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Kaédi : Le malaise


Actu Mauritanie
Mercredi 17 Juillet 2013 - 13:25

Les esprits s’échauffent, les vieux démons se dressent, excitant une jeunesse fragile, trop souvent frustrée. Perspectives d’avenir aléatoires, presque végétatives, dans un environnement socio-économique de plus en plus dégradé. Chute des valeurs et des bons réflexes, fondés sur le respect de l’autre et de son intégrité, le respect de soi-même et de tout ce qui porte un caractère sacré, sinon consensuel, et qui aère, en tout cas, la coexistence entre les communautés, en groupe certes différents mais complémentaires… Que fait l’Etat ? Lui qui a la charge régalienne de gérer tout cela.


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Il est impératif que les hommes incarnant l’institution républicaine aient une assez haute idée de celle-ci pour ne jamais la mêler à des arcanes crypto-personnelles. Certes, à parler du droit et de l’autorité de l’Etat, on caresse le champ de Machiavel. Mais lorsque ceux qui ont le pied à l’étrier manquent de cette probité indispensable pour rassurer toutes les communautés, tout est à craindre. On ne le répètera jamais assez : oui, les communautés ont besoin d’un traitement égal, d’une coexistence équitable et harmonieuse dont le fondement et le ciment font, de la morale religieuse, un comportement quotidien, une constante dignité d’attitude.

Une taloche et tout s’enflamme

Banal, hélas, fait divers, pourrait-on dire de l’altercation entre dame Delle Sy, la soixantaine sonnante, et le jeune commerçant Ould Abdellahi, né en 1992 à R’kiz, qui a, malencontreusement, porté la main sur celle qui pourrait être sa grand-mère, après des échanges, houleux, dans un coin du marché. C’était à Kaédi, au soir du 6 juillet 2013, vers sept heures moins le quart, aux dernières heures de la journée, donc. Informée, la police est, comme il se doit, venue sur les lieux et a trouvé un certain nombre de jeunes excités, attroupés devant la boutique, avec la ferme intention de faire payer, au jeune thiapato (maure en peul), son acte d’insolence. Dans le vacarme, la police emmène les deux protagonistes pour dresser procès-verbal qui sera soumis au procureur.

Le lendemain, alors que l’autorité policière boucle ce travail de routine, une horde de jeunes venus de partout s’agglutine autour du commissariat. « Laissez la police faire son travail », tente de calmer dame Sy. Mais, déjà, d’autres groupes s’attaquent aux commerçants maures du marché, en se livrant au plus éhonté pillage ; du vol, oui, tout simplement, un vandalisme jamais vu et connu à Kaédi. Comme remontés par la rage, voilà ces jeunes pulaaars à frapper et battre de leurs concitoyens bidhanes qui ne comprennent rien, encore, à ce qui leur arrive.

Des rumeurs, multiples et variées, n’ont, la veille, cessé de circuler dans le milieu peul, comme quoi le jeune Abdallahi n’a pas été inquiété par la police. Pourtant, il était bel et bien en détention, en attendant d’être déféré, le lendemain, auprès du procureur. Et ce sont, maintenant, de paisibles citoyens qui doivent assister, impuissants, au saccage systématique de leur bien ! La police intervient, à nouveau, et, cette fois, y va de la matraque, tant déchaînés sont les instincts. Bilan : 19 blessés dont 4 policiers, deux boutiques saccagées et vidées de leurs marchandises.

Volonté de décrispation

Les réactions ne tardent guère. A l’initiative de bonnes volontés, élus locaux, notables et personnes-ressources issues de toutes les communautés résidentes, un comité de crise est aussitôt mis en place. Présidé par Oumar Abdoul Sow, il comporte, entre autres membres, Aboubacry Samba Cissé (1er adjoint maire), Cheikh Tahara Baradji, Abdoulaye Dahaba Tandia (conseiller), Alioune Ould Manza (ancien député), Niang Alioune, Mohamed Lemine Cherif, N’Diaye Amadoubaila (conseiller), Youssouf Tidiane Diagana, Saoudatou Ly, Mahamadou Abdellahi Tandia et Youba Konaté.

Sa mission : jouer un rôle de facilitateur, médiation et intermédiation, afin d’apaiser les esprits. Circonscrire l’incident dans une dimension citoyenne et se positionner en régulateur social entre les communautés, d’une part, et, d’autre part, entre celles-ci et l’administration, pour le traitement du problème, dans des proportions certes légales mais tenant compte, surtout, des liens forts de coexistence et de voisinage. Confiant du mandat qu’il s’est lui-même assigné, le comité a rencontré la fédération des commerçants, dirigée par son président Moustapha Ould El Haj Sidi, le mardi 9 juillet. Les deux parties ont réprouvé et condamné, avec la plus ferme énergie, ces agissements qui portent tort à la cohabitation mais souhaité, aussi et surtout, la mise en place d’un processus de prévention et de règlement de conflit.

