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La contrefaçon de médicaments: plus lucrative et moins risquée que le trafic de drogue


Lu sur le web
Jeudi 26 Septembre 2013 - 13:36

Selon l'Agence de santé américaine, un médicament sur dix vendu dans le monde serait un faux. Et selon l'Organisation mondiale de la santé, ce commerce ferait 100 000 morts par an en Afrique. Sur la toile, 96% des pharmacies virtuelles sont illégales... Pour mieux comprendre l'ampleur du trafic de médicaments contrefaits à l'échelle internationale, et surtout pour analyser les stratégies mises en place par les réseaux criminels, l'Institut international de recherche anticontrefaçon de médicaments (IRACM) vient de rendre un rapport circonstancié. Edifiant !


La contrefaçon de médicaments: plus lucrative et moins risquée que le trafic de drogue
 
La première surprise de cette étude, c'est qu'il y a de plus en plus d'individus isolés, cyniques et sans scrupule, qui se lancent sur ce marché lucratif... Ces « opportunistes en col blanc » se mettent tout simplement à importer des médicaments contrefaits en provenance d'Inde ou de Chine pour les revendre à bas coût sur Internet.
 
C'est un moyen de gagner très vite beaucoup d'argent sans prendre trop de risques. La marchandise transite par voie postale et les peines encourues sont ridicules, par rapport à celles attribuées aux trafiquants de drogue par exemple. Sept ans grand maximum en France. Du coup, on voit des braqueurs se reconvertir dans ce nouveau métier, beaucoup moins exposé...
 
Dans un style un peu plus structuré, il y a par ailleurs en Europe environ 3 600 groupes criminels de taille moyenne, qui emploient à chaque fois une dizaine de personnes. Ceux-là ont soit des liens avec du personnel infiltré dans des entreprises de santé, soit des liens avec des importateurs ou des grossistes travaillant dans ce secteur. Ils jouent sur un double tableau licite-illicite.
 
Enfin, il y a des cybercriminels très actifs, notamment en Russie, et qui eux sont passés maîtres dans l'art d'exploiter les crises sanitaires, par exemple les épidémies. Au moment de la grippe H1N1, ils ont multiplié les faux sites de distribution de médicaments grâce à des campagnes de mailing très agressives. C'est le cas de Glavmed-Spam It, un réseau qui a attiré 800 000 acheteurs en trois ans. Pour des revenus mensuels avoisinant tout de même le million d'euros...
 
Brouiller les pistes
 
Ces criminels d'un genre nouveau maîtrisent parfaitement les nouvelles technologies et ils se partagent les tâches pour éviter d'être repérés... Une « internationalisation du travail » en quelque sorte, qui est un bon moyen de brouiller les pistes : le principe actif du médicament est élaboré dans un pays A ; le médicament est mis en bouteille ou encapsulé dans un pays B ; le conditionnement extérieur a lieu dans un pays C ; et finalement, la vente a lieu dans un pays D...
 
Ainsi, Peter Gillepsie, un expert-comptable britannique qui dort aujourd'hui en prison, avait décidé de se reconvertir dans ce commerce juteux. Il a vendu 72 000 boîtes de médicaments contrefaits de décembre 2006 à mai 2007 : les marchandises étaient fabriquées en Chine, transportées à Hong-Kong et Singapour, puis acheminées en Belgique et entreposées en Grande-Bretagne pour que plus personne ne puisse identifier leur lieu de fabrication originel.
 
A l'arrivée, ces médicaments auraient dû passer pour des médicaments français, mais la vignette de la Sécurité sociale étant imprimée de façon incorrecte, quelqu'un a fini par s'en inquiéter. Sinon, ce trafic continuerait... L'enquête a duré trois ans et demi et a coûté 750 000 livres aux autorités britanniques...
 
Se partager le monde
 
Malheureusement, tous les médicaments risquent un jour ou l'autre d'être contrefaits et de mettre en péril la santé, voire la vie des patients. Parfois, la mauvaise copie arrive sur le marché avant même l'original, ce qui est un comble ! Les contrefaçons peuvent contenir des principes actifs en surdosage ou en sous-dosage, des substances toxiques, des conditionnements fallacieux. On peut même vendre de l'eau de rivière à la place d'un vaccin.
 
C'est déjà arrivé, avec toutes les conséquences sanitaires que cela implique... Dans les pays en développement, les trafiquants vont plutôt viser les traitements contre le sida, le paludisme ou la tuberculose, quitte à induire des risques réels d'échec thérapeutique ou à créer des souches résistantes.
 
En Europe, ils misent plutôt sur les anti-inflammatoires, les antidouleurs, les antiseptiques et le matériel médical. Enfin, grâce à Internet, ce sont les médicaments dits « de confort » qui sont les plus touchés, qu'il s'agisse des pilules amincissantes, des produits dopants ou anabolisants ou bien encore du Viagra...
 
Maximiser les profits
 
Difficile in fine de dire combien ce trafic rapporte exactement. 75 milliards de dollars en 2010, si l'on en croit le Center for Medicines in the Public Interest, cité dans le rapport de l'IRACM. Mais le « chiffre noir » est sans doute beaucoup plus élevé qu'on ne l'imagine. En attendant, il est intéressant de garder en tête l'échelle de grandeur suivante : pour 1 000 dollars investis, le trafic de fausse monnaie ou d'héroïne en rapporterait 20 000 ; la contrefaçon de cigarettes, 43 000 ; la contrefaçon de médicaments, entre 200 000 et 450 000 !
 
Cette dernière serait donc de 10 à 25 fois plus rentable que le trafic de drogue. Tout en étant beaucoup plus facile (voie postale, grands containers peu ou mal contrôlés), plus rapide (moins d'intermédiaires, plus de discrétion), moins risquée (corruption généralisée, sanctions très faibles)... En France, avec le développement des ventes en ligne sans ordonnance, certains n'hésitent pas à demander que la contrefaçon de médicaments soit pénalisée comme un crime, et non plus comme un délit. Ils parlent ouvertement de risques d'empoisonnement de la population.

Source : RFI
Mamoudou Kane


              

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