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La Mauritanie saura-t-elle s’affranchir de son « passif humanitaire » ?


Tribunes
Mercredi 21 Mars 2012 - 17:18

Les violations graves et massives des droits de l’homme, à caractère racial et ethnique, qui ont été commises en Mauritanie sont communément désignées, de manière euphémique, par l’expression de « passif humanitaire », ce qui a néanmoins eu le mérite de libérer la parole dans l’espace public, aboutissant ainsi à une reconnaissance de la responsabilité de l’État. Pour autant celle-ci n’est, à ce jour, pas clairement définie, et cette situation suscite ainsi des doutes quant à la réelle sincérité pour faire la lumière complète sur cette tragédie nationale. La question corollaire qui s’impose alors naturellement est de savoir si, comme pour la lutte contre l’esclavage, il existe un but non avoué de protéger certains au détriment du droit à la justice, en faisant le choix de l’impunité plutôt que celui de s’engager résolument vers la réconciliation nationale.


La Mauritanie saura-t-elle s’affranchir de son « passif humanitaire » ?
Les interventions publiques malheureuses du chef de l’Etat, des 12 et 13 mars derniers à Nouadhibou, à propos du « passif humanitaire », illustrent parfaitement aux yeux de l’opinion publique, les contradictions multiples des démarches quasi-confidentielles, mises en œuvre, et présentées comme visant à résorber ce passé douloureux.
Jusqu'à présent, les personnes suspectées d’avoir eu des responsabilités directes ou indirectes dans ces exactions humanitaires n’avaient été désignées que par des associations de victimes rescapées. Pour la première fois, la plus haute autorité de l’Etat, qui a toujours soigneusement occulté la question de l’identification des responsables de crimes de droits humains, semblait en designer certains. On ne peut prétendre que la question du « passif humanitaire » est définitivement réglée et en même temps en réveiller les démons à des fins uniques de règlements de compte personnels.

Pour ne plus réveiller ces germes de la fitna liés aux violations majeures, à caractère racial et ethnique, des droits de l’homme, que nous avons connues en Mauritanie, il faudrait enfin briser cette épée de Damoclès, menaçant l’unité de notre nation, que constitue le « passif humanitaire ». Ceci de manière sérieuse, sans tabou ni faux fuyant, et globalement, pour s’en affranchir définitivement, en tenant compte des spécificités du contexte politique et social de l’époque au travers d’une large discussion, à organiser à l’échelle de la nation entière, de manière formalisée, avec des outils reconnus et expérimentés, ayant servi de manière remarquablement efficace dans d’autres contrées.

Des spécificités historiques et sociologiques ainsi que du contexte politique et social, de notre pays.

Dès l’initiation du processus, piloté par le colonisateur, de mise en place d’un pouvoir autochtone dans notre pays, des dérives graves sont survenues dans la construction d’une nation indépendante en tant que république moderne. Elles ont compromis la mise en place d’une démocratie, véritablement institutionnalisée et effective, ayant parmi ses préoccupations essentielles la primauté du droit et le respect de la souveraineté du peuple. Ces dérives, liées aux seuls enjeux de pouvoir, ont rudement mis en péril la liberté, l’unité et la citoyenneté du peuple de Mauritanie et sont la cause d’un important retard dans son développement économique et social. Elles ont tout autant favorisé la survivance de la tragédie humaine qu’est le fléau originel de l’esclavage par ascendance et ont constitué le terreau des violations majeures des droits de l’homme, à caractère racial et ethnique, de grande ampleur, qui ne sont plus contestées.

Il faut d’abord noter la prédisposition des différentes composantes du peuple de Mauritanie pour vivre ensemble, en raison d’un brassage culturel important, qui en fait pour une composante, les plus africains noirs des arabes, et pour l’autre, les plus arabes des africains noirs, conférant ainsi à notre pays le statut singulier de trait d’union entre l’Afrique noire et le monde arabe. Ceci est le fruit du lien indivisible sécularisé qu’a constitué, dans cette aire géographique de l’Afrique du nord et de l’ouest, l’histoire de la formidable propagation de l’islam, avec ses échanges vivifiants. De même, il s’agit aussi d’une résultante de la tragédie humaine qu’est l’esclavage, conjonction de la féodalité autochtone et de la traite négrière, amplifiées par le commerce triangulaire transatlantique profitant du commerce transsaharien et des conflits interethniques des populations noires. L’histoire du territoire actuel de la Mauritanie a été caractérisée, entre ses différentes composantes de population, ne tenant pas nécessairement compte des différences ethniques et raciales, par des alternances de rapports politiques de conflits et d’alliance, de vassalité, de suzeraineté et d’annexion mais aussi de coexistence pacifiée et de respect mutuel.

