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L’économie chinoise ralentit et affole le monde : c’est grave docteur ?


Economie
Samedi 15 Août 2015 - 07:00

« Too big to fail » (trop gros pour échouer), c’est la fameuse phrase notamment ressortie lors de la crise des subprimes en 2008, et ses conséquences sur les grandes banques américaines.


 Cette formule pourrait s’appliquer aujourd’hui à la Chine, devenue seconde et potentiellement première économie mondiale.
 
La Chine dans la mondialisation
 
Il y a encore quinze ou vingt ans, le reste du monde aurait assisté sans trop d’inquiétude, et même avec une satisfaction secrète, à la baisse de la croissance chinoise et aux mesures de sauvegarde prises par les dirigeants (communistes) de Pékin :
 
  • interdiction de vendre leurs actions pendant six mois pour les gros détenteurs de portefeuilles boursiers,
 
  • injection massive de fonds pour soutenir les marchés financiers,et depuis trois jours consécutifs, une dévaluation de fait de la monnaie chinoise, le yuan, pour un total de 5% vis-à-vis du dollar.
 
Trois jours de dévaluation de fait ont ramené le yuan quatre ans en arrière par rapport au dollar US (via zerohedge.com)
En 1997, lors du krach des monnaies asiatiques, la Chine était restée impassible et n’avait guère été affectée, sauf via la place de Hong Kong à peine revenue dans le giron de Pékin, tant son économie était encore autarcique et peu mondialisée.
 
 
Ce n’est plus le cas aujourd’hui, après deux décennies de mondialisation accélérée de l’économie chinoise : désormais, quand la Chine éternue, les Bourses mondiales s’enrhument (si Alain Peyrefitte était encore parmi nous, il en ferait un titre de best-seller) ; voire plus, si l’on en juge par la une catastrophe du quotidien économique Les Echos ce jeudi montrant les baisses de plus de 3% enregistrées la veille à Paris et Francfort après la deuxième dévaluation du yuan.
 
Un vent de panique transparait sur la mine de nos commentateurs économiques au journal de 20 h, peu habitués à traiter de la seconde économie mondiale autrement que par superlatifs laudateurs ; sommes-nous en 1929 ? Est-ce vraiment grave, docteur ?
 
Trois décennies de réformes
 
 
Une histoire de la croissance du PIB chinois en un graphique (Via New York Times)
Depuis la fin de l’ère maoïste (Mao est décédé en 1976), et le début des réformes économiques initiées par Deng Xiaoping en 1978, la Chine a cherché à rattraper son retard en s’engageant progressivement dans la brèche ouverte par la mondialisation de la production industrielle.
 
La Chine est devenue l’« usine du monde », concentrant, notamment dans la province du Guangdong, dans le sud-est du pays, à la frontière de Hong Kong, une main d’œuvre abondante et corvéable de migrants de l’intérieur, engagés par les sous-traitants du textile, de l’électronique grand public, du jouet et de tant d’autres secteurs qui ont délocalisé en masse des pays (ex) industriels.
 
Ce modèle de développement a connu des accidents de parcours, comme le massacre de Tiananmen en 1989, suivi d’une courte période de glaciation jusqu’à ce que Deng Xiaoping, encore lui, ne donne le signal de la relance en 1992 ; ou encore la crise de 2008-2009 aux Etats-Unis et en Europe, qui a donné un coup de frein aux exportations et entraîné de nombreuses fermetures d’usines.
 
Mais il a surtout assuré une longue période de croissance à deux chiffres, dopée par l’entrée de la Chine au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, après plus d’une décennie de négociation, et l’attribution, la même année, des Jeux olympiques de 2008 à la capitale chinoise Pékin.
 
Soft ou hard landing ?
 
Il s’en est suivi une décennie triomphale dont la seule question était de savoir 1) si elle s’arrêterait un jour ; 2) si oui, par un atterrissage « soft » ou un « hard landing »...
 
Avec la crise de 2008, le modèle reposant prioritairement sur l’exportation a en partie pris fin, et le pouvoir chinois a annoncé un virage vers un modèle prioritairement tourné vers la consommation domestique, grâce à l’essor d’une classe moyenne de 200 à 300 millions de personnes dotées d’un réel pouvoir d’achat.
 
C’est ce virage qui connait aujourd’hui des difficultés, la consommation interne se développant moins rapidement que prévu, parce que les Chinois conservent un taux d’épargne parmi les plus élevés au monde.
 
Le pouvoir chinois a tenté de sauvegarder le pouvoir d’achat de la classe moyenne par temps de plus faible croissance en laissant grimper pendant plus d’un an la Bourse de Shanghai – essentiellement composée des titres d’entreprises contrôlées par l’Etat – de manière inconsidérée.
 
Des dizaines de millions de petits épargnants ont ouvert des comptes boursiers, attirés par les profits record de ce loto auquel on gagne à tous les coups. Jusqu’à la récente catastrophe des krachs à répétition à Shanghai, qui ont ruiné les derniers entrants, ceux qui avaient acheté les actions à des prix déjà élevés, mais pas les plus anciens.
 
