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L’IGE à la manœuvre : les conseils d'un Expert pour lui échapper !


Tribunes
Mardi 11 Juin 2013 - 23:15

Le Président de la République a promis qu’il y aura une intensification de la lutte contre la mauvaise gestion des finances publiques et les détournements des deniers de l’État. Le nouvel élan insufflé à l’action de l’IGE avec la nomination à ses commandes d’un grand commis de l’État, s’inscrit dans cet ordre salutaire.


L’IGE à la manœuvre : les conseils d'un Expert pour lui échapper !
Le travail fait par cette institution depuis sa création est à saluer à sa juste valeur si tant est qu’elle contribue de plus en plus à apporter la transparence et à faire de la reddition des comptes la règle. Cela suscite la confiance du public et encourage le respect de la loi et de l'ordre public. Ainsi, le contribuable se réjouit de savoir qu’il y a une institution qui veille à l’utilisation saine de son argent ; à ce que des individus, du fait de leur fonction, ne mettent pas cet argent dans leurs poches.

Toutefois, il se réjouirait davantage si les mauvais gestionnaires du denier public, une fois pris, étaient davantage sévèrement sanctionnés. Récemment de nombreuses voix se sont élevées pour réclamer en plus de la récupération des sommes à l’origine du préjudice, des sanctions pénales exemplaires pour les mauvais gestionnaires publics.

À cet effet les juridictions compétentes seront certainement mises à contribution pour statuer sur les fautes de gestion des ordonnateurs des crédits publics et autres gérants de la fortune publique, en vue d’en tirer les conséquences de droit.

Les conseils de l'Expert : une parodie de leçon sur la chose publique

Par ce sale temps pour les mauvais gestionnaires que nous sommes, je vous prodigue quelques précieux conseils techniques tirés de ma riche expérience pour échapper aux limiers de l’IGE qui selon nos informations seraient en passe d’effectuer des missions d’investigation auprès de certaines de nos représentations diplomatiques à l’étranger dont la gestion soulèverait des interrogations.

Donc, chers condisciples mauvais gestionnaires, si vous êtes comme moi et que vous avez la chance d’être nommés à l’une de ces hautes fonctions si convoitées à l’étranger, loin du Président et loin des yeux du pouvoir, agissez comme suit :

À votre entrée en fonction

1 - Ne se référer au règlement général de gestion des budgets publics ou au cadre légal relatif aux finances publiques que pour les violer. En conséquence, ne jamais verser les recettes publiques (frais de visas notamment) au compte bancaire de l’ambassade que vous dirigez. L’argent en banque, ça laisse toujours des traces. Vous devez exiger le paiement de toutes les taxes en liquide et ainsi garder vos recettes par devers vous, à portée de main pour en faciliter l’utilisation inodore, incolore et insipide.

2 - Dénoncez tous vos contrats d’assurance pour ne jamais avoir à utiliser les sommes colossales que l’État met généreusement à votre disposition chaque année à l’effet de financer une quelconque assurance maladie en faveur du personnel, lequel vous en sera reconnaissant car, se sachant non-couvert, il s’arrangera en conséquence à ne jamais tomber malade. Et dites aux amis du Budget que ces crédits sont insuffisants pour solliciter mécaniquement des rallonges. Malgré toutes ces bonnes dispositions, si l’un de vos collaborateurs osait tomber malade, haussez le ton et ordonnez-lui avant d'aller voir un médecin, d’épuiser toutes les solutions de pharmacopée traditionnelle en insistant sur les vertus multiples de la gomme arabique dont votre conjoint tiendra un petit commerce.

3 - Concernant les crédits alloués pour vous permettre d’accomplir des missions dans les autres localités de votre juridiction, il ne faut pas trop s’embarrasser des formes. Il suffit d’établir sur votre ordinateur personnel des ordres de mission fictives et engloutir les frais y relatifs sans quitter votre bureau. Tous vos voyages privés et vos différents déplacements entre les quartiers de la ville où vous résidez, peuvent et devront occasionner des frais de mission, tout dépend de vous. Vous pouvez même produire des ordres de mission aux noms de vos collaborateurs à leur insu et ainsi percevoir les frais correspondants en toute discrétion. N’est-ce pas tout à fait régulier ?

4 – Louer les plus petits bureaux possibles proportionnellement à votre ambition pour la Mauritanie. Cela vous permettra de faire des économies sur les loyers que vous gonflerez autant que votre audace et votre cran le permettront. Et Pour les équiper, récupérer des tables usagées, des chaises recyclées et bureaux restaurés auprès des brocanteurs, installez les dans les bureaux, prenez la précaution de diminuer le niveau de l’éclairage dans vos locaux pour les faire passer pour du neuf et le reste, c’est tout simplement une question de fausse facturation. Pour ce faire, rien ne vaut les services au noir de quelques amis filous.

