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La liberté d’expression : la Mauritanie marche à reculons


Lu sur le web
Dimanche 12 Avril 2015 - 22:00

L’arrestation d’activistes du mouvement anti-esclavagiste qui s’est accompagnée successivement de la répression de journalistes, de musiciens et de syndicalistes symbolise un recul récent de la liberté d’expression en Mauritanie.



Biram Ould Abeid, le président de l’Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA), et son co-président Brahim Abbeye, ont été arrêtés avec Djiby Sow  le président de l’ONG des droits humains KAWTAL en décembre 2014  et tous trois ont été condamnés à la mi-janvier 2015.

 
Un patron de presse sous contrôle judiciaire, un journaliste agressé, un chanteur emprisonné, trois autres activistes anti esclavagistes condamnés, des syndicalistes du secteur minier interdits de manifester… Leur point commun : la contestation de la politique du pouvoir mauritanien. 
«  La garantie de jouissance des libertés fondamentales … »

Malgré  l’article 10 de la constitution mauritanienne garantissant la liberté d’expression, d’opinion et de pensée, plusieurs ONGS nationales et internationales pensent que la  Mauritanie renoue depuis un certain temps avec ses vieux démons autoritaires : « La garantie de jouissance des libertés fondamentales et l’exercice des droits humains en toute quiétude par les défenseurs de droits de l’Homme sont plus que jamais menacés par les pouvoirs publics et les collectivités locales qui jouissent d’une marge d’abus de pouvoir sans précèdent dans ce pays »  déclare Karim Lahidji, président de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme en Mauritanie.

Plusieurs cas illustrent cette crispation du régime.

Lauréat du prix des Nations Unies pour les Droits de l’Homme en 2013, Biram  Dah  Ould Abeid a terminé deuxième aux élections présidentielles de 2014. Le 15 janvier, le tribunal de Rosso - 200km au sud de Nouakchott - l’a condamné à  deux ans de prison  ferme pour avoir participé à une marche non autorisée et pour son appartenance à une organisation – IRA - non reconnue.

« Poursuivre, condamner quelqu’un pour le fait qu’il s’active contre l’esclavage est aussi un crime. Un recul de la liberté d’expression et d’association est notable à travers la condamnation de Biram et de ses compagnons » déplore  Me Brahim Ould Ebetty, membre du collectif des Avocats de Biram et ses codétenus.

Le 24 décembre 2014, Mohamed Cheikh Ould Mkheitir (29 ans), auteur d’un article  jugé «attentatoire à l'Islam et à la personne du prophète Mohamed » a été condamné à mort pour apostasie par la Cour criminelle de Nouadhibou (capitale économique de la Mauritanie). Moustapha Ould Abeidrrahamane, député à l’Assemblée nationale et président du parti le Renouveau démocratique (RD), a déclaré, le 30 mars récent, que «Si Ould Mkheïtir n’était pas forgeron, il ne se serait pas condamné pour apostasie».

Le crime pour lequel Ould M’kheitir est reconnu coupable, entre dans le champ d’application de l’article 306 code pénal mauritanien. Article, invoqué par M. Ahmed Ould Isselmou procureur de la République au près du tribunal de Nouadhibou qui représentait le parquet dans son réquisitoire dont la demande d’exécution de l’accusé a été suivi par la cour. Cet article stipule « toute personne coupable du crime d'apostasie sera, à moins qu'elle ne se repente au préalable, punie de la peine de mort ».

 « L'appel au meurtre est un crime »…..

Jeudi 5 juin 2014, Yehdhih Ould Dahi, leader du mouvement islamiste radical mauritanien Ahbab Errassoul  (les amis du prophète), a lancé une fatwa condamnant à mort la militante des droits de l’homme Aminetou Mint El Moctar. Dans un texte publié intégralement sur le site mauritanien « 28 novembre », le leader radical lui reproche notamment d’avoir défendu la cause du jeune Cheikh Ould Mkheitir début 2014.  Aminetou Mint El Moctar s'est dite déterminée à « combattre les idées proférées par le chef des Amis du prophète. L'appel au meurtre est un crime », a-t-elle rappelé.

