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L'édito de La Tribune par MFO


Actualité
Mardi 6 Novembre 2012 - 13:36

Ce n’est pas un pays en crise qui attend Ould Abdel Aziz quand il reviendra, très probablement dans une semaine. C’est un pays secoué par des perspectives sans précédent, celle d’avoir risqué de voir le Président en exercice mourir, d’assister ensuite à une absence physique imprévue par les dispositifs constitutionnels, celle enfin de la survie d’un système encore très jeune.


L'édito de La Tribune par MFO
Balle perdue ou dommage collatéral d’un système sécuritaire en alerte, la balle qui a transpercé le flanc du Président Ould Abdel Aziz le 13 octobre dernier, a failli coûter cher au pays. On taira les manquements du jeune officier qui n’avait absolument rien à faire là où il était et comme il était. On les mettra sur le compte des dérèglements de l’Univers quand le Destin frappe. Mais on ne doit s’empêcher d’en tirer les leçons qu’il faut.

La Mauritanie est assez fragile pour dépendre de la vie d’un homme. Et cet homme n’a pas le droit de mettre sa vie en danger parce que l’existence d’une Nation en dépend. Ce n’est pas le propre à Ould Abdel Aziz, c’est l’une des constantes de ces Etats toujours en construction et où la disparition du chef peut être synonyme de grandes secousses. «Tir ami» certes, mais tir qui doit nous permettre de changer notre perception de la sécurité et notre rapport aux exigences de cette sécurité. Quand Ould Abdel Aziz reviendra, c’est d’abord une profonde mutation de l’homme dans ses rapports avec la fonction qui l’attend.

C’est un pays en mal – pas en crise – mais en mal. En mal d’élections et de consensus. Les législatives et les municipales sont en retard d’un an. Qu’importe les causes, si l’essentiel est de les organiser quand même et au plus vite. Si les organiser demande un minimum de convergence entre les acteurs politiques. Et si justement l’organisation de telles élections peut être l’occasion d’entrer dans de nouvelles perspectives de dialogue qui engloberait l’ensemble de ces acteurs.

Il suffira de faire jouer à la CENI le rôle qui est le sien : l’appareil pas seulement technique mais aussi politique qui a en charge de superviser, de bout en bout, les opérations électorales. C’est à la CENI d’écouter les partis politiques pour savoir dans quelles conditions ils participeraient et quelles exigences il faudrait pour garantir la régularité et la sincérité des scrutins.

En parallèle, Ould Abdel Aziz devrait procéder à un remaniement du gouvernement qui permettrait d’élargir sa base «d’embauche» vers des milieux autres que ceux qui lui sont inconditionnels. Ce remaniement devra obligatoirement toucher les ministères de l’intérieur et de la justice. Au lendemain de la mise en œuvre des accords avec la CAP (coordination pour une alternance pacifique, partis ayant participé au dialogue) et à la veille de la première élection fruit de ce dialogue, Ould Abdel Aziz enverrait un excellent message en désignant de nouveaux visages capables de traduire les prédispositions du pouvoir à s’ouvrir d’abord sur les autres pans de la société politique, à jouer ensuite franc jeu. La présence d’opposants aux postes de ministres de l’intérieur, de la communication, des finances, de la défense… lors des élections en juillet 2009 est une heureuse expérience à rééditer. Sinon à imiter.

Pas besoin de gouvernement d’union nationale qui doit être le dernier recours dans un processus de confrontations paralysant le pays. Qu’on le veuille ou non, le pays, même en l’absence de Ould Abdel Aziz qu’on disait pourtant «omnipotent», marche à la normale. Rien de tout ce qui peut constituer un risque de dérive n’a affleuré à la surface. Le Premier ministre a assuré en l’absence du chef. Et sur le plan sécuritaire, le dispositif n’a donné aucun signe de faiblesse ou de dysfonctionnement. Si bien que le système qu’on disait pourtant inexistant encore, a fait ses preuves.

Une blessure par balle guérit physiquement, mais le choc qu’elle produit est grand. Elle peut être le déclic, l’électrochoc dont on avait besoin pour nous résoudre – enfin – à entreprendre et brutalement les réformes profondes dont le pays a besoin pour assurer les refondations (re)commencées il y a peu.

Mohamed Fall Ould Oumere
Source: La Tribune



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