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La Syrie entre dans la crise générale


Lu sur le web
Samedi 26 Novembre 2011 - 13:44

Les évènements des derniers jours ont montré une montée de la tension autour de la Syrie, faisant entrer cette crise (syrienne) qui se plaçait dans un contexte national bien entendu, et d’une façon conjoncturelle dans le contexte régional du “printemps arabe”, dans un contexte désormais international.


La Syrie entre dans la crise générale

La nouvelle de l’arrivée du groupe de porte-avions d’attaque de l’U.S. Navy autour du USS Georges HW Bush au large de la Syrie est désormais largement diffusée. En réalité, cela fait deux groupes de porte-avions d’attaque, puisque le groupe autour du porte-avions USS Stennis est également dans la région, en affectation normale avec la Vème Flotte de l'Océan Indien et du Golfe Persique. (Le George H.W. Bush est en affectation normale, – la première de sa vie opérationnelle, – avec la VIe flotte, qui couvre la Méditerranée pour l'U.S. Navy.)

Il n’est en rien évident que ces forces soient essentiellement déployées dans cette localisation géographique spécifique pour la Syrie. Si des sources militaires US ont fait savoir que les USA seraient éventuellement prêts à “soutenir logistiquement” l’établissement d’un No-Fly Zone au-dessus de la Syrie, avec un “corridor humanitaire“, – habituelle phraséologie du bloc BAO avant une intervention, – rien n’est dit de plus que les mots “soutien logistique”. Il s’agirait donc, pour les USA, de rester strictement dans le cadre de la formule libyenne. Un autre élément important à considérer pour les USA est que, selon des interprétations israéliennes, ces forces sont autant sinon plus en position à cause de l’Iran qu’à cause de la Syrie (aussi bien à cause du rôle éventuel de l’Iran dans la crise syrienne qu’à cause de l’antagonisme direct avec l’Iran).
Du côté européen, on trouve comme d’habitude la France sarkozyste en pointe pour l’intervention, mais une prudence générale du côté de l’Union Européenne qui a pour l’instant repoussé les propositions d’intervention de la France. Les Russes, eux, sont cette fois de la partie. Ils ont mis en place deux, sinon trois navires de guerre sur les côtes de Syrie, avec des escales dans le port syrien de Tartus.

Ces navires semblent spécialisés notamment dans l’activité de contre-mesures électroniques, c’est-à-dire plutôt destinés à contrecarrer une intervention aérienne (celle-ci étant théoriquement perçue comme pouvant venir de pays du bloc BAO). Il y a aussi des rumeurs selon lesquelles les Russes auraient livré des batteries de missiles sol-air S-300, un système dont les Occidentaux ont reconnu l’exceptionnelle efficacité contre une attaque aérienne. Les navires cités auraient effectué cette livraison, avec des spécialistes russes pour l’emploi de ces systèmes.

Il y a le “jeu arabe”, ou plutôt le “jeu musulman” puisque la Turquie est largement concerné (avec la Ligue Arabe). Ce jeu suit depuis plusieurs semaines une tendance interventionniste mais cette tendance est en train d’évoluer de forme en raison des pressions occidentales du bloc BAO. Tant que l’affaire restait au niveau régional, ce groupe, dont essentiellement la Turquie qui avait choisi pour des raisons diplomatiques d’une profonde querelle, presque personnelle, avec Assad, l’option d’une pression interventionniste entre pays musulman, évoluait selon une politique uniforme anti-Assad. Désormais, il existe la possibilité de l’intervention du bloc BAO qui est en train de changer l’orientation de la crise. La question ne concerne plus la seule Syrie puisque s’ajoute le facteur de l’éventuelle incursion occidentale. Dans ce cas, le rôle de l’Iran grandit également ; l’Iran soutient Assad mais sa position pourrait se modifier, certes selon les mêmes conditions de cet élargissement du contexte de crise, dans un sens qui pourrait rapprocher cette position iranienne de celle d’autres pays arabes, par son opposition à une intervention du bloc BAO.

C’est dans ce contexte général qui s’élargit très rapidement et qui conduit parallèlement à une montée du désordre des positions et des politiques, avec désormais des facteurs antagonistes même pour les interventionnistes, que Russia Today publie une longue analyse, ce 25 novembre. Il s’agit d’une analyse qui reflète le point de vue général des Russes (pas seulement le côté officiel), mais aussi de pays suivant une politique d’hostilité à l’interventionnisme occidental. Nous citons ici la dernière partie de l’article qui passe en revue plusieurs jugements d’experts sur les potentialités prospectives de la situation en Syrie et autour de la Syrie, en fonction de ces hypothèses d’intervention.

