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La fête de la musique


Vu de Mauritanie par MFO
Jeudi 27 Juin 2013 - 15:12


La fête de la musique
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La date du 21 juin, tout le monde le sait, coïncide avec le solstice d’été, un peu le début de l’été boréal. L’une des raisons qui ont poussé à la choisir comme «fête de la musique». C’est au lendemain de l’arrivée de la Gauche française au pouvoir, avec la présidence de François Mitterrand, que ce jour est consacré à célébrer la musique en général. La première fête est donnée en 1982… En quelques deux décennies, la fête devient «internationale» : elle est célébrée dans 110 pays et près de 350 villes sur les cinq continents. Parmi ces pays, la Mauritanie qui l’a adoptée à la fin des années 80. Mais en quoi consiste la fête en Mauritanie ?
 
Elle est restée un fait français parce qu’elle principalement fêtée par le Centre culturel français (aujourd’hui Institut français en Mauritanie) qui permet, tout un soir, à des artistes mauritaniens, parfois étrangers, de se produire sur une scène entièrement dédiée à la fête, devant un grand public de mélomanes. Elle est devenue un rendez-vous de la jeunesse nouakchottoise en mal de fête et de d’occasions de s’exploser. Il y a eu bien sûr quelques tentatives d’impliquer la partie mauritanienne pour l’amener à s’approprier l’évènement, mais des tentatives sans lendemains. La politique et la mauvaise foi (parfois) sont passés par là.
 
A un moment donné, on a cherché, toujours sous l’impulsion de la coopération culturelle française, à instituer un festival des arts nomades qui est aujourd’hui oublié. Malheureusement.
Tout ce qui est festif semble subir une guerre sans merci dans ce pays. On comprend que les politiques se soucient peu du secteur de la culture : ils ne pensent pas qu’il rapporte en termes de voix et de mobilisation au cours des élections… certains vont même jusqu’à percevoir la musique comme une hérésie, un sous-produit d’un folklore qu’il faut combattre. Tous se retrouvent finalement pour imposer cette attitude dominante dans tout ce qui est institutionnel : le mépris de l’art et de ceux qui le pratiquent.
 
«Chaque fois que les rythmes de la musique changent, les murs de la ville tremblent», je ne sais pas si la citation est correcte dans sa formulation, mais c’est le sens qui importe. Pour dire la peur des nôtres de tout ce qui bouleverser l’ordre établi, tout ce qui peut susciter les questionnements, tout ce qui peut solliciter l’imaginaire et le libérer des carcans qu’on lui impose…
 
J’ai lu récemment le cri de cœur de Tahra Mint Hembara, une artiste complète qui a su marier le jeu authentique de l’Ardîne avec les rythmes modernes, accompagnant les plus grands noms comme Jean-Jacques Goldman. Ce cri de cœur qui dénonçait l’état dans lequel se trouve l’Institut national de musiques, une création de l’actuel pouvoir qui l’avait présenté – à juste titre d’ailleurs – comme étant une manière de couper avec la suspicion et le mépris de la musique. Suspicion et mépris qui ont caractérisé le rapport (officiel) à la musique. Mint Hembara a voulu, dans son interpellation de l’opinion publique nationale, mettre à nu la mise à mort lente et certaine de cet Institut qui ne semble pas pouvoir remplir la mission qui est la sienne. Chez nous, ces histoires se terminent mal à cause des acteurs qu’on leur choisit…
 
Pour revenir à cette fête de la musique, comment amener les groupes des jeunes à se l’approprier pour en faire une fête véritablement «mauritanienne» ? Il s’agira tout simplement d’ouvrir l’évènement à la frange traditionnelle (ou ce qui en reste) pour permettre l’ancrage des nouvelles créations dans ce qui nous a pétris et qui a été – qui est encore – notre âme. Imaginons plusieurs fêtes, dans différents centres de la ville de Nouakchott (ou dans des villes de l’intérieur) avec, ici, les modernes, là les traditionnels, ailleurs les «tradi-modernes» (comme on dit de ceux qui sont passés de l’un à l’autre ou qui essayent de combiner l’un et l’autre)… Le public sera certainement plus nombreux à participer à la fête qui sera totale… peut-être qu’elle participera alors à briser ce carcan totalitaire qui se nourrit de l’obscurantiste et qui tente de nous envelopper pour étouffer en nous ce qu’il y a de beau et de mieux : la créativité.
 
Et de rappeler cette sentence d’un ami, un peu fou, un peu génie (quelle différence entre les deux et qui percevoir cette différence ?) : «La Mauritanie, notre pays, souffre d’un recule de la joie qui la plonge dans toutes les incertitudes lui faisant courir tous les risques». Et si le salut venait de la réhabilitation de nos sens festifs, de notre désir d’espace et de liberté, de poésie et de musique… ?

Mohamed Fall Ould Oumere
oumeir.blogspot.com
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