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La Crimée en état de siège


International
Samedi 1 Mars 2014 - 10:48

Depuis ce vendredi 28 février en Crimée, des hommes armés contrôlent les points stratégiques des grandes villes, le réseau de télécommunication est en partie hors service et l’espace aérien est fermé. Le gouvernement ukrainien affirme que 2 000 militaires russes y ont été déployés.


Des hommes armés patrouillent près du Parlement région de Simferopol, en Crimée, samedi 1er mars. REUTERS/David Mdzinarishvili
Des hommes armés patrouillent près du Parlement région de Simferopol, en Crimée, samedi 1er mars. REUTERS/David Mdzinarishvili

Des dizaines de soldats russes patrouillent ce samedi matin à Simferopol, affirment des témoins contactés par notre correspondant Sébastien Gobert. La capitale de la Crimée serait désormais sous contrôle total de la Russie. Ces mêmes témoins rapportent aussi qu’une partie des installations de télécommunication aurait été investie par des soldats pendant la nuit. L’information reste à confirmer.

Quoi qu’il en soit, il semble que la Crimée soit virtuellement passée aux mains de la Fédération de Russie. On ne sait toujours pas combien de troupes ont été acheminées en Crimée. Ce vendredi soir, le chef de l’État par intérim, Olexandre Tourtchinov a fait une déclaration télévisée après que son représentant en Crimée a rapporté que 13 Ilouchine 76 transportant chacun 150 soldats russes auraient atterri à Simferopol, alors que l’aéroport est toujours bloqué par des hommes armés « non identifiés » depuis deux jours maintenant. Un peu plus tôt des hélicoptères ont été signalés dans l’espace aérien de la Crimée, qui est fermé depuis minuit. Des blindés ont également été vus sur la route entre Simferopol et Sébastopol.

  • Kiev dénonce une « agression russe »

Le ministère ukrainien de la Défense dit être en possession d'informations selon lesquelles des « forces radicales » non identifiées ont l'intention de désarmer les troupes gouvernementales présentes en Crimée ce samedi matin. La situation dans cette région autonome pro-russe sera bien sûr le principal point à l’ordre du jour du premier Conseil des ministres dirigé par Arseni Iatseniuk ce samedi matin à Kiev.

Le président par intérim Olexandre Tourtchninov dénonce « une agression russe »  et demande à Moscou de retirer ses troupes du territoire ukrainien, où elles n’ont pas à être. Conformément à l’accord en vigueur entre Kiev et Moscou, la flotte russe de la mer Noire doit être cantonnée dans le port de Sébastopol. Les nouvelles autorités ukrainiennes soupçonnent la Russie de chercher à prendre le contrôle des moyens de communication.

Face à une situation de plus en plus tendue, la diplomatie européenne repasse à l’action. Le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague est attendu ce dimanche 2 mars à Kiev, selon l’agence de presse Interfax Ukraine qui cite l’ambassadeur britannique à l’ONU. Lundi, c’est la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton qui est attendue dans la capitale ukrainienne. Elle a prévu d’y rester jusqu’à mardi.

  • Sanctions européennes

Le 20 février dernier, le Conseil des ministres de l’Union européenne avait annoncé l’imminence de l’imposition de sanctions aux principaux dirigeants ukrainiens déchus, sous forme d’interdiction de séjour et de gel de leurs avoirs dans l’UE. Huit jours après, rien n’a bougé. Les fonctionnaires de la Commission européenne disent qu’ils y travaillent, mais l’impression générale laisse à penser que les sanctions ne sont plus vraiment prioritaires.

Un pays de l’UE a cependant pris les devants. Ce vendredi, l’Autriche a gelé les avoirs  de 18 responsables du régime précédent, en attendant, dit-on à Vienne, que l’UE mette en œuvre ce qu’elle a décidé. Également ravis de montrer le bon exemple aux pays de l’UE, qui les traitent régulièrement de paradis fiscaux, le Liechtenstein et la Suisse n’ont pas tardé à geler les avoirs personnels de l’ancien président Ianoukovitch, de son dernier Premier ministre, de onze de ses ministres, de son directeur de cabinet, du gouverneur de la province de Kharkov et du maire de cette ville. Enfin, le Premier procureur de Genève, Yves Bertossa, a lancé des perquisitions dans les locaux genevois de sociétés d’import-export appartenant au fils de Ianoukovitch.

