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La vie abracadabrante d'un pilote d'avion trafiquant de drogue


Lu sur le web
Lundi 11 Mars 2013 - 14:10

À 65 ans, Raymond Boulanger est sorti de prison. Ses périples entre la Colombie et le Canada pour transporter de la cocaïne sont connus dans le monde entier.


Pilote d'avion. (photo d'illustration) | MAXPPP
Pilote d'avion. (photo d'illustration) | MAXPPP
Son histoire alimente les plus grands fantasmes et une part d'ombre entoure ses activités. Raymond Boulanger s'est forgé un nom dans l'histoire des cartels. Il se fait arrêter en 1992 avec la plus grande quantité de drogue jamais saisie : 4 323 kilogrammes de cocaïne. Le tout transporté dans son bimoteur de Colombie jusqu'au Québec. Condamné à 23 ans de prison, Boulanger se fait la malle à deux reprises, en 1998 et 2001. À chaque fois, la police ne réussit à mettre la main sur lui que quelques mois après le début de sa cavale. Le temps pour lui de filer en Colombie puis au Mexique se refaire une santé.

Libéré la semaine dernière, l'homme désire désormais couler des jours tranquilles. De son propre aveu, quelques millions de dollars lui appartenant seraient bien au chaud dans des paradis fiscaux. De quoi s'assurer une retraite dorée. En 2006, lors d'une demande de libération conditionnelle, Boulanger affirmera "avoir accès à cet argent n'importe où" et n'avoir donc aucun "stress financier" pour l'avenir, rapporte Le Journal de Montréal.

Un cow-boy

Né en 1948, Raymond Boulanger apprend à piloter sur les genoux de son père. "J'ai grandi sur l'aéroport (de Mont-Joli, dans l'est du Québec), avec des avions partout. J'ai toujours été fasciné. (...) On était capable d'identifier un avion juste par le son du moteur", raconte-t-il au Journal de Québec. Comme souvent dans ce milieu, Boulanger est un touche-à-tout. Il est embauché en 1971 en tant que pilote professionnel pour une compagnie de transport aérien aujourd'hui disparue. Lorsque son entreprise cesse ses activités en 1974, Boulanger s'installe en Gaspésie avec sa femme et enchaîne les petits boulots : photographe, hôtelier et divers jobs de pilote (transport de touristes, technicien, épandage aérien...). En 1992, peu après son arrestation, un ancien collègue se confie à La Presse, un quotidien canadien : "C'est un cow-boy, ça, c'est sûr ! (...) C'est pas tous les pilotes qui peuvent atterrir dans un petit champ. Pour lui, c'était pas un problème. S'il décidait qu'il arrêtait là, il arrêtait."

Ses premières livraisons de drogue remontent à 1973 alors qu'il était pilote à temps partiel. Boulanger partait en avion de Floride, d'où il rejoignait la Colombie et revenait quelques heures plus tard. Les trafiquants ? Des vétérans de la guerre du Vietnam, raconte-t-il au Journal de Québec. Raymond Boulanger affirme même avoir travaillé pour la CIA au milieu des années 80. L'agence américaine avait créé des compagnies aériennes fictives "pour aider les Contras qui tentaient de renverser le gouvernement de Daniel Ortega au Salvador", explique le journaliste Daniel Renaud. Son rôle était alors de "larguer des marchandises" dans les bois et de faire des "vols de reconnaissance" pour repérer les camps. Des faits qui n'ont évidemment jamais été confirmés par voie officielle.

Des sacs de cocaïne sont saisis en 2010 dans un avion par des policiers honduriens. © Policia National / AFP
Des sacs de cocaïne sont saisis en 2010 dans un avion par des policiers honduriens. © Policia National / AFP
Pour la décriminalisation des drogues

Ces activités lui auraient permis d'entrer en contact avec les cartels colombiens. Il aurait même côtoyé Pablo Escobar. Raymond Boulanger forme des pilotes, leur apprend à atterrir dans le noir sur des pistes improvisées. "On faisait des "drops" sur les îles des Caraïbes ou en mer. (...) À cette époque, il y avait entre 40 et 50 vols qui sortaient tous les soirs", raconte-t-il, toujours au Journal de Québec. L'homme se fait finalement arrêter à Casey au Québec avec plus de 4 tonnes de cocaïne dans l'avion. Il est condamné à 23 ans de prison. Lors de sa première escapade, en 1998 (il profite d'une libération conditionnelle), il file droit vers la Colombie, où il connaît de nouvelles aventures. Il est pris en otage par un groupe marxiste et sera finalement relâché au bout de deux mois grâce à l'intervention des Farc avec lesquelles il est en contact depuis de nombreuses années. Les termes exacts de sa libération (qui a payé la caution ?) restent troubles. Ce qui alimente encore davantage sa légende.

Début mars, le narco-pilote de 65 ans est sorti de prison, avec l'obligation de faire état de ses revenus financiers. S'il se pose aujourd'hui, c'est probablement en raison de son âge, non des remords : il milite pour la décriminalisation des drogues. Interrogé par des journalistes sur le vol qui lui a coûté 20 ans de sa vie, Raymond Boulanger affirme n'avoir aucun regret et utilise le "nous" en parlant des cartels. Au Journal de Québec, il répond : "Si j'avais 45 ans aujourd'hui, je le referais, mais pas de la même manière. Je me suis fait prendre parce que je n'ai pas contrôlé ce qui se passait ici. J'ai laissé ça entre les mains d'imbéciles."

Olivier Ubertalli
Pour lepoint.fr
Mamoudou Kane


              

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