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Noorinfo

L’école en re-création de richesses…


B'il a dit
Dimanche 15 Mars 2015 - 09:00

Il y a quelque mois, le 05 novembre 2014, Mohamed Ould Abdel Aziz, le président de la République Islamique de Mauritanie, président, alors, de l’Union Africaine, a effectué une visite à l’improviste à l’école primaire, des Mourabitounes, de Tervragh-Zeina, située en face de l’hôtel Tfeïla. La visite était inopinée.


Visite d'une école par le Président Aziz, en 2014. Crédit: AMI
Visite d'une école par le Président Aziz, en 2014. Crédit: AMI
Inopinée, surtout, pour la dame, directrice de cet établissement public, qui s’attendait à tout sauf la visite d’un hôte de marque d’une telle pointure. Le président de la République, en personne, sans tambour, ni trompette, accompagné du directeur de cabinet, le ministre de l’éducation nationale  et le ministre de l’habitat. 

Surprise et étonnée, on imagine bien le désordre  excité de pensées, en cascade, qui défileraient dans la chambre à coucher, dans le salon et dans bien d’autres endroits improbables de la cervelle, confuse  et embarrassée,  de la petite directrice d’école. 

L’homme était pressé. La femme, assaillie par une foule de questions et de sollicitations, et d’on ne sait quels émois, ne savait à quel saint se vouer. Dans la tête du président, se bousculeraient bien des choses  et deux choses.  Deux pensées. Une pensée populiste envers l’école et ceux qui y tiennent encore. La pensée  couverture. Qui couvre une autre d’un intérêt si particulier, si privé et si personnel,  qui n’a rien à voir avec la République. 

C’est toujours comme ça. Depuis son avènement, toute action présidentielle porte, en elle, deux intérêts distincts voire antinomiques. Un, l’officiel, qui se dit et se redit à travers les médias. On en retient, ou on aime bien en retenir un président au chevet des populations, du service public. L’autre, officieux, seul Dieu et le président savent ce qu’en retient le président.  
Le climat était surréaliste. 

La scène, l’était tout autant, surréaliste. ‘’ Vous manquez de quoi, lança le président à la directrice ?’’ Les tables, que les tables, monsieur le président, tenta de répondre une directrice, qui s’essayait, vainement de rattraper  un président, tout agité, qui faisait, déjà, des pas métrés, dans sa tête et à travers ses yeux métreurs et calculateurs, en longueur et en largeur, dans  la cour de l’école. 

Il allait même opérer un saut en longueur d’une petite estrade en béton. Revenant de ses pérégrinations spirituelles, il devait dire, en prenant pour témoins les accompagnateurs concernés par l’éducation et la construction, ‘’ ce côté-là est humide et suinte la salinité’’.  Une sentence, comme pour condamner la partie orientale de l’école, celle qui donne, par un hasard non sans intérêt, sur l’avenue ; et donc en face d’un hôtel bien en vue de la capitale. Et offre un emplacement, en dépit de l’argumentaire présidentiel humide et salin, une opportunité commerçante à faire couler toute la salive républicaine. 

La femme courait ou presque derrière un président de tout un continent et de tout un  pays, obsédé désormais, celui-là,  à la possession  dans son entreprise d’enjambée hautement spirituelle et arithmétiquement métrique. Rien à faire. Irrattrapable.  L’homme était ailleurs. Impossible d’engager avec lui une quelconque discussion. 

La partie orientale de l’école était beaucoup plus bien placée pour n’abriter qu’une insignifiante et désargentée école. C’était un grand gâchis. Du commerce perdu. Une école : Des élèves crasseux et des enseignants miséreux et des cahiers écornés et des livres défectueux. 

C’est quoi tout ça en face d’un centre commercial si bien placé. C’est quoi tout ça en face d’une banque bien cotée ? C’est quoi tout ça en face même d’une simple épicerie ? Il n’y pas photo ! L’autre partie occidentale saurait bien accueillir l’orientale. L’Occident n’a-t-il pas toujours et si bien d’ailleurs accueilli l’Orient ? On négocie le saut en hauteur. Des salles de classe qu’on pourrait bien construire sur d’autres. Jusqu’au firmament, on pourrait développer toutes les écoles. Et, au passage, on gagne d’immensités commerçantes impressionnantes. 

 

Héroïsme et lâcheté, c’est une affaire de millimètres…

Ecole primaire El Mourabitounes en chantier. Crédit: Rmibiladi
Ecole primaire El Mourabitounes en chantier. Crédit: Rmibiladi
La dépêche rapportée par l’agence mauritanienne d’informations ( AMI), organe officiel du gouvernement et témoin attitré de pas mal déplacements inopinés et déplacés du premier citoyen du pays révèle ceci : ‘’Le Chef de l’Etat a visité également l’extension de l’école des Mourabitounes de Tevragh-Zeina, financée à hauteur de 90 millions sur fonds propres de l’Etat et composé de 8 salles de classe, d’une clôture et de toilettes. Supervisée également par Amextipe, l’extension ne doit pas dépasser un délai de 7 mois.’’

