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L’Algérie parviendra-t-elle à rattraper le Maroc dans la conquête de marchés africains ?


Economie
Mardi 14 Juin 2016 - 17:00

Il a sauvé sa tête. Le ministre algérien de l’industrie, Abdeslam Bouchouareb, a échappé, samedi 11 juin, au troisième remaniement ministériel depuis la réélection d’Abdelaziz Bouteflika pour un quatrième quinquennat en 2014. Et cela tombe bien, car, le lundi précédent, M. Bouchouareb avait enfin réussi à annoncer une date pour un Forum économique algéro-africain, du 19 au 21 novembre, qu’il pourra conduire si le gouvernement d’Abdelmalek Sellal reste stable d’ici là.


Une vue du site gazier d’In Amenas, en Algérie. 31 janvier 2013. CRÉDITS : AFP
Une vue du site gazier d’In Amenas, en Algérie. 31 janvier 2013. CRÉDITS : AFP

L’ambition déclarée du ministre est d’« orienter les exportations du pays, hors hydrocarbures, vers leur première destination naturelle et de développer  des investissements dans ce continent qui possède d’énormes potentialités ». Une volonté déjà énoncée lors de la 19e rencontre tripartite qui a réuni le 5 juin le gouvernement, le patronat et les syndicats pour plancher  sur un « nouveau modèle », alternative à la rente pétrolière. Mais une volonté qui arrive tard : l’Algérie, en Afrique, a pris un retard considérable sur son grand rival, le Maroc.

  Ce nouveau rendez-vous  de novembre est d’autant plus attendu que celui qu’avait organisé M. Bouchouareb en 2015 n’avait pas pu se tenir. Le défi est de taille. Si l’Algérie est influente diplomatiquement en Afrique, son économie est à la traîne et vit sous la menace d’une « crise », comme le relevait cette semaine le quotidien El Watan. Le secteur de l’énergie, qui assure à l’Algérie 60 % de son budget et 95 % de ses recettes  externes, souffre en effet d’un ralentissement des investissements étrangers et d’une baisse de l’exploration et de la production.


« Conditions trop contraignantes »

Lors des neuf premiers mois de l’année 2015, l’Afrique subsaharienne n’a pesé que pour 84 millions de dollars (74,5 millions d’euros) dans les exportations du pays (0,29 %) et pour 289 millions de dollars dans ses importations (0,74 %), des chiffres qui augmentent marginalement quand on y ajoute les échanges avec les pays de l’Union du Maghreb arabe (UMA). Le Maroc, lui, qui a impulsé une politique  économique africaine depuis une vingtaine d’années, a exporté, en 2014, sur les marchés africains 5,2 % de sa production, essentiellement au sud du Sahara, soit l’équivalent de 1,8 milliard de dollars et de 467 millions de dollars vers l’UMA. Mais c’est surtout avec un stock d’investissements orienté à près de 50 % sur le continent que le Maroc se distingue. Le royaume est ainsi devenu le premier investisseur en Afrique de l’Ouest, très loin devant l’Algérie.

Or en Algérie, pour éviter  la fuite de capitaux, la Banque centrale doit donner  son accord pour chaque transfert de fonds. Un frein terrible au développement  des relations économiques avec l’Afrique. Bien qu’officiellement assouplies en novembre 2014, « les conditions d’éligibilité et de mise en œuvre sont encore trop contraignantes », estime Samir Sayah, directeur associé du cabinet CMS, qui précise : « L’accord préalable du Conseil de la monnaie et du crédit est toujours nécessaire et seules les société s exportatrices, puisqu’elles contribuent aux réserves de changes, peuvent y accéder  leur investissement doit alors [être  complémentaire de leur activité algérienne]. En d’autres termes, les autorités gardent la main sur le choix des opérateurs qui auront le privilège d’être de l’aventure. »

  C’est aussi sur ce choix d’opérateurs, justement, que le bât blesse. Manque de chance : plusieurs de ceux qui ont les capacités industrielles et financières de se lancer  dans l’aventure africaine sont précisément ceux dont le gouvernement se méfie. Rouiba, leader algérien des jus de fruits, projette depuis octobre 2014 de gérer  six usines de transformation de fruits, livrées à l’Etat béninois en 2013, avant de développer un site industriel plus ambitieux. « Nous voulons créer  une plateforme industrielle à même de fournir  l’immense marché nigérian, mais aussi une plateforme logistique afin d’exporter notre production algérienne, explique son patron, Slim Othmani, connu pour ses positions critiques envers le régime algérien. La présidentielle béninoise organisée en mars a ralenti le dossier, mais c’est surtout l’attente [depuis plus d’un an] de la décision de la Banque d’Algérie concernant notre investissement qui nous empêche d’avancer. »

Issad Rebrab, seul entrepreneur privé algérien « global » avec son groupe Cevital, avait lui aussi prospecté en 2012 en Afrique subsaharienne. Il est devenu la bête noire du pouvoir  et se plaint depuis des années de voir  ses projets bloqués par Alger.

  « Les fonds que l’on peut sortir  peuvent nous permettre  d’exporter, mais pas d’investir pour produire », analyse M. Othmani, qui pense pourtant que les choses pourraient évoluer  avec la nomination, le 31 mai, de Mohamed Loukal, ancien PDG de la Banque extérieure d’Algérie (BEA, publique), à la tête de la Banque centrale. Deux semaines plus tôt, la BEA, qui compte parmi les quinze premières banques d’Afrique par le poids de son bilan, indiquait vouloir  moderniser  ses réseaux pour « s’imposer en tant que banque majeure à l’échelle continentale ». Le ministre de l’industrie Abdeslam Bouchouareb souligne lui-même l’urgence pour l’Algérie de déployer  des banques en Afrique.


« Participation active de l’Etat »

Outre les aspects réglementaires, Kamel Moula, directeur général de Venus Sapeco, leader du cosmétique en Algérie, et président du Cub des entrepreneurs et industriels de la Mitidja (CEIMI), pointe un problème « culturel » : « L’export, c’est compliqué, c’est un métier et toutes les entreprises  ne le connaissent pas. Beaucoup de PME compétitives pourraient profiter  d’opportunités qui nous parviennent, mais elles ne savent pas le faire. » Plusieurs industriels interrogés souhaitent d’abord consolider  leurs parts de marché locales, dans un pays qui connaît un certain boom consumériste, si possible avec le soutien de l’Etat face aux importateurs, afin de faire baisser  la facture extérieure.

Entre la compagnie aérienne publique Air Algérie, qui ouvre de nouvelles dessertes vers l’Afrique, la route transsaharienne (Alger-Niamey-Lagos), achevée en Algérie mais victime de l’insécurité dans le Sahel, ou encore le futur méga-port de Cherchell, l’Algérie dispose d’atouts. Mais Slim Othmani prévient : « Il nous faudra une participation active de l’Etat pour y parvenir, un peu comme le Maroc l’a fait. On verra ce qui se passera au Forum de novembre. Il ne s’agit pas de débarquer  en conquérant : nous sommes les derniers à arriver  et personne ne nous attend. »

 

Par Saïd Aït-Hatrit (contributeur Le Monde Afrique, Alger)
 

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