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L’Algérie veut-elle faire la guerre au Maroc?


International
Mercredi 30 Mars 2016 - 08:56

Les déclarations pro-polisario de Ban ki-moon et les prises de position algériennes alimentent la tension existante entre le Maroc et l’Algérie. Abdelhamid Harifi, expert en questions de défense, décrypte pour Médias 24 les enjeux et le score d’une éventuelle escalade militaire entre les deux pays.


Ceinture de sécurité du Maroc
Ceinture de sécurité du Maroc
Abdelhamid Harifi, passionné des affaires militaires et consultant de Médias 24 pour les questions de défense, s'est penché sur les récents développements du conflit du Sahara. A la question préalable de savoir s'ils pouvaient avoir des conséquences fâcheuses et constituer un casus belli entre le Maroc et l'Algérie, notre interlocuteur a commencé par contextualiser l'éventualité d'un conflit .
 
Un climat de surenchère propice à la guerre?
 
«Malgré ce que peut laisser entendre la récente réunion du polisario avec le premier ministre algérien, le ministre des Affaires étrangères et leur chef d’état-major, il n’y a pas d’hostilité croissante. Depuis 40 ans, le rythme des manœuvres politiques à l’encontre du Maroc n’a pas changé et l’Algérie n’a jamais cessé de soutenir logistiquement le polisario, malgré la signature du cessez-le-feu en 1991.»
 
Cette attitude s’expliquerait par le fait que l’Algérie ne peut pas entrer en confrontation militaire directe avec le Royaume, sans motif légal et sérieux,,, légitimant une guerre entre les deux pays.
 
«Depuis 1975, les autorités algériennes se sont toujours prononcées pour l’indépendance du Sahara, en précisant cependant qu’elles n’étaient pas partie prenante dans ce conflit. Elles ne peuvent donc pas entrer en guerre contre le Maroc sous peine de se décrédibiliser à l’international».
 
Dans les faits, l’Algérie livre depuis toujours un combat acharné contre le Maroc à travers un rôle de proxy lui permettant de ne pas apparaître en première ligne. Notre interlocuteur précise que c’est Kadhafi qui armait les séparatistes et non l’Algérie, qui se contentait d’offrir de l’argent et des moyens logistiques (camions …).
 
«Il faut cependant rappeler qu’au cours des batailles d’Amgala 1 et 2, les Algériens ont directement combattu contre l’armée marocaine aux côtés de leurs protégés du polisario. Tout comme pendant la guerre des sables (1963), ils ont eu de nombreux militaires emprisonnés par le Maroc.»
 
Une guerre algéro-marocaine via le polisario est-elle possible?
 
Malgré certains mouvements de troupes aux frontières, la reprise des hostilités avec un polisario soutenu par l’Algérie est peu crédible, du fait que le cessez-le-feu stipule que l’équilibre des forces de part et d’autre doit rester le même qu’en 1991.
 
«La Minurso contrôle les 2 parties qui n’ont pas le droit d’introduire de nouvelles armes de guerre sur place. Ainsi, l’arsenal recensé à Laâyoune ou Bir Lahlou en 1991 peut être uniquement rénové».
 
Selon lui, l’Algérie ne prendra plus le risque de combattre directement ou même indirectement le Maroc, après l'échec cuisant de la guerre des sables et des batailles d’Amgala et de Bir Anzarane.
 
«Malgré leur soutien affiché au polisario et leur haine féroce du Maroc, les autorités algériennes n’enverront jamais leurs troupes mourir pour cette cause ou contre celui qu'elles ont désigné comme leur ennemi de toujours. Du côté du polisario, la récente exposition "militaire" à Bir Lahlou n'était que gesticulation avec son matériel rouillé».
 
Et s’il y avait une confrontation armée?
 
Face au récent communiqué du ministère algérien des Affaires religieuses, invitant les imams «à sensibiliser les citoyens aux menaces qui pèsent sur le pays et à les inciter à défendre l’unité nationale», la question du rapport des forces militaires entre les deux pays se pose avec d’autant plus d’acuité.
 
