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La Mauritanie à Paris


Vu de Mauritanie par MFO
Dimanche 28 Octobre 2012 - 14:22


Vol de nuit

La Mauritanie à Paris
Cela fait longtemps que je n’ai pas pris Air France. Depuis en fait ce temps où la xénophobie, devenant l’un des aspects de la pensée dominante en France, a commencé à dicter certains comportements aux employés de cette compagnie. Cela a aussi coïncidé avec la hausse des prix des billets sur cette compagnie qui est aujourd’hui la seule à joindre directement Nouakchott à Paris.
 
Je prends donc l’avion d’Air France pour me rendre à Paris où la Mauritanie a décidé de se déplacer suivant en cela son Président parti s’y soigner. Là-bas, pendant quelques jours, la Mauritanie sera célébrée par le ministère du commerce, de l’artisanat et du tourisme (j’ai oublié quelque chose ?). Une troisième édition d’un évènement devenu «traditionnel», même si…
Dans l’avion j’utilise ma tablette pour visionner un enregistrement qu’on m’avait fait de Tergit, le premier film entièrement «mauritanien». Il a fait partie d’une saga produite par feu Hammam Fall, un précurseur à qui l’on doit, en plus de Tergit, «Nomades modernes» et «Maimouna». Des films qui ont accompagné les heures de gloire nationale marquée par la nationalisation des ressources, de la monnaie, de la culture et donc du cinéma.
 
J’adore regarder ce genre de films qui provoquent chez moi une plongée dans un Nouakchott et une Mauritanie insoupçonnable aujourd’hui. Ces filles qui dansent et chantent en toute liberté, sans provoquer d’émois. Hadrami Ould Meidah et tous les autres éléments de l’orchestre national, véritables créateurs, artistes incontestables, jouant un mélange de tradition et de modernité dont la somme fait un blues original (et originel, nous rappelant d’où vient cette musique…). Les orchestres d’Atar et de Kaédi débordant de bonheur et de gaieté. Et ces deux «vieux» dont le film tente de raconter les pérégrinations à travers une Mauritanie multiple et riche…
 
L’hôtesse qui me proposait «du thé ou du café» me tira de ma plongée dans ce temps qui me semblait être «le temps de la Mauritanie». Je décidai alors de partager ce moment… avec ceux qui n’ont pas oublié, avec ceux qui n’ont pas connu…


La Mauritanie à Paris

On se prépare à la Bourse de Paris à déployer l’artisanat, les images et les atouts de la Mauritanie. Mais le sujet reste celui de la santé du Président de la République. Les rumeurs qui circulent à Nouakchott ont reprises ici. Sans esprit critique.
 
On parle des gens qui ont fait le déplacement. Des parents, des amis, des hommes d’affaires… des raisons des uns et des autres. On exprime la compassion. Dans la communauté mauritanienne de Paris, on exprime surtout de l’incompréhension. Contrairement à ce qui a été annoncé par les médias nationaux (publics suivis par les privés), il n’y a pas eu de rencontre entre le Président et une délégation représentant les Mauritaniens de France. «Elle était prévue mais a été reportée au dernier moment», nous explique-t-on. Cela ajoute à la confusion.
Je décide quant à moi de me rendre à l’hôpital Percy dans l’après-midi. Avec mes confrères de TVM, nous marchons longtemps. Nous nous perdons malgré toutes nos précautions et nous n’arrivons sur les lieux que quelques instants après la sortie du Président. Beaucoup de Mauritaniens ont fait le déplacement ce jour. Nous finissons tous par peupler les bus et les trains du quartier pour revenir de là où nous sommes arrivés.
 
On croit que la résidence est sa destination. Mais non ! visiblement, il a choisi d’aller loin de Paris pour avoir le repos absolu. Du coup, nous respectons ce droit à la discrétion et ne cherchons pas à savoir où il est exactement. Même si nous sommes submergés par les rumeurs de Nouakchott.
 
Ce mercredi, la journée parisienne se termine sur une note d’espoir, celui de voir le Président Ould Abdel Aziz revenir au plus tôt en Mauritanie et engager de nouveaux processus à même de permettre l’ouverture de nouveaux horizons pour le pays.


La Mauritanie célébrée

Cela commence par des présentations : du ministère du développement et des affaires économiques dont le représentant a essayé de cadrer le cadre et le climat des affaires ; du ministère des mines et du pétrole qui a présenté les deux secteurs porteurs de l’économie nationale ; du ministère du commerce et du tourisme dont l’intervention a présenté la stratégie en matière de commerce et de tourisme justement ; et enfin, du Conseiller du Président chargé du dossier «Nouadhibou, zone franche». Le tout suivi d’une série de questions auxquelles des réponses ont été apportées.
 
