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Noorinfo

Koweït : Le désespoir d'une militante laïque face à un régime obtus


International
Mardi 23 Octobre 2012 - 11:46

Avec la violente répression d'une manifestation le 21 octobre, la crise politique koweïtienne prend soudainement une tournure dramatique. Même le quotidien Al-Jarida, sociologiquement très éloigné des bases électorales de l'opposition, s'insurge contre les méthodes du régime.


Des manifestants d'opposition dispersés par les tirs de gaz lacrymogène de la police, le 21 octobre dans la capitale.
Des manifestants d'opposition dispersés par les tirs de gaz lacrymogène de la police, le 21 octobre dans la capitale.
C'est déplorable ce qui se passe dans notre pays. En premier lieu, le niveau de plus en pus élevé de violences, physiques et verbales. J'entends des gens qui, exaspérées par les manifestations de l'opposition, voudraient infliger une leçon aux jeunes qui organisent des sit-in devant le Parlement et lâchent : "Si j'avais été à la place de la police, je leur aurais éclaté la cervelle." En face, c'est le même langage violent : "Si je vois un policier s'approcher, je lui casse la figure." Voilà où nous en sommes.

Je pense que c'est le gouvernement qui a semé la violence et l'a installée dans les esprits. Quand, dans une manifestation se produisent des actes de vandalisme, c'est aux forces de l'ordre et non pas aux manifestants de garder leur sang-froid. Or c'est l'Etat qui a fait un usage disproportionné de la force à l'encontre des jeunes qui s'étaient rassemblés dans la maison du député Jumaan Herbech [le 8 décembre 2010, marquant le début de l'escalade des tensions politiques à une dizaine de jours du début du "printemps arabe" en Tunisie], à l'encontre des bidouns [les apatrides vivant au Koweït, qui manifestent de plus en plus régulièrement pour obtenir des droits] ou encore lors des manifestations à répétition devant le Parlement.

Cela est d'autant plus regrettable que, ce faisant, le gouvernement m'empêche d'exprimer mon désaccord avec l'opposition. Pourtant, je désapprouve de chaque fibre de mon corps le discours de celle-ci, la manière qu'elle a de s'exprimer, sa violence verbale, son extrémisme religieux, son tribalisme, ses grands airs de "révolutionnaires", ses objectifs qui sont antinomiques avec les exigences d'un Etat civil.

Tout cela me paraît inacceptable. Mais vers quel saint se tourner ? N'est-ce pas le gouvernement qui leur a fourni de quoi se draper dans le costume du révolutionnaire ? N'est-ce pas le gouvernement qui a laissé la corruption et la gabegie s'installer, tout en se désintéressant de développer l'économie ? N'est-ce pas lui qui a donné l'ordre aux forces de l'ordre de tabasser Obaid Al-Wasmi [toujours le 8 décembre 2010 ; celui-ci, professeur de droit constitutionnel à l'université de Koweït et de tendance libérale, a ensuite été élu député et est devenu l'une des principales figures de l'opposition]. N'a-t-il pas infligé mille blessures aux jeunes, blessures dont se nourrissent aujourd'hui Walid Tabtabaï [député salafiste, en détention depuis la manifestation de l'opposition le 21 octobre, violemment réprimée, avec un bilan de plusieurs dizaines de blessés], ainsi que Moussallam Al-Barrak [autre député de l'opposition, extrêmement populaire dans sa circonscription, ex-syndicaliste de tendance libérale. Il est lui aussi visé par un mandat d'arrêt].

Qu'est-ce que j'aurais aimé pouvoir choisir clairement mon camp, comme quand j'étais petite et pensais que le monde était divisé en noir et blanc. Or depuis j'ai appris que les choses la plupart du temps se présentent dans des nuances de gris.

Al-Jarida Pour Ibtihal Al-Khatib
Lu sur courrierinternational.com
Mamoudou Kane


              

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