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La guerre du Sahel n’est pas finie


Actualité
Mercredi 25 Septembre 2013 - 14:36

Les groupes terroristes, affaiblis par l’intervention militaire menée par la France au Mali, rassemblent leurs forces pour se redéployer.


Dessin d’Ajubel paru dans El Mundo, Madrid.
Dessin d’Ajubel paru dans El Mundo, Madrid.
C’est un fait, l’opération Serval et le blocus frontalier du côté algérien ont porté un sérieux coup à tous les groupes terroristes de la région. 
 
Et pas seulement en décapitant Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) au Sahel – la mort d’Abou Zeid a été confirmée le 4 mars par la filiale d’Al-Qaida. A l’exception d’Aqmi, qui a perdu un chef mais peu d’hommes, les différentes formations ont subi des pertes importantes. “Plusieurs djihadistes ont été tués mais, surtout, la survie dans le nord du Mali est devenue très compliquée, explique une source sécuritaire algérienne. Les difficultés pour trouver de l’eau – les Français ont empoisonné les puits – et du carburant ont empêché ces groupes de fonctionner avec beaucoup d’hommes.” 
 
Le Mujao [Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest, lié à Al-Qaida] ne compterait aujourd’hui que 500 combattants dans ses rangs, contre 1 000 auparavant. Ansar Dine [“les défenseurs de la religion”, salafistes], entre 800 et 1 000, contre 2 000 au début des opérations militaires. “Les pertes sont presque équivalentes, reconnaît un cadre des services de sécurité. A la différence que le chef d’Ansar Dine, Iyad Ag Ghaly, reste intouchable dans son fief du Nord-Mali. Ni les Français, ni les Maliens, ni les Algériens ne veulent s’en prendre à celui qui reste le meilleur négociateur pour libérer les otages. Il ne faut pas enterrer trop vite son mouvement, car le grand leader de la tribu des Ifoghas rassemble encore autour lui de nombreux jeunes.” 
 
Pour autant, ces groupes pourraient rapidement retrouver leur potentiel d’avant janvier 2013, début des opérations militaires au Nord-Mali. En annonçant publiquement, fin août, leur fusion sous une nouvelle bannière, celle des Mourabitoune [les Almoravides, dynastie berbère dont l’empire comprenait, au XIIe siècle, le Sahara], le groupe djihadiste de Mokhtar Belmokhtar [dont la mort a été annoncée par l’armée tchadienne le 2 mars mais n’est pas confirmée] et le Mujao ont de sérieux atouts pour se donner un nouveau souffle. 
 
Djihadiste de terrain. D’abord, l’appui indirect d’Al-Qaida. “C’est le numéro un d’Al-Qaida, Ayman Al-Zawahiri, qui a lui-même demandé cette union, affirme un contact des services de sécurité algériens. En janvier 2013, il a envoyé ses émissaires, dont un djihadiste libyen, dans le nord du Mali, auprès d’anciens membres déçus du Mujao et du groupe de Belmokhtar.” Désappointé qu’aucune opération d’envergure n’ait été menée contre les troupes françaises ou maliennes de Serval par Aqmi, malgré la faiblesse relative de l’engagement français (comparé à l’engagement américain en Afghanistan, par exemple), Al-Zawahiri comptait sur eux pour frapper les forces françaises. La disparition d’Abou Zeid, considéré par tous comme un chef militaire, n’est pas la seule raison qui explique la paralysie des djihadistes au cours de l’opération Serval. 

La guerre du Sahel n’est pas finie
Al-Zawahiri le sait : les troupes souffrent avant tout de leur désunion. “A laquelle s’ajoute, à ses yeux, l’incompétence de Belmokhtar”, poursuit le cadre des services. Belaouar (Le Borgne, surnom de Belmokhtar) ne sera d’ailleurs pas le chef des Mourabitoune. “On ne connaît pas son nom, mais on sait que ce sera un djihadiste de terrain, qui a combattu les Soviétiques et les Américains en Afghanistan, donc un vétéran”, confie Mohamed Ould Khattatt, rédacteur en chef de l’Agence Nouakchott d’information (ANI, Mauritanie). “Peu de chances que ce soit un Algérien”, ajoute-t-on du côté des services de sécurité algériens. Plutôt un Mauritanien, ou probablement un Libyen, susceptible d’attirer d’autres salafistes libyens actuellement sans chapelle. 
 
Revendications sociales. C’est le second atout des Mourabitoune : l’influence de Belmokhtar sur les djihadistes libyens. Son réseau en Libye fait incontestablement de lui, aujourd’hui, l’homme le plus puissant du Sahel. En plus des combattants du Mujao, il compte aussi de nombreux soutiens parmi les terroristes tunisiens et même au sein du Mouvement des fils du Sahara pour la justice islamique. Le groupe, en partie composé d’éléments qui ont quitté le Mujao, compterait entre 50 et 70 hommes. Il y aurait actuellement des négociations entre les services de sécurité algériens, les notables d’Illizi [sud-est de l’Algérie, près de la Libye] et des jeunes en contact avec le groupe, pour leur faire déposer les armes. 
 
Si leurs revendications ne sont pas idéologiques (ils ne réclament pas l’application de la charia) mais sociales – ils accusent le gouvernement d’avoir marginalisé le Sud et de l’avoir laissé moisir dans le sous-développement –, ils ont tout de même revendiqué deux embuscades : une en avril 2013, à Tin Tahedjli, entre Djanet et Illizi, pour tenter de libérer un des leurs qui était prisonnier, et une en juin 2013, dans le massif Azdjer, près de Djanet, contre l’armée. 
 
Le plus grand défi pour toutes ces organisations, à présent, c’est de trouver de quoi survivre, du carburant, de nouvelles caches, du ravitaillement. “Mais aussi de quoi pouvoir recruter, souligne une source sécuritaire. Autrement dit, de convaincre de nouvelles recrues d’adhérer à une nouvelle organisation, crédible, qui a des ambitions.” 
 
—Aziz M. Ad. Meddi & Mel. M.
Pour El Watsn
Lu sur courrierinternational
Mamoudou Kane


              

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