La presse a largement commenté l’affaire, tel le Nouvel Observateur : «Dans cette affaire, la partialité du juge est flagrante. Le repentir de Mkheitir n’a pas eu d’incidence ni sur la qualification juridique de son acte ni sur l’issue du procès. Ainsi, le principe du procès équitable dont doit jouir tout justiciable a été bafoué par la justice mauritanienne. L’instruction, dans cette affaire ne s’est faite qu’à charge et ce à l’encontre du prévenu, sous la pression politico-religieuse. Une violation manifeste des droits de la défense, l’absence de procès équitable, l’instruction à charge et le défaut de qualification légale de l’incrimination, ont été constatés ».

« ….les libertés sont torpillées dans ce pays »

Le 28 janvier 2015, le Hakem de Dar Naïm a empêché la Confédération libre des Travailleurs de Mauritanie d’organiser une activité syndicale en collaboration avec l’Agence espagnole de Coopération internationale pour le Développement. Il s’agissait, selon la CLTM, d’une campagne de sensibilisation sur l’arsenal juridique mauritanien sur l’esclavage. Le Hakem se justifie par l’incompatibilité du travail syndical avec la politique, au moment où cette activité a, selon lui, une vocation politique.
« Il y a une nouvelle vision du gouvernement qui est d’écraser toutes les sensibilités, les opinions des acteurs qui agissent pour dénoncer les pratiques esclavagistes  qui sévissent encore en Mauritanie » estime Samory Ould Bèye, Secrétaire Général de la Confédération Libre des Travailleurs de Mauritanie. « Si on ne permet pas  à la population de s’exprimer, de dire ses idées, ses pensées, ça démontre que les libertés sont torpillées dans ce pays ».

« Les Association des défenseurs des droits de femmes ont été interdites de manifester, les  syndicalistes qui protestent sur les conditions des travailleurs de la SNIM ont eu droit à cette interdiction, ainsi que des défenseurs des droits des harratines (les descendants d’esclaves) » déclare un militant des droits de l’homme sous couvert d’anonymat. « Depuis quelques  semaines, les autorités sécuritaires refusent tout genre de manifestation ou sit-in.»

Depuis peu, Hamada, un membre de Ewlad Lebled, le groupe du rap mauritanien, est emprisonné. Le parquet l’accuse de viol et usage de drogues. Cette accusation vient à la suite de la provocation du groupe au festival des villes anciennes de Chinguitti : invité à chanter l’éloge du président, le groupe a scandé sa dernière chanson  intitulée: «dégage !». Ewlad Lebled avait produit plusieurs chansons contre le président Mohamed Ould Abdelaziz. Le Porte-parole de la Commission des jeunes du parti au pouvoir, l’UPR, accuse le groupe d’être financé par Mohamed Bouamatou, homme d’affaires mauritanien exilé pour ses différends avec son cousin le président de la République.

« L’emprisonnement de mon client est un exemple  frappant du manque du respect de la liberté d’expression en Mauritanie » affirme Me Mohamed Mbarek Ould Mohamed Vall, avocat du rappeur, Hamad Ould Sidi, membre du groupe Ewlad Lebled avant sa libération provisoire.

«Hamada est en liberté provisoire. Il est en pleine instruction. La cour suprême a confirmé la décision du juge. Il est sous contrôle judicaire. Il signe deux fois par semaine à la police. Nous attendons qu’il notifie la fin de l’instruction pour pouvoir demander un non-lieu» ajoute Me Vall après la liberté provisoire accordée à son client.

 « Ould Abdel Aziz est directement impliqué »…..

Pour le journaliste du site Taqadoumy, Hanevy Ould Dehah, l’agression qu’il a subie résulte dit-il de la ligne éditoriale de son site qui dénonce  la mal gouvernance, la corruption, le détournement des deniers publics dans lesquels  « Ould Abdel Aziz est directement impliqué ».

« La liberté d’expression  et de presse  a  sensiblement marqué le pas en Mauritanie par rapport à l’ère de  Ould Taya » ajoute-t-il : « malgré quelques retouches de façade initiées sous le  régime de Ould Abdel Aziz ».

Source : Dune Voices
 

http://https://www.youtube.com/watch?v=aDkbWTJvpwM http://https://www.youtube.com/watch?v=aDkbWTJvpwM



              

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