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La solution à la crise syrienne naîtra-t-elle à Beyrouth?


International
Dimanche 9 Mars 2014 - 16:10

Alors que le négociateur de l'ONU Lakhdar Brahimi annonçait la fin des négociations sur la Syrie à Genève, un nouveau gouvernement, regroupant le Hezbollah et la coalition anti-Assad, était formé au Liban. Celui-ci servira-t-il de modèle pour une solution en Syrie ou succombera-t-il, comme ses prédécesseurs, à la crise voisine?


- Beyrouth, février 2014, un portrait de Hassan Nasrallah. REUTERS/Mohamed Azakir -
- Beyrouth, février 2014, un portrait de Hassan Nasrallah. REUTERS/Mohamed Azakir -
Après dix mois passés sans gouvernement, en raison d’un conflit voisin contagieux, le 15 février, le Liban se dotait enfin d’un cabinet consensuel, après de longues tergiversations et une nette détérioration de la situation sécuritaire dans le pays.
 

Celui-ci réunit en son sein les ennemis de la scène locale comme de l’échiquier syrien: le Hezbollah chiite, dont la branche armée s’est engagée en mai 2013 dans les combats en Syrie auprès des troupes régulières, et le Courant du Futur (sunnite) qui soutient la Révolution syrienne et dont le fondateur, Rafic Hariri, aurait été assassiné en 2005 par le régime syrien et des membres du parti de Dieu.
 

La formation de ce nouveau gouvernement, atypique dans le contexte actuel, a été accélérée par une vague d’attentats sans précédent qui secoue le pays du Cèdre depuis le début de l’année.
 

Six explosions ont eu lieu en six semaines, depuis le 2 janvier, contre cinq attentats entre le 9 juillet et le 27 décembre 2013. Sur ces onze attaques, neuf ont été perpétrées dans des bastions chiites du Hezbollah et revendiquées par des groupes islamistes qui combattent en Syrie, dont les Brigades Abdallah Azzam et le Front al-Nosra, affiliés à al-Qaida.
 

Cette recrudescence à l’irakienne d’actes terroristes et la peur d’une expansion de la nébuleuse islamiste a poussé les partis libanais à s’unir, du moins dans la forme et malgré leurs profondes divisions sur la question syrienne, pour assurer un minimum de cohésion nationale et empêcher un enlisement plus dangereux du Liban dans la spirale terroriste.
 

Mais la formation de ce cabinet ne garantit pas une amélioration de la situation. Le 19 février, un double-attentat  retentissait dans un quartier de la banlieue-sud de Beyrouth, quelques jours après l’annonce du nouveau cabinet, chapoté par Tamam Salam.
 

L’existence d’une structure gouvernante et le renforcement des mesures sécuritaires ne suffisent pas, estiment certains. Le 12 février, l’armée libanaise avait intercepté et neutralisé deux voitures piégées, contenant des dizaines de kilogrammes d’explosifs, aprèsl’arrestation de Naïm Abbas, un haut responsable des Brigades Abdallah Azzam, soupçonnées d’être derrière la série d’attentats. Pour autant, cela n’a pas empêché l’explosion, une semaine plus tard, d’une nouvelle voiture piégée.
 

Pour la coalition anti-syrienne du 14-Mars, seul un retrait du Hezbollah des combats en Syrie peut garantir une meilleure sécurité.

Mais ce dernier écarte toute éventualité à ce niveau. Le 16 février, son secrétaire général, Hassan Nasrallah, a réaffirmé la détermination du parti de «rester en Syrie»  et de combattre aux côtés du gouvernement syrien, soulignant que le terrorisme takfiri (extrémisme sunnite) qui«menace la région entière» allait de toute manière gagner le Liban et que les groupes islamistes se servaient de la présence du Hezbollah en Syrie comme prétexte.

Extrait du discours de Hassan Nasrallah:

«Certains pensent que ces attentats n'auraient pas eu lieu si nous n'étions pas intervenus en Syrie. Nous pensons que cela n'a rien à voir avec notre participation aux combats syriens, et ce n'est pas un secret que le Liban fait partie des objectifs de ces groupuscules depuis longtemps. Et si nous devons croire que notre intervention à Qousseir  est à l’origine de ces attentats perpétrés chez nous, nous pouvons dire que la cause valait la peine. Car si ces forces terroristes avaient pu faire tomber Damas, les conséquences auraient été graves pour tous, et si elles avaient perdu, elles se seraient retirées vers le Liban aussi.»