«Patrick Henningsen, a political analyst from the US-based Infowars.Com online magazine, believes that the escalation of tensions over Syria between the world’s major powers may lead to a new chilling in world politics. “I think we are going to see a new Cold War emerge in the next two years, and we are seeing the initial steps of that new Cold War right now,” he told RT. “If the Western powers think they are going to get away with a no-fly zone in Syria, this is a very different prospect than Libya. This will be the first time, in Syria, and also, if you look forward – with Iran, that the West, actually, is engaging a country that has the ability to fight back,” Henningsen said referring to Russia’s close military co-operation with the two countries, as well as rumors of S-300 installations having been supplied from Moscow.
»Experts say that even the armed opponents of Bashar al-Assad’s regime would strongly oppose any interference from outside.
“Even among the opponents of the ugly Assad regime, many in Syria will actually not welcome an intervention by Western forces,” even if it comes in the shape of fellow-Muslims in the Turkish army, predicts Dr. Pierre Guerlain, a professor of political science at Paris West University.
»And Dr Marcus Papadopoulos, an analyst from Britain's ‘Politics First’ online magazine, told RT that any hopes of bringing peace to the region by toppling the current Syrian government are delusional. “I can't see how they can possibly believe that peace will come to the Middle East with president Assad falling, I mean if we have a look at some of the people that the Syrian government is fighting against at the moment, they're actually armed militants, they're criminal gangs, and many of these armed militants have links to religious extremism, so once again, I think it's a reckless, negligence, short-sighted approach that the West is taking.”»

Lorsque nous disons que la Syrie “entre dans la crise générale”, c’est parce qu’elle s’inscrit désormais dans un contexte où évoluent des puissances et des acteurs majeurs, qui se trouvent eux-mêmes confrontés à des situations de crise et qui ont des politiques actives dans ce cadre. Ce n’était en rien le cas de la Libye, dont la crise, suivie de l’intervention du bloc BAO, sont restées cantonnées dans un cadre régional, sinon national, sans interférences majeures. Pourtant, même ce cadre restreint a conduit à des remous importants, pour un résultat dont on mesure chaque jour les contradictions flagrantes par rapport aux buts poursuivis, y compris les éventuels buts “expansionnistes” des pays interventionnistes du bloc BAO qui sont loin de s’être implantés dans le pays, encore moins d’en avoir fait une “tête de pont” pour une pénétration vers l’Afrique.


La Syrie entre dans la crise générale
Le cas syrien est donc totalement différent. L’intervention potentielle n’en est qu’aux hypothèses, avec bien sûr des préparatifs, mais selon des axes et des acteurs beaucoup plus divers et sérieux. Les Russes, notamment, sont directement engagés, ce qui est un facteur d’une extrême importance, et les USA sont encore plus affaiblis aujourd’hui qu’en mars dernier. Quant aux pays arabes et musulmans interventionnistes, leur politique commence à perdre de sa netteté anti-Assad à cause des interférences extérieures.

Même Israël est dans une position incertaine ; d’une part, Israël souhaite la chute d’Assad dans la mesure où il s’agirait d’un affaiblissement de l’Iran puisque l’Iran soutient Assad ; d’autre part, Israël craint la chute d’Assad, dans la mesure où un nouveau pouvoir syrien pourrait s’avérer de type islamiste ou anti-israélien d'une façon ou l'autre. (Toutes ces observations n’empêchent pas les “services” et autres forces spéciales d’intervenir en Syrie, contre le pouvoir en place, mais ce type d’intervention n’est en rien indicatif d’une politique, ce qui est un signe de plus du désordre actuel.)

Un autre élément d’incertitude pour Israël est la possible évolution de l’Iran vis-à-vis d’Assad selon des arrangements entre Turcs et Iraniens, puisque l’élément absolument obsessionnel de tout jugement israélien reste effectivement l’Iran ; c’est justement cet élément obsessionnel qui pousse certaines sources israéliennes à envisager une telle évolution iranienne, pourtant complètement hypothétique. Le résultat est une politique syrienne d’Israël particulièrement incertaine.

Par conséquent, l’internationalisation de la crise syrienne n’est en rien un signe de clarification, éventuellement par la perspective brutale d'une intervention, mais parfaitement le contraire. Au désordre interne s’ajoute désormais le désordre extérieur. Cela différencie radicalement la crise syrienne de la crise libyenne, où le désordre extérieur ne s’est manifesté que de façon indirecte.
 
http://www.dedefensa.org


              

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