou le Mali.
 
Le fait qu’ils aient « dépassé des territoires non libérés pour attaquer le poste d’Oum Tounsi », est peut-être motivé par la symbolique de cette unité commandée par le petit- fils du Président du Conseil de la République française, le Maréchal Patrice de Mac Mahon. Bref, les concernés sont là pour se défendre, s’il y a lieu. Quant à moi pris, peut-être, par un élan d’atavisme ringard, je défends plutôt un cousin très proche, un officier de grande valeur, contre une prolixité tardive, symptomatique d’une logorrhée contre-productive.
 
En ce qui concerne Maître Taghyoullah, avec lequel je crois avoir partagé une classe au lycée national – vague souvenance, probablement illusoire –je lui conseille de ne pas se focaliser sur les causes perdues ; d’éviter les causes inutiles, sachant qu’il ne sera pas, je l’espère, l’avocat du diable perdu.
 
Notre nation est confrontée à une conflictualité mettant à rude épreuve l’unité nationale et la cohésion sociale, le rôle de tout le monde est de contribuer, peu ou prou à éloigner les démons de la haine et de la vindicte. Au moment où nous œuvrons, gouvernement et peuple, à l’unité intercommunautaire, il faudrait, éviter les conflits intracommunautaires.
 
Un jour de 1965, De Gaulle, fidèle toujours fulgurant, répliquait à Alain Peyrefitte : « On ne gagne pas une élection en remuant la merde de l’Histoire. » De même, on ne peut pas unir un peuple, en déterrant ab irato, la petite et nauséabonde hache de guerre. Le colonel Omar l’a d’ailleurs, si bien dit, en d’autres termes, à un moment où sa colère a baissé : D’ailleurs il serait plus judicieux de dissimuler autant que faire se peut ces batailles inutiles pour ne pas éveiller les démons de vendetta (...) Alors…
 
Salutations et respect à Omar et Taghyoullah
 
Hommage, aux soldats "inconnus" ou "méconnus" d’Oum Tounsi. Et à ceux qui ont cru, à tort ou à raison, que la pacification passe par la colonisation.
 
Abu Nasser, auteur et journaliste

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