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La grève des dockers et ses conséquences possibles


Actu Mauritanie
Dimanche 28 Avril 2013 - 08:42

Les dockers du Port autonome de Nouakchott dit port de l’Amitié (PANPA) ont manifesté – mais surtout bravé le danger – parce qu’ils ont une vraie cause à défendre. Belle leçon, pour les politiques, n’est-ce pas, mais aussi pour tous ceux qui pensent avoir des droits à défendre mais le font sans conviction.


La grève des dockers et ses conséquences possibles
On peut dire donc, sans risque de se tromper, qu’il y a en cette manifestation des « damnés de l’opulence » une sorte de déclic. Peut être pas tout de suite mais les Mauritaniens se rendent compte que le pouvoir, qu’il soit militaire ou civil, n’est pas infaillible. Cela doit aussi pousser à la prudence extrême un gouvernement qui a géré mille et un problèmes sociaux, en dehors même d’une crise politique persistante.

Pour s’en rendre compte, il suffit de penser à la situation de gêne considérable qui naîtrait d’un sursaut des citoyens pour protester contre la hausse vertigineuse des prix ! On pourrait alors penser que la Mauritanie que les problèmes politiques, nés d’une incompatibilité d’humeur entre un Pouvoir qui ne veut rien entendre de son Opposition, n’ont pas réussi à ébranler, risque, si les autorités ne réagissent pas rapidement, de sombrer dans une dangereuse escalade de violence due à une prise de conscience subite que confère cette possibilité de dire « non ».

Mais surtout de comprendre rien ne s’obtient sans sacrifices. Sans aller plus loin que cette volonté de montrer au pouvoir que la « résistance » pacifique à l’oppression, quelle soit physique ou morale, est capable de faire évoluer les choses en bien. L’histoire reconnaitra, peut être, plus tard, que la Mauritanie doit ce changement non pas à son élite, défendant des privilèges au prix d’une adhésion quasi mécanique aux objectifs de tout pouvoir qui arrive, mais à des dockers qui ont constitué, sans s’en rendre compte, le « mouvement des indignés » dans un pays dont l’opposition au pouvoir n’a pas su – ou pu – amarrer ses protestations à un « printemps arabe » qui a pourtant tourné en catastrophes politiques dans pratiquement tous les pays où l’espoir était permis de sortir des systèmes dictatoriaux vers des régimes démocratiques.

Ce qu’il faut comprendre, sans entrer dans les guéguerres politiques, jeu favori de la Majorité présidentielle et de l’Opposition, c’est que la grève des dockers du PANPA, heureusement en voie d’être réglée avant qu’elle ne sorte de son cadre de rapport entre employeurs et employés, est un phénomène récurrent difficilement explicable par une simple théorie mettant en cause l’Etat (qui ne contrôle plus rien en dehors des privilèges accordés à des groupes ou à des individus), les commerçants (qui courent derrière le profit) et la conjoncture internationale (qui, quoi qu’on dise, ne justifie pas tout). On peut, subitement, se mettre à protester contre tout et rien.

A commencer par les prix qui flambent tous les jours et qui mettent en péril la vie des centaines de milliers de pauvres citoyens. Imaginons que demain tous ces « damnés de la terre » sortent dans la rue comme l’ont fait les dockers ! Sans être mus par les politiques. Ce ne sera pas un mouvement des salariés qui se plient facilement à l’argumentaire selon lequel l’Etat n’a pas de moyens. Malgré l’existence de dizaines de centrales syndicales qui ont toutes des affinités suspectes avec le pouvoir ou l’opposition. Ce qui met en doute leur crédibilité.

Et les « dockers » de la Fonction publique ?

Parce que si elles défendaient réellement les intérêts de ces travailleurs, elles peuvent rétorquer au gouvernement que le pays dispose d’énormes richesses (fer, poisson, pétrole ( !?)) mais, malheureusement, elles sont mal gérées. La SNIM seule contribue à hauteur de 12% à la formation du PIB. Elle verse au Trésor public mauritanien, bon an mal an, plus de 15 milliards d’UM. Actuellement, la Coordination de l’opposition démocratique (COD) soupçonne le président Aziz d’en faire l’une de ses vaches à lait, avec le PANPA, justement, et les compagnies minières (distribution anarchique des permis de recherche).

Ajoutons à cela les ressources financières de l’APD (Aide publique au Développement) censée être utilisées pour le bien-être des citoyens ? Où va cet argent ? Comment justifier l’état de précarité économique dans lequel la Mauritanie se trouve depuis le milieu des années 80 alors qu’elle a bénéficié de plus de 2 milliards de dollars US sous formes de prêts à taux très consensuels ?

L’argent destiné aux pauvres citoyens a-t-il servi à bâtir les châteaux qui émergent des dunes de sable de Tevragh-Zeïna ? Pourquoi n’avoir pas pensé à augmenter sensiblement les salaires des travailleurs, surtout que, comme tout le monde le sait, ce sont eux qui constituent cette classe moyenne qui prend en charge la quasi-totalité des sans-emploi ?

L’homme d’affaires, le ministre, le directeur, le chef de projet, ne sentent pas l’augmentation des prix pour une raison fort simple : ils ont d’autres « ressources », au sens propre et figuré du terme, pour parer à ce phénomène. Les autres n’ont que leurs salaires…et la Grâce de Dieu. Pourvu que le mouvement au niveau du PANPA ne donne pas des idées similaires aux « dockers » de la Fonction publique.

Source:Elhourriya
Noorinfo


              

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