5 - Si par chance il se trouve que dans votre budget figurent des crédits pour organiser des réceptions destinées à la promotion de l’image du pays, là c’est le Jackpot que vous empochez. Utilisez ce chapitre pour financer la bouffe chez vous et chez votre comptable, c’est à cela que se résume l’image du pays : un ambassadeur et un comptable qui mangent bien. Si cela ne suffit pas pour épuiser ces crédits, envoyez vos enfants ramasser les facturettes jetées dans les supermarchés. Elles permettront de justifier le détournement du reliquat. En réalité dans ce domaine tout est question de justificatifs bidons donc toutes les factures qui croiseront votre chemin ou qui se confieront au vent jusqu'au barrage de vos nombreux enfants sont à faire rembourser sur le budget de la Mission que vous dirigez si bien.

6 - Avec quelques emplois fictifs, vous arrivez à accorder un salaire plus que confortable à votre conjoint. Pour ce faire, il suffit de recruter deux ou trois employés pour une courte période d’essai, les renvoyer pour essai non-concluant et continuer avec la complicité précieuse de votre comptable à se faire payer leurs salaires en espèces. Et n’oubliez surtout pas de procéder à des augmentations régulières de salaires pour ces agents fictifs car cela vous profitera directement.

7 – Les voitures ne doivent pas être utilisées pour le service, ainsi vous pourrez faire des économies sur le carburant. Et si vous ne le savez pas, le carburant ça se boit, c’est halal. Laissez les membres de la famille profiter pour apprendre à conduire avec les véhicules de service.

8 - Demandez à votre conjoint de créer une ONG fictive et usez de toute votre influence auprès de vos collègues pour racketter toutes les missions diplomatiques solvables. Inscrivez l’ONG en question sur la liste des attributaires de Zakat auprès des ambassades musulmanes et la faire enregistrer auprès des œuvres chrétiennes de bienfaisance, ça peut rapporter gros, surtout avec les recommandations officielles du Gouvernement mauritanien dont vous êtes le Représentant.

9 - Profitez des passages fréquents des délégations officielles pour expédier gratuitement et frauduleusement la marchandise mal acquise destinées au commerce informel que vous avez ouvert au pays. Pas de taxe douanière, pas de frais de transport…c'est tout bénef.

10 - N’hésitez pas à accuser grossièrement d'atteinte aux intérêts supérieurs de la Nation, quiconque oserait douter de votre si bonne intendance. Cela a marché jusque-là donc on vous croira certainement.

11 - Faites tout ce que vous voulez et qui vous rapporte de l’argent, violez tous les usages et coutumes diplomatiques, et prétendez que votre immunité diplomatique vous met au dessus des lois du pays d’accueil et de la terre entière.

12 - Endettez-vous auprès de vos collègues des pays riches en prétextant le retard de vos approvisionnements. Vous ne risquez rien. Dans ce milieu distingué et raffiné, vos créanciers qui ont pourtant beaucoup de mémoire ne réclament leurs dus qu’avec grande subtilité (du genre, cela fait longtemps qu’on ne s’est croisé…) et si vous n’êtes pas descendant des Oulad Deymane, vous ne vous en apercevrez même pas et le pays encore moins.

Conduite à tenir en cas d'inspection :
1 - Il sera nécessaire de mobiliser toutes vos relations et tous les lobbies politiques, claniques et tribaux pour empêcher toute inspection ou la retarder le plus longtemps possible car l’idéal c’est que les inspecteurs ne viennent pas fourrer leurs « nez-capteurs » dans votre business empesté. Dites-leur que vous êtes victime d'une machination ou d'un complot de déstabilisation de l'État et diffusez partout qu'on s'en prend à vous parce que vous êtes en réalité le seul fidèle défenseur des intérêts supérieurs du pays. Si toutefois cette manœuvre ne marchait pas, demandez qu'on vous envoie de préférence des inspecteurs d’un certain âge, ce serait mieux. Ensuite, vous n’avez qu’à suivre le tutoriel ci-après :

2 - S’informer sur les inspecteurs désignés (tribus, familles et amitiés) afin d’avoir une clef magique d’accès favorable à ces intègres inquisiteurs.

3 – Sur la base des informations recueillies, demander à votre comptable de prendre contact avec eux avant leur arrivée et exercer sur eux à distance toutes sortes de pressions afin de les amadouer. Comme vous le savez, les comptables sont efficaces pour ce genre d’exercice, ils sont très influents et parlent toutes les langues nationales et internationales.

4 – A leur arrivée, les accueillir chaleureusement, les inviter nuitamment dans votre somptueux bureau et leur faire comprendre que vous avez des liens directs avec le Président Mohamed Ould Abdel Aziz en leur racontant quelques anecdotes mettant en exergue votre familiarité avec Mohamed (sous-entendu Ould Abdel Aziz). Vous pouvez par exemple raconter le contenu du dernier de vos multiples entretiens téléphoniques avec votre ami personnel « Mohamed ». Vous pouvez à l’occasion également appeler un membre de l’entourage familial du Président, mettre le haut-parleur du téléphone et le tutoyer devant les inspecteurs.

