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LES MILITAIRES « SONT TOMBES SUR NOS TETES »


Tribunes
Mardi 13 Mai 2014 - 00:43

L’élection présidentielle est un rendez-vous national majeur. Une importance qui s’explique par notre système politique, un des plus présidentiels en démocratie. En Mauritanie, en effet, c’est le Président qui détient le pouvoir exécutif sans partage. Le Premier ministre n’est qu’un Primus inter pares, premier parmi les ministres, donc sans pouvoirs propres.


LES MILITAIRES « SONT TOMBES SUR NOS TETES »
Ce trop-plein de prérogatives est contrebalancé sous d’autres cieux où les enseignements de Montesquieu sont lus, compris et respectés, par le poids des deux autres pouvoirs, le législatif et le judiciaire.

 Hélas, le principe des Checks and Balances n’a  aucun sens ici. Le Président de la république exerce, de fait, un pouvoir absolu, y compris sur le Parlement et sur la magistrature. La dictature est toujours là. Elle  manœuvre, s’adapte et repart de plus belle.

Quand le général Aziz et les autres mutins avaient décidé de faire main basse sur la République, ils avaient choisi comme principal angle d’attaque contre le régime incarné par Sidi O. Cheikh Abdallahi, le transvasement de l’ancien système dans le nouveau. C’était bien vu ! Le funeste entrebâillement en question était aux yeux des demandeurs de changement une « métempsychose » révoltante et de mauvais augure ; en contradiction avec les aspirations légitimes du citoyen à une nouvelle ère de démocratie, de justice sociale et de prospérité. Il s’agissait surtout  d’un rendez-vous raté avec le renouveau.  Que les Ministres de Taya soient nommés Ambassadeurs, ou que ses Walis deviennent Ministres et que ses Hakems soient promus Walis, que la cinquième colonne prenne la place de la première ou de la deuxième, cela ne change en rien au passif légué à l’Etat par vingt-et-un an de mauvaise gouvernance et de comportement public antiétatique.

Etaient-ce cependant de bonnes raisons pour une énième révolution de palais ?
Une bonne partie de l’opinion nationale avait répondu oui et accordé un préjugé favorable au putsch de 2008 tout en espérant que les bouchons qui obstruent les voies du changement recherché soient dégagés. Honnêtement, c’était trop demander aux militaires. Les espoirs de ceux qui crurent au changement en août 2008 étaient d’une absurdité aussi vaine que l’attente de la venue de « Godot », le personnage toujours absent, jamais présent de la célèbre pièce de théâtre de Samuel Beckett.

Tout le peuple avait plutôt assisté, désabusé, au retour progressif et volontaire du même mode de gouvernement, des mêmes pratiques, des mêmes personnes et, en plus, des mêmes élections, des mêmes initiatives de soutien, des mêmes mises en scène et des mêmes rumeurs véhiculées à dessein. En somme, un  REVOLVING SYSTEM accomplissant une rotation à 180 degrés. C’est à en perdre complètement la tête ! On serait tentés de dire que « Les Dieux sont tombés sur leurs têtes ». En Anglais c’est davantage plus parlant : « The Gods Must Be Crazy ».

Dommage ! A chaque fois qu’une junte vient à la rescousse de la nation en détresse, elle s’installe et devient un sinistre elle-même, dont le peuple prie d’être délivré en diligence !

 Le 10 juillet 1978, le Comité militaire de redressement national avait pris le pouvoir pour atteindre trois objectifs majeurs tous recevables : mettre un terme à la guerre fratricide avec le Polisario, réanimer l’économie nationale asphyxiée et démocratiser le système de gouvernement. Trente cinq ans après le premier coup d’Etat, le bilan est maigre – c’est le moins qu’on puisse dire - et «les rectificateurs » sont toujours là. Le problème c’est eux ! C’est une lapalissade.
Aujourd’hui, avec le général Aziz le tableau n’est guere reluisant. Il est même tellement sombre que d’aucuns en sont à regretter ceux qui l’ont précédé ! Il nous a fatalement installés dans la crise et rendu notre salut difficile et, à tous points de vue, périlleux.

Alors, quelle solution pour ce peuple musulman, arabe et africain qui ne demande que d’être traité avec les égards dûs aux peuples émancipés comme lui ?

Dors et déjà, on peut dire sans risque de se tromper que l’élection présidentielle prochaine ne peut en aucun cas constituer une sortie de crise. Elle sera au mieux une comédie mal écrite et mal jouée, mettant en scène une femme et quatre hommes qui ont accepté, d’office, de jouer les figurants dans une pièce sous forme d’un duel où les rôles sont distribués par l’acteur principal dont il est convenu qu’il sera le gagnant du « combat ». Une production peu professionnelle, boycottée par les opposants et huée, avant même qu’elle ne commence par le public. Ainsi va l’art du théâtre chez le général-dramaturge, candidat à sa propre succession.

Au vu de ce qui précède, Il restera devant nous le choix entre le salut – qui est possible - et l’option du boulevard ouvert sur l’inconnu qualifiée  à juste titre par son Excellence Mohamed Yehdhih O. Breidelleil et ses amis de goule dormant susceptible de se réveiller à tout moment si on n’y prend garde. D’où l’urgence des correctifs à apporter à la situation actuelle.

 A cet égard, il est impératif d’amorcer un nouveau Dialogue franc et patriotique avec une facilitation indépendante nationale, religieuse et morale que peuvent appuyer les pays amis de la Mauritanie par l’intermédiaire de leurs Ambassadeurs accrédités à Nouakchott. La négociation aura à plancher, pour les résoudre, sur toutes les questions d’intérêt national pendantes pertinentes telles que proposées par le Forum National pour la Démocratie et l’Unité. C’est le scénario du salut public.

Si rien n’est fait, l’autre scenario celui de la goule, pourra bien s’imposer. Et comme notre pays recèle suffisamment de ressources humaines, il saura, nous n’en doutons pas, rebondir et orienter sa marche vers un destin et suivant des formes qui restent à définir. Les prochains jours nous diront.
 
ELY OULD SNEIBA
Noorinfo


              

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