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La Mauritanie sous l’ère Aziz : Trahisons, mensonges et enregistrements compromettants


Tribunes
Lundi 22 Avril 2013 - 11:45

Il y eut les coups d’Etat qu’il a perpétrés contre deux Présidents qui lui ont confié leur sécurité. Puis, les graves accusations jamais prouvées de détournement de centaines de millions de dollars portées contre son bienfaiteur et proche parent Ely Ould Mohamed Vall.


La Mauritanie sous l’ère Aziz : Trahisons, mensonges et enregistrements compromettants

Le coup d’Etat contre le Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi est certainement le plus difficilement justifiable, même pour ses défenseurs les plus zélés : le chargé de la sécurité présidentielle retourne son arme contre le Président parce que ce dernier a usé de ses prérogatives constitutionnelles, en décidant de le limoger pour son implication directe dans de lâches manœuvres politiques visant à déstabiliser son gouvernement.

Ce coup d’Etat est d’ailleurs assimilable à une haute trahison, non seulement parce que c’est un crime contre la Démocratie, qui a ramené notre pays dans la liste malfamée des Etats dirigés par des régimes issus de putschs, mais aussi parce qu’il a privé le pays de ressources considérables : les investissements saoudiens de 2 milliards de dollars dans El Aouj, les 400 millions de dollars d’investissements qataris dans l’immobilier, le don de 400 millions de dollars du fonds américain MCA, l’investissement koweitien dans l’hôtellerie, les financements des Institutions financières internationales qui ont été suspendus suite au putsch.

Par la suite, nous avons eu le coup d’Etat contre l’Accord de Dakar perpétré par le Premier Ministre (évidemment sur ordre de Mohamed Ould Abdel Aziz), quand il a publié en toute illégalité le décret factice convoquant le collège électoral pour l’élection présidentielle sans respect des délais constitutionnels, alors que l’éphémère gouvernement d’Union nationale n’avait pu approuver ledit décret à l’issue d’un Conseil des ministres marathon qui s’était prolongé jusqu’au petit matin.
Ces trahisons ont fait dire à Messoud Ould Belkheir dans un meeting que ‘si on brisait l’os de Mohamed Ould Abdel Aziz, on trouverait la trahison dans sa moelle’ (la formule est probablement plus violente en hassanya).

Mensonges

Oublions le « petit » mensonge sur son lieu de naissance publié noir sur blanc dans son CV officiel. Mettons aussi sur le compte de l’euphorie du moment la promesse populiste qu’il a faite de « régler tous les problèmes » devant la foule de badauds venue l’acclamer au lendemain du putsch et venons-en à l’Imposture de la lutte contre la gabegie, prétendument le motif de la ‘rectification’ du 6 août 2008. En effet, il est rapidement apparu que le véritable mobile du coup d’Etat était plutôt de limiter l’exercice (celui de la gabegie) exclusivement à Mohamed Ould Abdel Aziz et à quelques uns de ses proches.
L’on sait maintenant :

- que dès son accession au pouvoir, Mohamed Ould Abdel Aziz a commencé par piller la SOMELEC (qui ne s’en est pas encore remise) et la SONIMEX, pour ne citer que celles-là, en plus du Fonds de Solidarité, pour financer sa campagne présidentielle, campagne qu’il a finalement peu financée, laissant ce ‘privilège’ à d’autres, principalement Mohamed Ould Bouammatou. Ce qui explique peut-être le refus du Président de rendre publique sa déclaration de patrimoine qui s’élèverait à plusieurs milliards d’ouguiyas qu’il aurait ainsi ‘économisés’ ;

- que les commandes de scanners et d’appareils de dialyse ordonnées sur le champ lors de visites d’hôpitaux avaient été immédiatement exécutées dans le cadre de marchés douteux en faveur d’un associé de la famille de Mohamed Ould Abdel Aziz et que le Centre d’Oncologie a fait l’objet d’un des nombreux marchés de gré à gré qui caractérisent le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz ;

- que le véritable motif de la reconstruction des avenues de Nouakchott était de permettre de louer la flotte de camions et d’engins dont le Président est propriétaire et que, en général, les travaux confiés à ATTM sont destinés à être sous-traités pour assurer la pleine exploitation de cette flotte ;

