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L’émir du Qatar à Gaza : Un gros chèque pour des projets, et un coup de pouce au Hamas


International
Mercredi 24 Octobre 2012 - 12:00

L'émir du Qatar Cheikh Hamad Ben Khalifa al-Thani a passé quelques heures dans la bande de Gaza ce mardi 23 octobre 2012. Le souverain a été accueilli par les autorités du Hamas, qui contrôlent l’enclave palestinienne depuis juin 2007. A Gaza, l’émir a inauguré plusieurs projets financés par le Qatar à hauteur de 400 millions de dollars. Décryptage.


L'émir du Qatar, Cheikh Hamad Ben Khalifa al-Thani (g) et le chef du gouvernement palestinien Ismaïl Haniyeh
L'émir du Qatar, Cheikh Hamad Ben Khalifa al-Thani (g) et le chef du gouvernement palestinien Ismaïl Haniyeh
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L’émir du Qatar est le premier chef d’Etat à s’être rendu dans la bande de Gaza depuis qu’elle est contrôlée par le Hamas.

Pourquoi cet intérêt de l'émirat pour Gaza ?

L’émirat mène une « diplomatie d’influence » financée par les revenus du pétrole. On parle du Qatar lorsqu’il investit dans les banlieues et dans le football français, ou lorsqu’il finance et arme les rebelles syriens. On parle du Qatar et de son influence via sa toute-puissante chaîne satellitaire al-Jazira. Bref, le Qatar est partout ou presque.

On parle parfois de « diplomatie du carnet de chèques ». Celle-ci trouve matière à s’exercer à Gaza, où il y a de réels besoins d’infrastructures, d’investissements, de reconstruction et de développement. Mais il est aussi vrai que la cause palestinienne est populaire dans le monde arabe, et que l’émir du Qatar n’est pas le premier dirigeant arabe à tenter d'accroître sa popularité et son influence régionale en affichant sa solidarité avec les Palestiniens.

Enfin, dans le contexte des soulèvements arabes, le Qatar a tout intérêt à se positionner au côté de la mouvance islamiste de Frères musulmans, qui a accédé au pouvoir en Egypte et en Tunisie. Le Hamas est lui-même une organisation issue de cette mouvance.

Une opération politiquement bénéfique pour le Hamas ?

Le Hamas contrôle la bande de Gaza depuis qu’il en a chassé l’Autorité palestinienne, dominée par le Fatah, en 2007. Les Occidentaux boycottent le mouvement islamiste palestinien (qui figure sur la liste des organisations terroristes des Etats-Unis et de l’Union européenne).

Plus récemment, le Hamas a connu le contrecoup des révolutions arabes : le mouvement islamiste palestinien a progressivement basculé dans le camp soutenant la rébellion syrienne. Il a donc dû rompre son alliance avec le régime de Bachar el-Assad. Le Bureau politique du Hamas a même dû déménager de la capitale syrienne. Ce faisant, le Hamas s’est éloigné d’un autre allié de poids : l’Iran.

Et c’est là que le Qatar intervient, en offrant un cadeau inespéré au Hamas. Ce mardi à Gaza, l’émir a été reçu comme le chef d’Etat qu’il est… Mais ce n’est pas le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas qui l’a accueilli, c’est Ismaïl Haniyeh, l’homme fort du Gaza.

Une mauvaise nouvelle pour l’Autorité palestinienne ?

L’Autorité palestinienne affirme être le seul pouvoir légitime dans les Territoires palestiniens. Et c’est ainsi qu’elle est considérée par l’essentiel de la communauté internationale, notamment les pays donateurs. Le Qatar a beau expliquer que l’émir a décroché son téléphone pour avertir le président Mahmoud Abbas de sa venue à Gaza, cette visite n'en reste pas moins un coup porté à la crédibilité du président Abbas et de l’Autorité palestinienne.

Un coup porté aussi à la réconciliation palestinienne, annoncée par le Hamas et son rival, le Fatah, au printemps 2011. Une réconciliation « de papier » qui ne s’est jamais concrétisée malgré de nombreuses tentatives de relance, notamment l’accord de Doha – au Qatar justement – en février dernier. Une tentative qui n’a pas eu plus de succès que les précédentes.

L’avenir dira si, après avoir fait un magnifique cadeau politique et financier au Hamas, le Qatar envisage de faire pression sur le mouvement islamiste pour qu’il accepte les termes d’une réconciliation.

A terme, y a-t-il un risque de voir le flux financier se détourner de la Cisjordanie au profit de la bande de Gaza ?

C’est en tout cas clairement le choix du Qatar, qui n’a rien versé à l’Autorité palestinienne en 2011 et seulement 30 millions de dollars cette année. On est très loin des 400 millions annoncés ce mardi pour Gaza.

Les diplomates européens qui s’inquiètent aujourd’hui de la crise financière de l’Autorité Palestinienne pointent régulièrement les « mauvais payeurs » et parmi eux un certain nombre de pays arabes, dont le Qatar.

Cela dit, il ne faut pas perdre de vue que, malgré la division, l’Autorité palestinienne de Ramallah finance toujours largement la bande de Gaza, en payant par exemple les salaires de 70 000 fonctionnaires palestiniens de Gaza. L’enclave représente aujourd’hui 40 à 45 % du budget de l’Autorité palestinienne… Mais cela, le Hamas ne le dit pas et ne déroule pas le tapis rouge pour le président Mahmoud Abbas. De quoi faire grincer des dents à Ramallah, le siège de l’Autorité palestinienne.

Nicolas Falez
Pour rfi
Mamoudou Kane


              

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