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Noorinfo

L’autodafé de trop


Vu de Mauritanie par MFO
Dimanche 29 Avril 2012 - 14:31


L’autodafé de trop
Un évènement, s’il en est ! L’activiste Birame Ould Abeidi a choisi cette journée de vendredi pour manifester son refus de ce qu’il considère être l’hégémonie du rite malékite qu’il juge esclavagiste. Deux actes ont fondé ce que Birame et ses amis considèrent être une résistance contre cette hégémonie et ses tenants.
 
Une prière du vendredi conduite par un membre de l’organisation et dans laquelle le prêche a été une violente diatribe contre les Fuqahas et autres exégètes qui perpétuent l’esclavagisme, selon les militants, par leurs fausses interprétations des textes coraniques et de la Tradition du Prophète (Sunna). Cette prière sera suivie par un autodafé des livres considérés comme étant à la base des dogmes du Malékisme qui est le rite exercée par le nord-ouest africain depuis le 11ème siècle. Le premier d’entre ces livres-références sera le Précis de Khalil (Moukhtaçar Khalil). En plus d’autres ouvrages qui traitent du Fiqh malékite.
 
On peut imaginer le tollé que cela soulève. De toutes parts, les condamnations ont fusé. Premiers dérangés par les deux actes, ce sont les alliés politiques de Birame Ould Abdeidi, surtout les Islamistes de Tawaçoul qui comptaient beaucoup sur l’instrumentalisation de la question de l’esclavage, pratiques et séquelles, pour enflammer les rues dans le cadre de la révolution programmée depuis quelques semaines. D’ailleurs, le communiqué de ce parti était plutôt «mou», en tout cas moins virulent que toutes les autres expressions contre cette manifestation.
 
Deuxième camp dérangé, celui de l’autorité politique qui a réussi jusque-là à éviter de faire de Birame, une victime. Plus : l’autorité a réussi jusqu’à présent à éviter de faire des prisonniers parmi les protestataires. Malgré tous les excès enregistrés ici et là. Le geste de Birame engage la responsabilité des autorités dans la mission de protection des croyances et des fondements moraux de la société. Il est donc probable qu’il y ait une réaction de la justice qui ne pourra se permettre de faire profil bas.
 
«Je ne peux pas comprendre le geste», nous dit Me Mahfoud Ould Bettah, président de la Convergence démocratique. Cette incompréhension est générale. Un acte de provocation dont l’objectif premier est d’amener les autorités à arrêter Birame Ould Abeidi et d’en faire une victime. Il y a quelques mois, l’intéressé qui coordonnait avec certains segments de l’opposition, avait lancé l’idée de la constitution d’un gouvernement de transition nationale. Il promettait la divulgation de la composition de ce gouvernement pour les semaines à venir. On a oublié cette promesse. Il revient d’un voyage en Europe et décide donc de procéder à cet autodafé.
 
On sait depuis quelques siècles, que «là où on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes» (Heinrich Heine, Almansor)… Rien, absolument rien ne peut justifier un tel acte.



Des centaines de jeunes étudiants des écoles religieuses ont manifesté dans les rues de Nouakchott pour protester contre l’autodafé organisé par Birame Ould Abeidi, hier vendredi. Ils se sont rendus à la présidence de la République où ils ont été accueillis par le Président Ould Abdel Aziz qui a promis que le geste ne restera pas impuni. De partout, les condamnations ont fusé. Révélant l’ampleur du choc causé par l’autodafé, premier du genre sur cette terre.
 
Dans la soirée, Birame Ould Abeidi sera arrêté par la police. Arrestation musclée, parce que l’homme a organisé autour de sa personne une milice chargée de le protéger. C’est cette milice qui s’en est pris à un enseignant qui se trouvait dans les environs de la prière organisée par les amis de Birame. L’homme a été battu, lui et sa famille parce qu’il a déclamé la profession de foi consacrée par les Musulmans (laa ilaaha illa Allah, Mouhammad Rassoul Allah).
 
Cette affaire aura des implications politiques certaines. Elle arrive alors que les acteurs de l’opposition cherchent à conclure «bellement» le cycle de protestations visant à obliger le départ de Ould Abdel Aziz. Même si personne ne semble pouvoir affirmer que c’est la formule «sit-in ouvert en permanence» qui a été retenue, le rendez-vous du 2 mai a été pris pour obliger Ould Abdel Aziz à dégager. Rien de moins.
 
Fer de lance de cette opposition, le parti islamiste Tawaçoul comptait beaucoup sur la frange Haratine et sur la question de l’esclavage, pratiques et séquelles, pour allumer le feu de la révolution programmée et expliquée par Mohamed El Mokhtar Echinguitty, l’un des idéologues de l’Islamisme moderne en Mauritanie. Il expliquait dans un article publié en janvier dernier que les forces sur lesquelles la révolution doit compter sont au nombre de quatre : les élèves et étudiants, les Haratines, l’opposition traditionnelle et la force islamiste montante.
 
On a vu la mobilisation des syndicats estudiantins affiliés à la mouvance islamiste à l’ISERI et à l’Université (UNEM). On a vu aussi la constitution d’un regroupement d’élèves du primaire contestataires. C’est ce qui a animé la rue ces dernières semaines. Tout comme les marches et meetings de la Coordination de l’Opposition Démocratique composée essentiellement de «l’opposition traditionnelle» (à Ould Taya). Tawaçoul est vraiment à la pointe du radicalisme face au pouvoir en place. Ne restait donc que la force Haratine, celle qui devait constituer la chaire à canon, au moins l’avant-garde de cette révolution.
 
Birame Ould Abdeidi et son organisation IRA ont été adoubés par la mouvance islamiste pour servir de catalysateurs de la frange dont les frustrations et les misères sont à instrumentaliser pour donner une dimension sociale à la révolution. Nonobstant quelques clashs qui ont opposé Ould Abeidi à certains symboles de la mouvance, notamment le Cheikh Ould Dedew, les dirigeants de la mouvance ont continué à espérer pouvoir s’appuyer sur l’IRA. Des éléments ont même été envoyés en renfort et comme pour accompagner et encadrer le mouvement.
 
Le problème aujourd’hui, c’est qu’en brûlant des ouvrages islamiques à la base de l’idéologie fondant le rite malékite pratiquée en Mauritanie depuis les Almoravides, l’organisation de Ould Abdeidi se met sur le dos tous les segments de la société mauritanienne.
 
Quelle que soit le positionnement social, aucune frange sociale ne peut rester indifférente à un tel acte. Aucun parti, fut-il Tawaçoul (surtout Tawaçoul), ne peut se dérober devant l’opinion publique. Chacun étant obligé de prendre position et de dénoncer. En dénonçant, ils justifient les mesures prises à la suite de l’autodafé. En prenant la défense de Ould Abeidi, ils bénissent son acte. Drame cornélien… que devra supporter la COD et surtout Tawaçoul… et qui aura des conséquences sur la scène politique.

Mohamed Fall Oumeir

oumeir.blogspot.com


              

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