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Kenya : Uhuru Kenyatta et l'embarras de la communauté internationale


International
Dimanche 10 Mars 2013 - 12:25

Le nouveau président kényan est un vrai cas d'école. A peine élu, Uhuru Kenyatta devra pourtant répondre, devant la CPI, d'accusations de crimes contre l'humanité.


Des Kényans écoutant le discours du président élu, Uhuru Kenyatta, 9 mars 2013, Nairobi. © AFP
Des Kényans écoutant le discours du président élu, Uhuru Kenyatta, 9 mars 2013, Nairobi. © AFP
Uhuru Kenyatta, inculpé de crimes contre l'humanité par la Cour pénale internationale (CPI), a été élu président du Kenya au 1er tour avec plus de 50,03 % des votants, selon des résultats diffusés par la Commission électorale.

M. Kenyatta, soupçonné d'avoir joué un rôle dans l'organisation des violences consécutives au précédent scrutin fin 2007, a recueilli 6.173.433 voix sur un total de 12.338.667 bulletins, soit 4.099 voix de plus que la majorité absolue des votants requise, selon les résultats portant sur la totalité des 291 circonscriptions, affichés sur les écrans de la Commission électorale.

Principal adversaire de M. Kenyatta, le Premier ministre Raila Odinga a recueilli 5.340.546 voix, soit 43,28% des votants et enregistre sa troisième et probable ultime défaite présidentielle. Les chiffres diffusés par la Commission montrent un taux de participation record, avoisinant les 85%.

La précédente défaite de M. Odinga en décembre 2007 avait plongé le pays dans plusieurs semaines de violences sans précédent depuis l'indépendance en 1963, avec plus de 1.000 morts et plus de 600.000 déplacés.

Le président sortant Mwai Kibaki —qui, à 81 ans, ne se représentait pas cette année— l'avait emporté de justesse, à l'issue d'un scrutin au dépouillement opaque et contesté.

Uhuru Kenyatta était alors un soutien clé de Mwai Kibaki, issu comme lui de la communauté kikuyu, la plus importante numériquement - 17% des 41 millions d'habitants - et la plus influente économiquement.

La CPI soupçonne M. Kenyatta d'avoir joué un rôle dans les massacres d'il y a cinq ans, notamment en mobilisant le groupe criminel des Mungiki à la rescousse de sa communauté, ce qu'il nie.

A travers le pays, des groupes de partisans de M. Kenyatta fêtaient samedi dans les rues sa victoire dans une ambiance bon enfant, contrastant avec l'abattement des électeurs de M. Odinga.

Une foule nombreuse a envahi les rues de Naivasha, Nakuru et Eldoret, villes de la Vallée du Rift qui a voté en masse pour M. Kenyatta. "La campagne a divisé les Kényans, politiquement et tribalement, nous appelons Uhuru à utiliser ses premiers jours de fonction pour unifier toutes les communautés", expliquait Alice Korir à Naivasha, où des partisans du nouveau président élu dansaient torse nu malgré le froid perçant.

Des petits groupes en tee-shirts rouges - couleur de la coalition de M. Kenyatta - sillonnaient également Nairobi aux cris de "Uhuru, Uhuru, Uhuru".

Kisumu (ouest), fief de M. Odinga, oscillait en début de matinée entre abattement et colère froide. "Je pense qu'il y a eu fraude, ce ne sont pas les vrais résultats", a expliqué à l'AFP Jared Oruma, moto-taxi..

"Il faut qu'on reste calme, mais à ce que je vois, certains ne le resteront pas", s'inquiète Alphonse Omodi, vigile de 30 ans, qui se dit "en état de choc", alors que près du bidonville de Kondele, des esprits s'échauffent.

"On ne peut pas reprendre 10 ans" de pouvoir kikuyu, s'insurge David Onyango, un Luo, communauté de M. Odinga (11% de la population), "pourquoi est-ce toujours une seule tribu qui gouverne?", alors que Joshua Owino, commerçant luo, se dit "prêt à mourir".

Tous attendent les premières déclarations de Raila Odinga, dont le camp a dans la semaine dénoncé des résultats "trafiqués". Le chef de son parti, Anyang Nyongo, a annoncé dès vendredi soir le dépôt d'un recours devant la Cour suprême en cas de défaite au premier tour, affirmant avoir "des preuves" de fraudes.

A Kibera, tentaculaire bidonville de Nairobi acquis à M. Odinga, John Odhiambo, chauffeur luo de 29 ans, espérait que celui-ci allait "reconnaître sa défaite, afin que nous construisions un Kenya paisible".

Aucun incident n'a été signalé dans le pays, encore traumatisé par les terribles violences d'il y a cinq ans.

Si les résultats provisoires annoncés sont entérinés, M. Kenyatta sera le premier inculpé de la CPI à devenir chef de l'Etat, créant une situation politique et juridique inédite.

La CPI a déjà inculpé le président soudanais Omar el-Béchir en 2009, mais celui-ci était alors au pouvoir depuis vingt ans.

M. Kenyatta a assuré que, même élu, il assisterait à La Haye à son procès, qui pourrait durer au moins deux ans, en dépit des difficultés à concilier cette obligation avec ses fonctions. Aucun mandat d'arrêt ne sera réclamé contre lui tant qu'il collaborera avec la CPI, avait expliqué fin 2012 sa procureure, Fatou Bensouda.

L'ouverture de son procès vient d'être reportée du 11 avril au 9 juillet, sans lien avec le scrutin kényan, a assuré la CPI.

AFP
Mamoudou Kane


              

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