Ces empires, royaumes et émirats, ont été, tour à tour, suivant les vicissitudes de l’histoire, l’empire soninké du Ghana, l’épopée berbère des almoravides Sanhadja, le royaume peul du Tekrour jusqu'à la dynastie théocratique du Fouta Toro, l’empire malinké du Mali, les conquêtes arabes Beni Hassan et la constitution des émirats arabo-berbères ayant entrainé des mutations profondes chez les berbères autochtones dorénavant arabisés, ainsi que le royaume wolof du Walo et même les confins de l’empire songhaï et de l’empire bambara de Ségou. Ces différentes entités étatiques ne se concevaient pas comme un ensemble unifié, ni en des territoires délimités par des frontières, telles que conçues de manière institutionnalisée. Le véritable défi de la Mauritanie actuelle est donc la coexistence sous une nouvelle forme, de plusieurs peuples d’identités différentes, dans un Etat unifié, à l’intérieur de frontières issues directement de la colonisation et auparavant inexistantes.

En effet, les frontières actuelles de la Mauritanie ne prennent forme qu’à partir de 1905 lorsque l’empire colonial français a eu l’ambition de réaliser son unité géographique sous-régionale, entre, notamment, l’Algérie et l’Afrique occidentale française. Les émirats arabo-berbères ayant été soumis à partir de la base arrière que constituait la vallée du fleuve Sénégal déjà colonisée et administrée à partir de Saint-Louis. La république islamique de Mauritanie est de ce fait marquée de deux histoires de colonisation complètement différentes. Ses frontières ont subi des remodelages multiples en fonction des visions évolutives et quelques fois concurrentes, du ministère français des colonies, de l’administration coloniale de Saint-Louis et de celle de Kayes. Les mauritaniens n’ont nullement décidé de leurs frontières qui ne sont que le pure héritage de la colonisation sous la seule contrainte des critères temporels de sa propre logique.

Pour consolider un pouvoir hégémonique, d’abord colonial, puis nationaliste anachronique issu de l’indépendance, en mal de légitimité, les différents régimes autocratiques qui se sont succédé, ont constamment travesti et méprisé la volonté de nos concitoyens dans l’ambition contemporaine, nécessaire, de construction d’une communauté de destin en la république islamique de Mauritanie.

L’autoritarisme a entretenu et renforcé, dans l’imaginaire populaire commun, une représentation communautariste du peuple mauritanien en favorisant une conception archaïque féodale du rapport à l’autre. Cela d’une part en contradiction avec l’histoire de notre peuple, dans laquelle les lignes de démarcation n’ont pas systématiquement été les différences ethniques ou raciales, et d’autre part au détriment d’une conception citoyenne et fraternelle, supra et transcommunautaire, que notre jeune république islamique en construction, en tant que nation moderne, aurait dû privilégier à l’exclusion de tout autre modèle.

Cette représentation communautariste, générant un face à face entre nos différentes communautés, a fait le lit de la cristallisation idéologique d’un monoculturalisme identitaire ayant pour but de prôner l’affirmation d’une identité culturelle, présentée comme dominante, en guise d’identité officielle unique imposée à tous, marginalisant les autres identités nationales, révoquées à un rôle de second rang, avec comme conséquence caricaturale extrême, une bipolarisation actuelle entre blancs et noirs.

En Mauritanie, comme ailleurs, ces régimes autoritaires sont liés à un cercle restreint d’individus gravitant autour de la personne du chef de l’Etat et fonctionnant sur le modèle d’une « mafia militaro-politico-financière ». En effet, ces régimes totalitaires, sans légitimité, sans partage et sans contre pouvoir effectif, sont caractérisés par une bureaucratie centralisée, contrôlant les centres majeurs du pouvoir et intégrant les forces armées et de sécurité ainsi que les services de renseignement, le pouvoir législatif n’étant qu’une chambre d’enregistrement des décisions du chef de l’Etat dont l’accession a cette position dominante s’est exclusivement faite par la force d’un putsch ou par le biais de fourberies et de fraudes électorales.