Deux scénarios: tomber ou inspirer


Le maintien de l’action militaire du parti chiite risque toutefois de fragiliser l’unité, déjà assez précaire, au sein du nouveau gouvernement libanais mais aussi d’être le prétexte ou la cause de nouvelles opérations kamikaze. Le parti de Dieu est désormais confronté à deux choix: celui de continuer de soutenir son allié syrien, dans le cadre d’une guerre aux ramifications régionales et confessionnelles, au risque d’exposer son parti et sa base populaire à de nouvelles attaques terroristes, ou d’œuvrer pour une stabilité locale, qui le protégerait contre un cycle infernal de violences.
 

Mais les dés semblent déjà jetés, tandis que du côté syrien, les combats risquent de durer et de s’intensifier avec la fin sans issue des négociations à Genève, annoncée le 15 février par le négociateur de l'ONU Lakhdar Brahimi, concomitamment avec la formation du nouveau cabinet au Liban.

Deux scénarios sont ainsi à envisager, l’un réaliste, l’autre plutôt optimiste, d’abord pour le Liban, mais aussi, transitivité exige, pour la Syrie.

Dans le premier, un prolongement de l’impasse politique à Damas risque de réduire l’espérance de vie du gouvernement à Beyrouth, voire d’y mettre fin, alors que le pays s’approche d’une échéance cruciale en mai prochain, celle de la présidentielle.
 

Pour le Hezbollah comme pour la coalition anti-Assad, l'élection d'un nouveau président semble être une ligne rouge à ne pas franchir, faute de quoi le Liban se retrouverait sans chef d’Etat ni gouvernement. Sur les trois dernières années, le pays a déjà connu les deux plus longues crises politiques depuis la fin de la guerre civile, le privant au total de 16 mois de pouvoir exécutif, tandis que le mandat des parlementaires, expiré en juin 2013, a été reconduit jusqu’à fin 2014, faute d’organisation de nouvelles élections.
 

Le secrétaire général du Hezbollah s’est d’ailleurs voulu rassurant durant son dernier discours.

«C'est un gouvernement consensuel, ou d'intérêt national, qui servira à diminuer la tension dans la rue et paver la voie au dialogue (...).Cela devrait nous pousser en tout cas à œuvrer pour l'élection d'un nouveau président et la formation d'un nouveau cabinet.»

Selon les observateurs, le gouvernement actuel devrait ainsi durer au moins au-delà de mai prochain, un mois qui coïncide également avec la fin du mandat de Bachar el-Assad, dont la réélection ou la mise à l’écart dépendra dans une certaine mesure de la situation au Liban. 
 

Ces signes de relative détente conduisent ainsi vers le deuxième scénario, aujourd’hui largement hypothétique, d’apaisement progressif à Beyrouth, voire d’un retrait du Hezbollah de Syrie, qui serait contagieux et servirait de modèle aux protagonistes syriens pour le lancement d’une nouvelle phase de négociations dans l’optique d’un compromis à la libanaise. 
 

Aujourd’hui, les combats sur le terrain se poursuivent, tandis que les négociations inter-syriennes sont au point mort. Le médiateur de l'ONU, Lakhdar Brahimi, a mis fin aux discussions, après trois semaines de vaines tentatives d’atteindre une solution, sans fixer aucune date pour une reprise. Le principal point d’achoppement reste la gestion de la transition politique et le sort de Bachar el-Assad.
 

L'exercice des «pleins pouvoirs exécutifs» par un éventuel gouvernement transitoire, tel que stipulé dans le communiqué de Genève, reviendrait à priver ce dernier de ses pouvoirs, d'où le blocage de Damas sur ce point.
 

Signe d’échec total de Genève II (après Genève I) le médiateur de l’ONU s’est dit «tout à fait désolé», s'excusant «auprès du peuple syrien dont les espoirs étaient si grands».
 

La Syrie, dont le conflit s’est progressivement radicalisé et internationalisé, est aujourd’hui dans une impasse totale. D’autant plus que la communauté internationale, l’Europe en tête, a les yeux rivés sur l'Ukraine et la Crimée, l'«autre» bras de fer qui oppose l'Occident à la Russie. La solution semble être pour le moment ni à Genève, ni à Beyrouth, ni dans toute autre capitale. Jamais l’horizon syrien n’aura été aussi sombre.


Bachir El Khoury
Lu sur Slate


Mamoudou Kane


              

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