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La préface de Abdel Wedoud Ould Cheikh : un régal !


Tribunes
Vendredi 7 Décembre 2012 - 22:39


La préface de Abdel Wedoud Ould Cheikh : un régal !
Extrait : « …La  guérilla langagière de cet esprit rebelle, installée dans le délire logique d’une poésie désinvolte et ravageuse, visait avant tout à semer quelques cailloux dans les rangers des despotes au petit pied qui se sont succédé  à la tête de la Mauritanie depuis le coup d’Etat de 1978. C’est d’abord en leur direction que sa sociologie sauvage était orientée. Les armes de sa critique faisaient feu de toutes les ressources d’une culture rhétorique nourrie aussi bien d’Alfred Jarry et de San Antonio que d’Al-Jâhiz et de Saddûm w.Ndiardu. Abécédaire, chroniques dégentées et loufoques, effets d’échelle et exagérations outrancières, lexicographie piratée et étymologies délibérément fantaisistes s’associent ici à tous les tropes (litote et oxymore, métaphore et métonymie, assonance et allusions équivoques…) d’un mode d’expression résolument mobilisé contre le gel sémantique ordinaire et ses somnambules victimes.

Je le disais à l’instant, l’un des intérêts majeurs de Habib, tout au long de ses « Mauritanides », était d’instiller le doute et l’étonnement, d’amener ses lecteurs à interroger leur forme de soumission à l’autorité, à leur ouvrir les yeux sur les sources indignes de la dignité de ceux auxquels ils consentent, parfois avec un enthousiasme délirant, à leur offrir leur allégeance. Il savait que la culture tribale (mal) étatisée, qui informe les valeurs et les conduites de la plupart de ses compatriotes, articule, dans la vision qu’elle charrie du rapport à l’autorité, une postulation double. D’un côté, une démission résignée qui conduit aisément à la servilité, voire à la servitude. De l’autre, des atavismes archaïques, qu’il n’est pas interdit d’associer au mode vie nomade et aux luttes de classement entre « asabiyyât ( nécessairement) rivales qui le parcouraient ; en somme, l’héritage de la vieille  sayba saharienne de sa « terre d’insolence » que l’auteur des « Mauritanides » aimait d’une passion qu’il ne craignait pas de proclamer.

Habib a exprimé avec un talent inégalé l’esprit d’insoumission qu’il me plaît d’associer à l’image de l’authentique guerrier nomade des temps jadis, face aux manœuvres sans gloire de tous les accommodements auxquels invitaient les (sur)vies des temps qu’il a vécus et disséqués. Par les audaces jamais à court d’inspiration de ses irrévérencieuses divagations, il a racheté  de sa bêtise efflanquée ou repue tout un peuple de porte-miroirs. Il a fait tinter aux oreilles des courtisans, des biens pensants et des apôtres, des mots, des calembours et des anecdotes dont les échos ravageurs ne sont pas près de s’estomper. Et si ce fut dans un langue venue d’ailleurs – au demeurant admirablement maîtrisée – l’infusion généralisée  des tournures, des expressions et des références à sa culture native, fait affleurer partout l’insécable entrelacement du dehors et du dedans, du proche et du lointain, du local et du planétaire. Une manière, en somme, de clin d’œil permanent de Nyivrâr à la terre entière que ce français miné de hassanismes devait transmettre au monde.


La préface de Abdel Wedoud Ould Cheikh : un régal !
Car l’homme n’est pas seulement écrivain et essayiste ; il était avant tout un admirable artisan de l’imaginaire, un conspirateur de ces enchaînements improbables qui font tout d’un coup basculer le réel dans le solvant magnifiquement pervers que lui rend le langage… ». Qui n’a pas aimé les visites guidées dans les labyrinthes habibiens peuplés d’étranges personnages mimant pourtant de si près l’univers prosaïque et rude du nouakchottois  de base ? Voyez, par exemple, sa « lettre ouverte à un chameau ». Mais  tous les « Mauritanides » seraient à citer… Par une succession insensibles de légers déplacements, de courts-circuits, d’accumulations productrices, l’imaginaire du rusé chroniqueur  constituait subrepticement un espace non hiérarchique, un univers « retourné » et protestataire, un monde des équivalents où le roi aussi bien que ses sujets sont nus. Ce monde « déréalisé » restait malgré tout le monde, notre monde. Par la vertu de l’étrange procédé qui veut, comme disait Theodor Adorno, que l’art soit « la magie libérée du mensonge d’être vérité  ».

Habib était,  à n’en pas douter, un artiste. »

Extrait de la préface de Abdel Wedoud Ould Cheikh

Vient de paraître : Habib Ould Mahfoud , « Mauritanides » chroniques du temps ne passe pas ; édition IFM –KARTHALA, nov 2012

La préface de Abdel Wedoud Ould Cheikh : un régal !


              


1.Posté par bounene talib bouya le 24/04/2014 09:19
كبير البرفسور العالم عبد الودود ولد الشيخ ورائع ايضا

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