L’ambition étant de faire main basse sur les richesses convoitées que sont les ressources nationales, la monopolisation outrancière des activités juteuses du monde des affaires et le détournement massif des capitaux destinés aux projets de développement. Tout ceci en mettant en scène la comédie tragique de la démocratie et de l’Etat de droit de façade et en instrumentalisant les médias et la justice. Les décisions politiques fondamentales sont ainsi imposées, avec peu d’ordres écrits, du haut de la hiérarchie du pouvoir vers les exécutants de base du système, non seulement à travers son administration bureaucratique et centralisée mais aussi par les ramifications du parti-état, agissant comme un instrument de contrôle des populations.

Le contrôle absolu et totalitariste de la conscience citoyenne est parachevé par une véritable traque visant à étouffer la moindre résistance ne serait-ce que sous la forme de l’expression d’un point de vue dissident voire juste d’un positionnement passif de non alignement ou d’indifférence par rapport au pouvoir en place. Les individus, les groupes et les communautés, dans une conception communautariste, sont ainsi récompensés ou sanctionnés, sans recours possible, sur la seule base de leur identification comme partisans ou opposants au pouvoir en place. Toutes velléités d’opposition civile ou militaire ayant assez d’influence pour pouvoir remettre en cause l’ordre établi, jusqu’au sein même du pouvoir, sont combattues avec férocité, en faisant recours à la violence et au règne de la terreur ainsi qu'à l’instrumentalisation du délire paranoïaque de la théorie permanente du complot qui permet de tout justifier. L’omerta s’installe et devient la règle permettant ainsi « qu’on tue en silence » alors que les exactions s’amplifient jusqu'à s’apparenter aux génocides et crimes contre l’humanité.

Ces mises en scène tragiques des différentes stratégies d’accaparement du pouvoir absolu, se font aux dépens d’une majorité de mauritaniens ainsi opprimés et entrainant, sous certains aspects, des fractures abyssales, du corps social fragile de notre nation en construction. Il s’agit de forfaitures d’un nombre limité, hétéroclite et savamment équilibré, d’inconditionnels au dictateur en place, qui ne sont motivés que par les seuls enjeux de pouvoir et qui peuvent être désignés par le concept de « minorité hégémonique ». Se fondant, en apparence, sur la promotion d’un certain nationalisme anachronique, qui n’est en réalité qu’un pur alibi, leurs motivations primaires pour le pouvoir s’expliquent, tout simplement, par ce qu’il exerce sur certains individus en mal de « paraitre » et de « réussite ».

Ces individus sont cooptés par le noyau du système et permettent les ajustements nécessaires, selon le système de récompenses et de punitions, en fonction des besoins circonstanciels du moment. Il ne s’agit pas du forfait d’un seul homme, d’un seul clan, d’une seule tribu, d’une seule ethnie, d’une seule race, des seuls militaires, des seuls politiciens ou des seuls affairistes. A contrario, cela n’engage pas non plus la responsabilité active ou complice de tout un clan, de toute une ethnie, de toute une race, de tous les militaires, de tous les acteurs politiques ou de tous les hommes d’affaires. Il ne faut surtout pas, dans un esprit de face à face communautariste, voire de revanche, ou, dans la précipitation passionnelle, reproduire les mêmes erreurs qui pourraient conduire aux mêmes conséquences.

De la nécessité d’un véritable consensus national pour un traitement global et définitif des violations majeures à grande échelle et à caractère racial et ethnique des droits de l’homme en Mauritanie.

De ce concept sans équivoque de « minorité hégémonique » réside l’importance de refuser la stigmatisation collective d’une communauté ou d’une catégorie socioprofessionnelle et la nécessité de définir les responsabilités individuellement. Mais surtout il faut exorciser les démons de la discorde et mettre en place les pré-requis à un éventuel pardon, spontané ou consenti, des victimes des exactions, étapes incontournables vers une réconciliation qui ne peut être, ni achetée, ni décrétée. Il faut donc refuser les solutions étriquées, qui ne sont en vérité que des « petits arrangements entre amis », de la minorité hégémonique, au détriment de la majorité opprimée.