- que le marché du nouvel aéroport de Nouakchott et celui de l’acquisition des avions de Mauritania Airlines portant sur des dizaines de milliards d’ouguiyas ont été attribués dans une opacité inexplicable qui ne peut que justifier les suspicions de malversation ;

- que le cousin de Mohamed Ould Abdel Aziz est devenu milliardaire du jour au lendemain et est maintenant à la tête d’une holding tentaculaire couvrant les secteurs de l’immobilier (terrain des blocs, entre autres), de la logistique minière, de la location de camions et d’engins, de la distribution des hydrocarbures, des assurances, des banques, du transit… ;

-que la convention avec la société chinoise Polyhondone a pratiquement livré le secteur de la pêche à des ‘partenaires’ douteux pour 25 ans avec des avantages exorbitants, sur intervention d’un des parents et amis du Président. Et quand on a révélé au Président que les dirigeants de l’entreprise étaient poursuivis pour escroquerie dans d’autres pays, il a simplement répondu « que si c’est dans d’autres pays, cela ne le concernait pas » ;

- que les opportunités d’affaires sont exclusivement réservées aux proches du Président, et l’affaire Bumi n’en est qu’une des illustrations les plus flagrantes ;

- que le marché du transport du programme ‘Emel’ a été attribué sans appel d’offres au cousin et conseiller occulte du Président (par ailleurs Directeur Général de l’agence chargée de l’Etat civil) pour près de 7 milliards d’ouguiyas ;

- que des hauts fonctionnaires sont relevés de leurs fonctions pour corruption ou malversations et réhabilités par la suite aux plus hautes responsabilités de l’Etat, sans aucune explication.
Et la liste est longue.

Une autre promesse non tenue par Mohamed Ould Abdel Aziz est celle qu’il a faite dans son adresse à la Nation le 27 novembre 2008 de ne pas garder le pouvoir, alors que l’on sait maintenant qu’il lorgne, après près de 5 ans de pouvoir sans partage, vers un deuxième et peut-être même un troisième mandat.

L’on ne peut qu’évoquer ici sous le chapitre des promesses non tenues celle faite par Mohamed Ould Abdel Aziz de révéler lors de son fameux meeting de campagne de Riyadh (‘le meeting du défi’) les preuves de détournements de deniers publics qu’auraient commis Ahmed Ould Daddah et Messoud Ould Belkheir, preuves qu’il n’a jamais produites (et ce n’est pas la volonté de nuire qui lui fait défaut).

Et les impostures ne s’arrêtent malheureusement pas là. Jamais la Constitution et la Loi n’ont été aussi souvent bafouées que sous le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz, alors qu’il prônait l’assainissement de la Justice :
- Les lois votées par le Parlement sont annulées par un simple coup de fil et l’exécution du Budget n’a jamais été respectée pendant les 4 derniers exercices.

- Le mandat du Parlement est échu depuis plusieurs mois et c’est sous ce Parlement caduc que la Constitution a été modifiée.
- La Cour Suprême en est à son quatrième président en 4 ans, alors que son mandat est de 5 ans pendant lesquels il est supposé être inamovible. Le dernier à être victime de cette violation flagrante de la Constitution est Seyyid Ould Gheylani, dont le limogeage a permis à Mohamed Ould Abdel Aziz de rappeler une nouvelle fois que la force de la baïonnette est supérieure à la Loi.

- L’indépendance de la Justice est battue en brèche et les procédures et les décisions de justice sont allégrement ignorées. La Justice est ouvertement instrumentalisée pour régler les comptes avec des individus, des tribus, des journalistes, des militants des Droits de l’Homme, des hommes d’affaires ; bref, tous ceux qui ne sont pas suffisamment entrés dans le rang. Et entrer dans le rang ne garantit d’ailleurs rien (cf. : l’affaire du riz avarié).

- L’envoi au ‘garage’ d’une soixantaine de magistrats accusés d’être ‘véreux’ et réhabilités par la suite, sans aucune justification, avait apparemment pour objectif de domestiquer le corps de la magistrature. Mohamed Ould Abdel Aziz a ainsi montré au personnel judiciaire par cette mesure l’étendue de son pouvoir par lequel il peut priver n’importe qui de maigres avantages.