Pour stopper l’effondrement boursier, le gouvernement a fait ce qu’il n’a jamais cessé de faire : intervenir, en empêchant les « gros » de vendre, et en injectant des milliards de yuans.
 
De nouveau cette semaine, le gouvernement est intervenu en dévaluant de fait le yuan, effaçant quatre ans de fluctuations de la monnaie chinoise. Il réagissait à un mauvais chiffre des exportations.
 
On feint de découvrir l’interventionnisme de l’Etat chinois. Mais, contrairement aux économies occidentales, et singulièrement européennes, la Chine a très peu libéralisé son économie, conservant les leviers essentiels dans le secteur public.
 
L’Etat – et donc le Parti – reste le maître absolu, comme nous l’avons plusieurs fois rappelé, notamment lors de la sortie en 2013 du remarquable ouvrage de la sinologue française Marie-Claire Bergère, « Chine, le nouveau capitalisme d’Etat » (Fayard).
 
 
Economie de marché aux caractéristiques chinoises
 
Cette « économie de marché aux caractéristiques chinoises », comme le dit joliment la novlangue du Parti, doit aujourd’hui se transformer. Mais ce n’est pas une surprise, ni pour les dirigeants chinois, ni pour les observateurs de la Chine.
 
La Chine est aujourd’hui à une étape de son développement, un cap difficile à franchir, qui est celui des 15 000 dollars de PIB par habitant dont elle approche, et qui marque l’entrée dans l’univers des pays développés et riches. C’est un changement structurel majeur que la Chine doit de surcroit accomplir avec :
 
une démographie en berne avec sa politique de l’enfant unique, qui la rend vieille avant d’être riche, des ressources naturelles limitées, et des besoins d’infrastructures géants rendus nécessaires par un exode rural d’ampleur historique.

Pourquoi la Chine ralentit
 
En janvier 2014, nous vous avions rendu compte d’une conférence faite à Paris par Cai Fang, professeur de sociologie à l’institut des économies de la population et du travail, membre de l’Académie chinoise des sciences sociales, qui avait expliqué pourquoi la croissance ralentissait (elle était alors de 7,5%, elle se dirige aujourd’hui en dessous de 6%).
 
Il avait notamment montré le croisement des courbes entre le taux de fertilité chinois en baisse, et la croissance du PIB par habitant, avec les difficultés que cela pose en terme de main d’œuvre, dans un pays où l’économie moderne a moins de vingt ans, rendant les vieux ouvriers improductifs.
 
 
Le professeur Cai Fang et le graphique montrant les courbes de la fécondité et du PIB par habitant, Paris janvier 2014 (Pierre Haski/Rue89)
Et il avait montré, dans le graphique ci-dessous, les perspectives de croissance de la Chine jusqu’en 2019.
 
Ce graphique (mal photographié, je m’en excuse), montrait les courbes respectives de la croissance réelle (triangles noirs) et potentielle (points mauves) de la Chine. Les deux courbes coïncidaient à peu près en 2013-2014, mais celle de la croissance potentielle allait en diminuant jusqu’à 2019.
 
Contrat social
 
Pas de surprise, donc. Tout l’objectif du pouvoir chinois est que la croissance réelle soit supérieure à la croissance potentielle, d’abord pour des raisons politiques : le non-dit du contrat social chinois, en l’absence de liberté politique, repose sur la performance économique, la hausse du pouvoir d’achat, l’emploi.
 
Avec une croissance comprise entre 5 et 7% dans la période à venir, la Chine entre dans une période incertaine, un facteur assurément important dans la vague de répression qui touche actuellement les milieux dissidents en Chine, récemment les avocats.
 
Que les défis chinois soient considérables est incontestable, mais ils le sont depuis le début (si on prend comme « début » la fin de l’ère maoïste). Ce qui a changé, c’est notre « exposition » à ce risque, comme le montre la panique des Bourses du monde qui semblent découvrir la réalité chinoise.
 
Cette réaction est-elle justifiée (elle l’est assurément dans des secteurs comme le luxe, qui avait cru trouver en Chine un Eldorado éternel, ou l’automobile dont les ventes sont en baisse) ? Ou la crainte d’un effondrement de l’économie chinoise, qui aurait assurément un impact mondial, est-elle exagérée ?
 
Question politique
 
 
Les membres du Bureau politique du Parti communiste chinois en 2007 (Xinhua)
La question est d’abord politique. La Chine est (re)devenue une puissance d’ampleur mondiale, présente sur tous les continents, dans toutes les crises, en rivalité avec la superpuissance américaine, et en coopération ambigüe avec la Russie et ses partenaires des Brics.
 
Et c’est d’abord en termes politiques que les dirigeants chinois se posent aujourd’hui les questions économiques, et prennent des décisions qui font trembler le monde.
 
Ce n’est peut-être pas rassurant pour des investisseurs dont le champ de vision est à court terme ; les dirigeants du Parti communiste chinois, eux, se posent en permanence la double question de leur survie politique et de la puissance chinoise dans le monde, il va falloir s’y habituer.

rue89
Noorinfo


              

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