Ce ne sont que des manœuvres dilatoires qui continuent de biaiser la réalité, dans le seul but, avec l’illusion de croire qu’on pourrait en faire l’économie, de passer outre les compromis historiques, pourtant nécessaires. C’est à l’échelle de la nation entière, que les compromis historiques entre le traitement du passé auquel nous devons faire face, pour s’en affranchir en raison de son caractère douloureux, et la construction impérieuse du présent, base structurante d’un avenir commun durable, doivent être décidés.

L’ensemble de la société mauritanienne aspire en réalité à une dynamique qui nous sorte de l’inertie actuelle des conflits politiques ayant entrainé les violations exceptionnelles et massives des droits de l’homme, divisant profondément nos populations, devenues des victimes banalisées de souffrances maintenant quotidiennes et liées à la discorde, la ségrégation, l’injustice et l’inégalité sociale et raciale. Il faut enfin construire l’État de droit et permettre la sécularisation de la pratique effective des droits de l’homme, dans le cadre d’un espace commun de liberté et de citoyenneté, pacifié, républicain et démocratique, où nous coexisterons en nous consacrant à notre développement économique et social mais aussi culturel quels que soient notre classe sociale, notre couleur de peau, notre race, notre ethnie, notre tribu ou notre clan.

Il faut enrayer dans notre pays les cycles infernaux de la fuite en avant politique aveugle de la minorité hégémonique et mettre en œuvre une réconciliation du peuple de Mauritanie, une restauration des valeurs, une reconstruction de la société et une refondation de l’État. Pour atteindre ces nobles objectifs, il est impératif de s’engager dans une concertation mobilisant la nation entière et instaurer une véritable période de transition, consensuelle, consacrée au passage de la contestation du système des régimes autoritaires, vers l’établissement d’un régime véritablement démocratique, politiquement stabilisé, garantissant la liberté pour tous, le respect des droits humains, l’équidistance de l’État par rapport à chaque citoyen et par rapport à toutes les communautés, la moralisation de la vie publique et le renouvellement pacifique de la classe dirigeante.

Ceci ne peut qu’être l’affaire de tous et non de la seule minorité hégémonique qui tente, trop souvent, d’imposer et de justifier ses actes sous le couvert du masque de l’État. Pour se faire, il faut mettre en œuvre une stratégie commune, supra-communautaire, au delà des logiques extrémistes, idéologiques, politiques, partisanes, des uns et des autres, concertée et inclusive, en identifiant tous les thèmes qui devront être discutés, sans tabous, et en mobilisant toutes les parties représentatives, impliquant en particulier, fortement, les acteurs locaux (associations de victimes et praticiens des droits de l’homme…) pour créer une jonction synergique historique exceptionnelle entre les forces patriotiques, politiques et citoyennes afin de développer une réflexion commune, et construire ensemble un consensus national sur le devenir de la Mauritanie.

Ceci passe par le choix d’un cadre approprié et formalisé pour mener à bien cette concertation nationale mais aussi par l’adoption d’une méthode clairement définie pour gérer et prévenir les difficultés éventuelles à trouver le consensus sur certaines questions où les enjeux en discussion pourraient générer des tensions ou des blocages.
Une des questions prioritaires à résoudre devra être celle du traitement des violations graves, massives et à caractère racial et ethnique des droits de l’homme, il faut d’abord, sans aucunement en promouvoir une prise en charge isolée ou préférentielle, dénoncer la loi d’amnistie générale « auto votée » par la minorité hégémonique, dans le simulacre de démocratie qui habille ses actes, mais aussi la tentative étriquée, dans une précipitation opaque et avec un certain cynisme, de dédommager les victimes rescapées et ayants droits des victimes assassinées, que sont les veuves et les orphelins, contre leur silence et l’abandon de toutes poursuites. L’amnistie décrétée sans établissement de la vérité est une supercherie de plus dans la construction bancale de l’unité de la nation et l’argent dépensé pour acheter les consciences et les contraindre à abandonner le droit fondamental à la justice est une humiliation supplémentaire au peuple de Mauritanie.