5 - Insinuer que ElKhoulta (les Gens) vous ont parlé d’eux (les inspecteurs) en bien, et plus prosaïquement comme des gens qui n’ont pas la réputation de chercher la petite bête. Leur souffler subtilement au passage que vous avez personnellement plaidé pour que le choix de l’État se porte sur eux pour conduire cette mission qui devrait, sauf mauvaise conduite de leur part, leur ouvrir les voies de l’ascension professionnelle.

6 – Prenez en charge tout leur séjour et mettez à leur disposition le meilleur véhicule de la Mission (en principe celui du comptable) en laissant les Ministres et autres Hauts fonctionnaires en mission se balader dans les transports publics. Ils apprécieront.

7 – Là c’est très important, vous devez continuer à recourir aux mauvaises pratiques y compris pendant le contrôle. Cela donnera à vos collaborateurs l’impression que toutes vos dérives sont absolument licites et normales.

8 – Pendant que les inspecteurs auscultent vos écritures indéchiffrables faites défiler certains ex-employés que vous aurez coachés à fond la veille pour leur faire chanter vos louanges.

Si vous faites tout cela aussi bien que moi, eh ben ! Vous deviendrez un excellent boulanger et parviendrez à rouler tous les inspecteurs dans la farine.

Les limites de ma recette :
Malheureusement, il arrive par effet de "tezzaboutt" (manifestation de l’équité divine) que vous tombiez sur une race d’Inspecteurs imperméables à toutes ces attentions. Généralement ce sont des jeunes justiciers, rigoureux purificateurs attachés à leur patrie et qui croient profondément en la Mauritanie d'aujourd'hui et de demain. Avec un air trompeur, ces vertueux apôtres de la « salubrité publique » resteront courtois et souriants avec vous, parfois, ils joueront même aux naïfs et aux crédules. Mais cela n’entame en rien leur objectivité. On les reconnait à leurs attitudes de jeunes premiers. Si vraiment c’était le cas, j’avoue que ma technique éprouvée peut ne pas fonctionner. Car pour ces jeunes financiers qui auraient pu être des prodigieux traders sous d’autres cieux, insensibles aux influences parentales ou tribales, ont choisi de servir la Patrie, c’est avec un haut sens du devoir et une perception ludique de l’exercice qu’ils déjoueront toutes nos vieilles recettes. Les tentatives de corruption ou d’intimidation les raidissent davantage. Même nos marabouts magnétiseurs ont du mal à les envoûter. Ce sont des tenants d’une folie collective d’opération mains propres. Ils sont à la fois terribles et intraitables. De vrais "Sellals" (démons) de la finance, je vous dis! Des teigneux qui ne lâchent pas l'affaire!

Mais dans tous les cas, essayez quand même ma technique, vous ne perdez rien ou alors vous perdez tout. Et si malgré tout vous ne vous en sortez pas, invoquez votre bonne foi et plaidez la faute de gestion plutôt que le détournement de deniers publics, qui se situe dans la catégorie des crimes économiques les plus sévèrement punis par le code pénal. Impliquez votre comptable car, ces gens aussi ont l’art de se faire blanchir la peau et le patrimoine de toutes les malversations. Vous avez une autre carte à jouer : si vous êtes pris la main dans le sac, dites tout simplement que ce n'est pas bon pour l'image du pays à l'extérieur et pour les élections à l'intérieur d’humilier un ambassadeur plénipotentiaire extraordinaire...

Mais là, vous risqueriez malheureusement de ne plus avoir au téléphone votre "ami" le Président "Mohamed"; car Ould Abdel Aziz n'est pas né de la dernière pluie et n'est pas de nature à tolérer l'abus des biens publics. Et quand on a le malheur de trahir sa confiance, alors là, cherchez un abri nucléaire!

En tout cas, en ce qui me concerne je tiens à signaler que j’ai toujours échappé aux inspecteurs en traversant tous les régimes. J’ai même fait construire ma toute première villa à Nouakchott directement par une institution publique, j’y dors tranquillement et personne ne m’a inquiété jusque-là. Une dame zélée avait porté plainte contre mon honorable personne, mais je l’ai vite stoppée, le dossier de sa plainte ayant tout simplement disparu de la circulation. C'était facile à l'époque. Mais ces derniers temps je commence à me faire quelques soucis. Il m'arrive de faire des cauchemars y compris en plein jour et tout éveillé, dans un local bizarre, lugubre à Dar Naim.

Car avec la détermination du Président Ould Abdel Aziz de lutter contre la gabegie et les instructions fermes qu’il donne à ces jeunes limiers qui ne connaissent pas assez nos traditions d’indulgence et ignorent tout de notre culture de la déférence pour les aînés et du maslaha (arrangements), je ne suis plus sûr de rien. Même pas de finir tranquillement la construction de mon tout nouveau palais, tout beau et à la hauteur de mon rang. Même pas de garnir mes comptes numérotés dans ma banque tout près de mon ambassade dans ce beau paradis fiscal en Europe! En attendant Priez pour moi.

Cheikh El Veçad,
Expert
Noorinfo


              

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