Avant de passer aux deux ministres présents, celui du commerce et celui du pétrole. Bamba Ould Daramane (commerce) qui se trouve être le principal maître-d’œuvre de la manifestation devait profiter d’une question posée par l’un de nos compatriotes, Melainine Néma Chérif, sur la sécurité, pour présenter la stratégie déployée par le pays en vue de sécuriser son territoire. Expliquant qu’il s’agit là d’un attribut de souveraineté et d’une nécessite pour la stabilité et la cohésion de cette jeune Nation. S’il était possible pour les groupes armés de circuler librement en Mauritanie, d’enlever ou d’assassiner des gens, ce n’est plus le cas. Reconnaissant qu’il n’y a pas au monde un lieu où la sécurité est assurée à 100%, il a insisté sur le fait que la Mauritanie a réussi quand même à reprendre en main son territoire et à y assurer l’ordre. En dehors des zones habitées et des points de passages obligatoires, des zones militaires ont été définies par les autorités, ce qui a permis de limiter les déplacements des groupes dans notre territoire. «Ce n’est pas parce que nous voulons attirer les investissements que nous avons entrepris de tels efforts, c’est d’abord pour assurer la sécurité et la sérénité de nos populations et protéger notre intégrité territoriale», a-t-il martelé.
 
Prenant la parole, le ministre du pétrole, Taleb Ould Abdi Val, a expliqué la politique d’ouverture de son département invitant les partenaires à venir. Proposant toutes les facilités légales pour permettre justement de réaliser le développement du pays qui se voit désormais en «pays minier».
Pour sa part, le président de la Chambre de commerce de Mauritanie, Mohamedou Ould Mohamed Mahmoud a pris la parole pour expliquer que «nous voulons une coopération gagnant-gagnant, pas plus».
 
L’originalité de la journée a été sans doute la présentation du projet «Nouadhibou, zone franche» qui semble avoir intéressé les nombreux présents. Ils étaient plus d’une cinquantaine d’opérateurs à avoir fait le déplacement ce jour-là. Après cette séance, la délégation officielle conduite par Bamba Ould Daramane a visité les stands où étaient exposés les produits mauritaniens.

Le Président ne viendra pas

L’exposition des produits mauritaniens continue dans le hall de la Bourse de Paris. Elle n’attire pas beaucoup de monde. Pour nous, c’est un problème de communication. Pour ceux qui l’hébergent, c’est la fête de la Toussaint et ses vacances, la paresse des Parisiens…
Tous les officiels venus de Nouakchott sont là. A eux s’est ajouté, le vice-président du Sénat, Mohamed el Hacen Ould Haj de passage à Paris. Suffisant pour délier les langues : «le Président Ould Abdel Aziz va visiter l’exposition…» On rabat les troupes. Même à Paris, l’effet du téléphone arabe est extraordinaire. Mais c’est surtout de Nouakchott que les appels sont les plus pressants.
Je reste sur les lieux, le temps de me faire servir un plat de couscous cuisinée par une famille de compatriotes vivant en France et profitant de l’expo pour proposer ses services.
J’apprends que le ministre du commerce a signé un accord avec la Chambre de commerce de Paris à Caen. J’apprends aussi la manifestation d’intérêt de quelques gros investisseurs, y compris dans le domaine des pêches.
 
Tout le monde est finalement content de la manifestation. Le ministre promet l’élaboration d’un document critique pour éviter les erreurs actuelles au futur. Et là je pense à une particularité bien de chez nous : nous donnons toujours l’impression d’avoir à faire les choses pour la première fois. On ne capitalise pas les expériences du passé et on se lance toujours comme si c’était la première fois. En tout.
 
Pas besoin de chercher loin, toute entreprise que nous lançons, nous voulons bien faire croire qu’elle est la première du genre, même si on va dire que nous sommes à tel nombre d’éditions. C’est le goût de l’improvisation et la tendance à l’inorganisation. C’est maladif, mais regardez autour de vous.
 
Même en politique, c’est ce que nous essayons de faire, toujours à vouloir reprendre des élections, les organiser, les contester pour les voir réorganiser, les organiser de nouveau… un cycle qui n’en finit pas de nous désespérer de la démocratie et de nous-mêmes. La même chose pour les projets de développement, pour les manifestations anodines…
 
J’ai toujours pensé qu’il s’agit là de l’une des nombreuses conséquences de notre rapport au temps. Ce rapport qui nous refuse d’avoir une vision progressiste et historique du temps. Nous refusons de regarder derrière nous pour faire la somme de ce que nous avons fait et nous projeter vers un avenir quelconque. Non, on tourne en rond. Toujours obligés de reprendre là où l’on a commencé la première fois.
 
La révolution à notre niveau, c’est d’abord celle de la reconquête du temps, de la correction de sa perception chez nous. Elle n’est pas pour demain.

Mohamed Vall Oumere
oumeir.blogspot.com


              

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