Il ne s’agit plus simplement d’une affaire opposant les seuls, auteurs présumés et victimes, des violations de droit de l’homme mais de pré-requis incontournables pour la réconciliation du corps social de la nation mauritanienne en construction. Il existe en effet un ensemble de mesures à prendre, pour tenter de répondre à la demande de justice après ces situations de conflits et de violations massives des droits de l’Homme que nous avons connus et qui définissent le concept récent de justice transitionnelle. Il s’agit justement d’une justice de l’exceptionnel, intégrant une dimension sociétale de réconciliation et d’humanité, pour nous cheminer vers la paix, la démocratie et l’Etat de droit, et qui se veut être une alternative plus crédible que la justice institutionnelle ordinaire étatique, elle-même dénaturée et qui a besoin d’être restaurée. Cette justice particulière dans la manière de dire le droit, d’établir la vérité et de rendre justice, axée sur la manière de résorber les violations graves et massives des droits humains, a été éprouvée avec un certain succès dans plusieurs pays.

En Mauritanie, nous devons donc, nous engager dans la recherche de la vérité, en nous fondant sur le contexte politique, social et économique spécifique dans lequel les violations des droits de l’homme incriminées ont été commises, pour appréhender la réalité de celles-ci, ainsi que leur nature et leur dimension mais aussi identifier les auteurs et les victimes. Il faut donner l’opportunité aux victimes rescapées et aux ayants droits des victimes assassinées ainsi qu’aux auteurs présumés de se faire entendre et de s’exprimer mais aussi obtenir les réponses aux questions multiples que se posent les mauritaniens dans leur majorité. Il faut rendre compte de l’Histoire et permettre ainsi de tourner la page sur ce passé douloureux qui divise, en s’en affranchissant, mais aussi remplir le devoir de mémoire pour informer les générations futures et éviter que ne se répètent les erreurs dramatiques du passé.

De plus, il faut aussi, pour prévenir les éventualités de récurrence qui pourraient être liées à l’impunité et remplir une fonction restauratrice nécessaire à la réconciliation, garantir l’effectivité du droit à la justice et dire le droit, équitablement en toute impartialité et en toute indépendance. Il s’agit plus de déterminer les responsabilités juridiques individuelles et institutionnelles que de sanctionner purement et simplement les auteurs présumés. Ceci dans le noble but, salvateur, de rendre, considération, honneur et dignité aux victimes, en les réhabilitant comme partie intégrante et à part entière du peuple, de la société et de la nation mauritanienne en construction. Les institutions de l’État, qui n’auraient pas joué leur rôle de protecteur au service du citoyen, doivent être réformées et assainies par l’exclusion des responsables reconnus, de toutes positions de pouvoir. Cette détermination des responsabilités juridiques va en outre permettre d’évaluer, le niveau approprié de véritables réparations par rapport aux souffrances et préjudices moraux et matériels subis par les victimes rescapées et les ayants droits des victimes assassinées.

Dans le cadre d’une justice transitionnelle, à l’instar des expériences accumulées dans d’autres pays ayant eu besoin d’affronter les pages les plus douloureuses d’une cohabitation conflictuelle, nous devons mettre en place cet outil efficient qu’est une commission vérité, justice et réconciliation, dans l’intérêt bien compris et dignement assumé de cicatriser les plaies béantes laissées ouvertes par la succession des régimes dictatoriaux.

Nous ne devons plus tenter d’enfouir notre passé de discorde, comme si cela suffisait pour l’effacer, sous le prétexte fallacieux de nous éviter la « fitna ». Bien au contraire, la « fitna » réside dans le fait de se voiler la face en se refusant d’analyser les erreurs d’un passé qui est, ô combien instructif, pour construire la nation post-identitaire définie comme ayant sublimé ses différences identitaires pour affirmer le caractère inaliénable de son identité plurielle sans omission et sans hiérarchisation.

Par SOUMARÉ Outouma
Neurochirurgien des hôpitaux

Membre du collège de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) lors de la transition démocratique (2005-2007).
Membre de la délégation du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) pour les négociations ayant abouti aux accords de Dakar en juin 2009.
Président de l’Avant-garde des Forces de Changement Démocratique (AFCD).
Président du comité d’organisation des Journées Commémoratives aux Martyrs d’Inal des 27 et 28 novembre 2011.
Vice-président de l’Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste.
Mamoudou Kane


              

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