- L’Administration, et en particulier le fisc, est ouvertement utilisée dans le cadre d’un vaste programme de règlements de compte contre tout le monde et n’importe qui, sans possibilité de recours.

-Le Chef de l’Etat a jusqu’ici refusé de recevoir, contrairement à l’usage, le Bureau de l’Ordre national des Avocats, du fait – semble-t-il – que le Bâtonnier a dénoncé de nombreuses défaillances de notre système judiciaire et les violations fréquentes des procédures, notamment en matière des droits de la Défense.

- Le fils du Président qui a tiré à bout portant sur une jeune fille à l’aide d’une arme à feu non autorisée (cela ne vous rappelle-t-il pas un certain Oudaï ?), la privant à vie de l’usage de ses jambes, n’a pas passé plus de 48 heures dans une cellule transformée pour l’occasion en une chambre d’hôtel 5 étoiles et n’a été ‘condamné’ qu’au versement de 50.000 ouguiyas et l’on ne sait d’ailleurs toujours pas s’il s’agit d’une amende ou d’une indemnisation.

- Plus grave encore, le militaire qui aurait blessé par balle le chef de l’Etat à l’abdomen aurait été ‘gracié’ après une demi-heure d’interrogatoire, sans que la Justice n’ait pu instruire cette gravissime affaire, ouvrant ainsi la voie aux spéculations touchant à la moralité du Président.
Et la liste est longue…


Enregistrements

Le règne de Mohamed Ould Abdel Aziz a relancé de manière inquiétante l’espionnite, notamment au travers des écoutes téléphoniques et des enregistrements illégaux. L’on se rappelle des enregistrements diffusés en 2008 d’une discussion entre deux membres de la junte et le Président Sidi Ould Cheikh Abdellahi et de celle que la chargée du protocole de l’ex-Première Dame a eue avec un officier du BASEP. L’on se souvient aussi des piratages fréquents des adresses e-mails dont notamment celle d’un membre du gouvernement d’Union nationale et, plus récemment, de celle du Président de l’IRA. Ces pratiques illicites seraient maintenant généralisées à l’ensemble des personnalités politiques, des hauts fonctionnaires et des membres actifs de la société civile ainsi qu’aux proches de l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouammatou.

Mais depuis la diffusion des enregistrements du ‘Ghanagate’, le sort est en train de se retourner contre le sorcier. Mohamed Ould Abdel Aziz a été en effet victime du même procédé dans une affaire digne d’un film policier de série B où il est question de malles de ‘billets’, d’un caïd ghanéen surnommé ‘the King’, d’un citoyen irakien qui aurait fui la guerre dans son pays et qui aurait choisi de se réfugier au Ghana (!), d’un indic malien, d’un ambassadeur mauritanien parent du Président par alliance qui était en poste en Jordanie, pays limitrophe de l’Irak, d’un agent de renseignements mauritanien en poste à Bamako et d’une conseillère ‘spéciale’ à la Présidence.

Dans ces enregistrements, on entend distinctement Mohamed Ould Abdel Aziz intimer à l’irakien l’ordre de sortir de l’une des malles 2 millions de ‘billets’ pour « régler le problème », et son interlocuteur lui demander (peut-être en riant sous cape) « …et j’amène le reste dans l’avion ?».

Cette scabreuse affaire, dont tous les dessous ne sont pas encore entièrement révélés, en dit long sur la moralité de celui qui nous gouverne aujourd’hui.

Ainsi va le règne de Mohamed Ould Abdel Aziz : un règne jalonné par un scandale par semaine (en moyenne) et caractérisé par une tension permanente entretenue et attisée par les règlements de compte, l’injustice et le mépris. Et l’on ne sait quels autres scandales, révélations, dénonciations nous réserve l’avenir.

C’est à se demander si Mohamed Ould Abdel Aziz voulait à tout prix tester la limite de l’ingénuité ou de la résignation du peuple, de ses élites et de ses officiers et soldats.

Source: [Mauriweb]urlblank:Mauriweb.info
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