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"La France n'accueille pas assez de migrants" : le cri d'alarme de Bernard Kouchner


International
Samedi 5 Septembre 2015 - 06:00

L'ancien ministre des Affaires étrangères propose la création de centres d'accueil sous statut européen pour "accueillir décemment, honnêtement, charitablement et solidairement ces gens qui viennent vers nous". Entretien.


Alors que le monde entier a été choqué par la terrible photo d'Aylan Kurdi, un enfant syrien retrouvé mort sur une plage de Turquie, mercredi 2 septembre, Bernard Kouchner plaide pour un sursaut européen. Selon l'ancien ministre des Affaires étrangères, la réponse à la crise des migrants doit venir de l'Europe, avec notamment la création de centres d'accueil permettant de prendre en charge décemment ces populations.
 
Francetv info : Comment avez-vous réagi en découvrant la photo du petit Aylan Kurdi et l'impact qu'elle a eu ?
 
Bernard Kouchner : Que la photo fasse réagir, c'est très bien. Elle joue le rôle d'électrochoc dans l'opinion publique, car c'est un enfant de 3 ans. Mais cela fait trois ans que des réfugiés se noient, ce n'est pas une découverte !
 
François Hollande a annoncé jeudi 3 septembre avoir "proposé" à l'Union européenne, avec la chancelière allemande Angela Merkel, "un mécanisme permanent et obligatoire" d'accueil des réfugiés. C'est une bonne chose ?
 
Oui, mais il a fallu près de trois ans pour qu'enfin, on demande aux responsables européens que soient respectés des quotas obligatoires. C'est ce que proposait déjà la Commission européenne. Nous perdons du temps à chaque fois. Il faut également préciser que si la proposition est franco-allemande, c'est une nouvelle fois nos voisins qui ont montré le chemin.
 
Jusqu'à présent, est-ce que la France a fait tout ce qui était en son pouvoir ?
 
Non, pas du tout. Nous n'accueillons pas assez de migrants. La France ne respecte pas sa tradition d'accueil. Mais il faut comprendre que c'est un problème mondial, avec une opposition entre le monde pauvre et le monde riche, et que cette fois, c'est l'Europe qui est en première ligne.
 
D'autre part, ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que pour le moment, les réfugiés politiques sont très nombreux. Et ceux-là ont le droit à notre accueil, parce qu'ils ne peuvent pas revenir chez eux, en Syrie notamment. Nous avons signé la convention de Genève, et nous avons l'obligation de les protéger. Pour les migrants économiques, c'est autre chose. On ne dit pas qu'on va tous les accueillir.
 
D'accord, mais comment faire ce tri ?
 
Pour cela, il faut des centres d'accueil sous statut européen, pas des camps de rétention. Si c'est une île comme Lampedusa, c'est mieux, mais on peut le faire sur n'importe quel lieu du territoire européen. Après, avec la coordination des bateaux de secours, qui, je l'espère, seront plus nombreux, on pourra transférer ces réfugiés vers ces centres où ils seront traités humainement. C'est là que se fera la sélection. Mais cette responsabilité ne doit plus reposer uniquement sur les épaules des Grecs ou des Italiens. Il faut que ce soit un accueil européen.
 
Que faire de ces populations ensuite ?
 
Nous verrons, mais nous n'allons pas laisser ces gens mourir en mer. Il faudra déterminer s'il faut appliquer des quotas à chaque pays membre, en fonction de sa démographie et de sa situation économique.
 
Mais pour moi, ce qui est évident, c'est que si l'Europe ne montre pas de générosité à l'égard de ces migrants, elle n'a alors pas d'intérêt, et se condamne elle-même. On a créé l'Europe pour ne plus faire la guerre et pour instaurer des coopérations internationales... Eh bien c'est le moment de le faire.
 
Dans le même temps, selon un sondage, 56% des Français se disent opposés à l'accueil des migrants…
 
Tant pis pour eux ! Il faut les accueillir quand même. On ne va pas refuser de prendre des blessés, on va essayer de les sauver. C'est notre travail. Et puis si 56% refusent, il en reste tout de même 44% qui le veulent bien.
 
En 1979, la France a accueilli plus de 120 000 réfugiés vietnamiens et cambodgiens. Cela semble aujourd'hui difficilement envisageable…

Bien sûr, nous l'avons fait à l'époque, mais c'était à 12 000 kilomètres de chez nous ! Cette fois-ci, tout se joue dans la mer de nos vacances. C'est totalement différent.
 
Le problème, c'est qu'aujourd'hui, il y a un recul de l'indignation dans notre pays. Il s'explique en partie par la crise économique qui frappe la France et par un taux de chômage bien plus important qu'à l'époque.
 
 Il n'y a pas de manifestations pour appeler à la paix en Syrie, ou pour accueillir décemment, honnêtement, charitablement et solidairement ces gens qui viennent vers nous. C'est nous qui avons changé et ce sont les politiques menées qui sont décriées. Il n'y a plus l'idéal humanitaire que l'Europe représentait.

francetv.info
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