  • L’étrange jeu de la Russie

Moscou continue de nier toute intervention militaire. Pour justifier leur présence en Crimée, les Russes s’appuient effectivement sur ces accords qu’ils ont avec l’Ukraine concernant leur flotte dans la mer Noire à Sébastopol. Que veut réellement faire la Russie en Ukraine ? Le relatif silence de Vladimir Poutine dans ce dossier ne permet pas de formuler clairement, si ce n’est que la Russie n’est disposée à souffrir aucune intimidation dans une région à laquelle elle est très liée.

Même Viktor Ianoukovitch s’en est plaint hier. Lors d’une conférence de presse  à Rostov-sur-le-Don, près de la frontière ukrainienne, le président déchu s’est en effet dit étonné du silence du président russe tout en déclarant que la Russie doit et est obligée d’agir. « Et, a-t-il ajouté,connaissant le caractère de Vladimir Poutine, je me demande pourquoi il est si réservé et pourquoi il garde le silence ». Le président russe s’est en effet peu exprimé jusqu’à présent. Et lorsqu’il l’a fait, c’était simplement pour dire la nécessité de préserver l’intégrité du territoire ukrainien.

Normalement, le fait d’accueillir Ianoukovitch sur le territoire russe et de lui accorder sa protection est un signe suffisamment fort pour comprendre la position de Moscou. Le geste a d’ailleurs beaucoup surpris la population russe, a pu constater notre correspondanteCaroline Larson. Dans un pays où Viktor Ianoukovitch est globalement perçu comme un boulet par l’opinion, même les sympathisants de Vladimir Poutine le comprennent mal.

  • Timide mise en garde des Etats-Unis

Ce vendredi soir, le président américain a prévenu Moscou  qu’une intervention militaire russe en Ukraine aurait un coût. Barack Obama a été volontairement vague, car ses options restent limitées. Une réponse militaire est impensable et est même exclue parmi les élus les plus faucons du Congrès, rapporte notre correspondant à Washington Jean-Louis Pourtet. Si des mesures doivent être prises pour punir les Russes s’ils envahissent l’Ukraine, elles sont d’ordre diplomatique et économique.

En fin de journée hier, un haut responsable de la Maison Blanche a affirmé que le président américain pourrait ne pas assister au sommet du G8 de Sotchi en juin, et s’il n’y participe pas, il est assez peu probable que les autres membres du groupe s’y rendent, ce qui serait humiliant pour Vladimir Poutine. Une autre suggestion serait d’écarter carrément la Russie du club des nations les plus industrialisées pour revenir au G7.

Sur le plan économique, les négociations en cours sur un accord destiné à renforcer les relations commerciales entre les Etats-Unis et la Russie pourraient être interrompues. Or, il s’agit d’un accord auquel Moscou tient énormément. Mais si la Russie a effectivement l’intention d’envahir l’Ukraine, ces sanctions restent relativement légères. Pour le moment, la position de Washington est donc celle du Wait and see. Attendre et voir.

Au Congrès en tout cas, démocrates et républicains soutiennent massivement le gouvernement intérimaire d’Olexandre Tourtchinov. La sous-commission des Affaires européennes de la Chambre est en train de préparer un plan d’assistance économique pour l’Ukraine. Mais les républicains en profitent pour donner un petit coup de griffe à Obama qu’ils accusent de ne pas savoir se faire respecter par Poutine. Le sénateur John McCain lui reproche d’avoir fait preuve de naïveté à l’égard de son homologue russe. Selon lui, la reculade d’Obama en Syrie a encouragé Poutine à ne pas craindre les mises en garde du président américain qui a trop laissé franchir les lignes rouges qu’il avait fixées à Bachar el-Assad.

Source : RFI

Mamoudou Kane


              

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