«Au-delà des considérations militaires, il faut penser aux enjeux politiques et géostratégiques d’une guerre au niveau de notre région,, car personne ne la laisserait se déclencher aux  portes de l’Europe. Mais si d’aventure, il y avait confrontation, il y a de fortes chances qu’elle se solde par un match nul.»
 
 
Côté numérique, l’avantage est à l’Algérie, qui dispose d’équipements beaucoup plus nombreux que le Maroc, même si les deux pays sont à égalité en termes de troupes (250.000 hommes).
 
«Ils ont 2 fois plus de blindés et d’avions de chasse que nous. La raison est que l’Algérie doit couvrir une superficie plus étendue et qu’elle dispose de recettes pétrolières ayant permis de s’équiper en quantité».
 
Malgré un budget militaire plus modeste (4MM$) que son voisin (13MM$), le Maroc n’est pas en reste, grâce à sa supériorité qualitative en termes d’armements et de son avantage sur le terrain, ainsi que de son expérience, son organisation et ses capacités opérationnelles, qui ont fait leurs preuves.
 
«Notre terrain accidenté à l’est empêcherait toute percée de l’armée algérienne pour atteindre les centres névralgiques (Casablanca, Rabat …) du pays. La stratégie anti-aérienne mise en place par le Royaume dans ce terrain difficile d’accès paralyserait toute progression des bombardiers algériens».
 
La vraie différence entre les deux armées réside surtout dans une architecture marocaine de communication et de commandement supérieure et plus efficiente que celle de son voisin.
 
«A partir d’un seul centre de commandement, le Maroc peut gérer toutes les scènes de combat. Une base située à Salé peut visionner en temps réel les images d’un pilote de F16 survolant l’Algérie. Cela permet de prendre des décisions rapides et de gérer efficacement les trois corps d’armée, pour anéantir les menaces venant de la partie adverse».
 
OUtre de bons choix stratégiques (équipements et process) décidés par la hiérarchie militaire, le Royaume capitalise aussi sur son expérience au combat dans les théâtres de guerre étrangers.
 
«L’expérience terrain est un plus que ne possèdent pas les Algériens. Hormis leur guerre de libération et un contingent envoyé à la guerre du Kippour en 1973, ils n’ont jamais fait leurs preuves. De plus, ils s’entraînent peu avec des armées étrangères lors de manœuvres navales, terrestres et aériennes».
 
Notre expert pense qu’une guerre entre les deux pays ne pourrait pas durer plus de quinze jours, du fait d’équipements limités empêchant de se lancer dans des grandes batailles navales ou aériennes.
 
«S’il devait y avoir une confrontation, elle impliquerait surtout les armées de terre, mais serait limitée dans le temps. Les parties n’ont pas les moyens (munitions …) de tenir au-delà de 15 jours».
 
L’éventualité d’une guerre semble d’autant moins probable qu’elle ne manquerait pas de créer un environnement favorable à l'implantation des cellules terroristes, menaçantes pour les deux pays et pour la stabilité régionale et internationale.
 
Entre les scénarios de paix ou de guerre fraticide, notre interlocuteur préfère résumer la situation actuelle en citant la célèbre phrase de Raymond Aron: paix impossible, guerre improbable.
 
«Entre le Maroc et l’Algérie, une paix est impossible, mais une guerre est tout aussi improbable. Pour sauvegarder leur orgueil, ils ne se résoudront pas à entériner la paix, l’endoctrinement d’Etat anti-marocain durant depuis des décennies. Malheureusement, le problème ne se situe plus uniquement entre les autorités des deux pays, car on commence à percevoir une animosité anti-marocaine au sein d'une partie du peuple algérien, ce qui n'est pas du tout le cas au Maroc».

Par Samir El Ouardighi
medias24.com
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