Ils sont très forts, à l’AMI. Ils appellent ça extension. Extension, c’est vrai, en hauteur. Mais abréviation ou compression en longueur. Il y avait des classes disposées, selon la norme éducative et récréative, ouvertes sur une cour. La fameuse cour d’école. Légendaire et mythique. Qui fait partie de l’école. Où une partie de l’éducation se fait même à travers elle. 

La socialisation de l’enfant. Le vivre ensemble. Les liens qui se tissent. Une école sans cour est une école amoindrie, ce sont des élèves d’on ne sait quelle mauvaise facture qu’on est en train de construire. C’est ainsi,  la cour de l’école est un peu l’école. Une école comme il se doit, qui se respecte et respectée, surtout par la plus haute à la plus petite autorité publique.  

Les travaux de déconstruction-reconstruction (voir photo) sont en cours, en ce moment. En pleine année scolaire : Des tas de sacs de ciment avec sa poussière moribonde, des barres de fer beaucoup moins sympathiques que les compas les plus pointus, des monticules de cailloux et de sable loin d’être didactiques ou même ludiques et des maçons et ouvriers qui démolissent par ci, bourdonnent par là,  sur les têtes d’écoliers et d’enseignants en pleine activités et  de séances d’apprentissage…

Il l’a dit, depuis l’année précédente, le président de la République : L’année 2015 sera l’année de l’éducation. L’éducation selon Ould Abdel Aziz est bien facile. Couper une école en deux. Superposer les classes de trop. Et dédier la moitié, condamnée, par ce que trop humide, par ce que trop salinité, il l’a dit, à une affaire commerçante. Elle commence bien l’année de l’éducation. Elle finit bien surtout. 

Une école compressée. Et un monument commercial en face donnant sur un hôtel huppé, sur une avenue huppée où des femmes et des hommes tout aussi huppés viendront à la prochaine saison pour y laisser quelques liasses de monnaie. L’école, c’est ça. C’est surtout ça, pour celui qui a promis de faire de l’année 2015, celle de l’éducation, pour dire,  de l’enseignement.

Et cette place, qui porte toute l’insalubrité humide de la terre,  toute la mauvaise salinité de la terre, naguère des classes où se formaient et se construisaient les hommes et les femmes de demain, a qui reviendrait-elle ? Pas au ministère de l’éducation nationale. Ni à celui de l’habitat. Puisqu’elle serait dédiée à abriter une affaire commerciale, devant rapporter nécessairement et obligatoirement de l’argent. Ce qui n’est ni la vocation de l’un, ni de l’autre de ces deux ministères. 

Elle doit bien appartenir à quelqu’un. Ce quelqu’un de si veinard que le premier magistrat de tout une Nation s’était déplacé un jour passé pour lui céder une telle aubaine commerçante. Et pour rendre, à son bonheur, une portion d’une école publique en une cour-se de recréation de et vers la richesse…

On retient de cette scène un aspect héroïque, tel que pensé, par le célèbre et talentueux romancier italien, Antonio Tabucchi, dans son fameux roman, Tristano meurt. Une affaire d’héroïsme et de lâcheté, qui se font voisin quelquefois. Là, on le voit un président debout enclin à sauter de joie, dans une école publique, pour marquer – côté couverture et image médiatique- son année hommage à l’école. 

La joie est traversée par le millimètre. Deux joies, en somme. D’un côté du millimètre, une action d’extension d’un ouvrage public d’intérêt et de service public. De l’autre côté du millimètre, une action d’extension de richesse personnelle. Il l’a dit, dans ce qu’il l’a dit, l’auteur italien :’’ …

Ce n’est pas si facile de devenir un héros, un millimètre par ci et tu es un héros, un millimètre par là et tu es un lâche, c’est une affaire de millimètres, lui était là, il fixait une fleur et le paysage qui lui faisait face était son arène, allait-il gagner le combat ou se faire descendre ?...
Lui,  aussi, le président, était là, il ne  fixait pas une fleur, mais une affaire fleurissante et le paysage qui lui faisait face était son arène, allait-il gagner le combat ou se faire descendre ?

B’…

Ecole primaire El Mourabitounes en chantier. Crédit: Rmibiladi
Ecole primaire El Mourabitounes en chantier. Crédit: Rmibiladi


Source: Rmibiladi
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