Dans la même fibre, le comité a tenu une réunion avec l’ensemble des oulémas de la commune, le 12 juillet. Tous, sans exception, ont mis en avant la communauté de religion de toutes les communautés du pays et insisté sur le retour aux valeurs islamiques qui, disent-ils, « se dissipent, au profit de comportements aux antipodes de nos cultures ». La commission a également rencontré les autorités administratives, pour leur exprimer tout leur regret, suite à ces incidents, et manifester son entière disposition à collaborer avec elles, dans un esprit d’apaisement et de paix sociale, pour que jamais plus de tels évènements ne souillent la réputation de Kaédi.
On le voit : le rôle de cette commission qui a, également, rencontré le jeunes, a été d’un apport considérable, dans le rétablissement d’un climat social apaisé. Il faut aussi souligner l’action du wali du Gorgol, Ahmedou Ould Abdallahi, et de son staff qui ont su contenir, de main de maître, une situation vraiment explosive. Conscient du danger, pour la Nation, de l’effritement de la cohésion locale, le wali a exhorté les oulémas et les notables à faire preuve de plus de pragmatisme, dans l’éducation et l’encadrement des enfants, avant d’ajouter que la justice, en lieu et place de toute action, s’occupera du reste.

De nombreuses interpellations

De sources policières, on dénombre une trentaine d’arrestations. Distingués en activistes, meneurs ou vandales, ce sont des jeunes, en grande majorité, mais aussi quelques adultes, comme Gando Dia ou Sy Oumar. Quoique la durée de la garde à vue est limitée à 72 heures, aucun suspect n’a été encore libéré (voir encadré). « Les prévenus se trouvent dans des situations déplorables et choquantes », déclare un représentant de l’AMDH. Même son de cloche près le représentant du Réseau pour la Promotion de la Citoyenneté (RPC) qui s’indigne de la légèreté des investigations avant certaines arrestations. C’est, en effet, parfois sur simple indication d’un commerçant ou de toute autre personne que tel ou tel est appréhendé, manu militari, et brutalement incarcéré. Pourquoi, s’interrogent les défenseurs des droits de l’Homme, une telle hâte à trouver des coupables, alors que tout permet, aux enquêteurs, d’agir posément, dans la durée et l’efficacité ?

Mieux vaut prévenir que guérir

Aujourd’hui, la lecture des événements du monde invite les gouvernants à privilégier la prévention sur la force martiale. Le recours immédiat et démesurée à celle-ci ne révèle, en définitive, que l’incapacité des autorités à exercer celle-là en amont. C’est justement parce qu’il doit être protecteur du citoyen et de ses biens que l’Etat ne doit pas être isolé du quotidien des gens. Il doit être présent, dans ses aspirations et ses réalisations. Mieux, les hommes et les femmes qui s’arrogent le droit de gérer la vie publique se doivent d’être exemplaires, dans leurs attitudes et convictions, de telle sorte que le citoyen lambda ne puisse percevoir la moindre faille dans la protection. Dans tous les démembrements de l’Etat, la constance doit être de mise, la perception de la citoyenneté universelle, identique.

Car c’est bien le manque de confiance, entre les administrateurs et les administrés qui est le plus souvent mise en évidence, par des actes et autres agissements contraires, non pas tant, à la loi mais, surtout, à l’éthique. Lorsque le décideur fait prévaloir ce qu’il est, socialement, plutôt que ce qu’il représente, administrativement, il se discrédite, avec sa fonction et le contrat tacite qui fait société. Au moment où notre pays tente de formuler une stratégie nationale de cohésion sociale, il est impératif que tous les violons s’accordent à une même fréquence, afin de produire une mélodie, sinon commune, du moins, harmonique. A cet égard, nos crises, historiques ou non, sont un viatique pour mieux se positionner sur les grandes valeurs d’intégration et d’autoréalisation.

DERNIERE MINUTE

Nous apprenons, à l’heure de mettre sous presse,que neuf des prévenus ont été libérés, après audition auprès du procureur de la République. Sept sénégalais, qui faisaient partie des personnes appréhendées, doivent être conduits à la frontière et expulsés vers leur pays. Seize personnes, inculpées de divers chefs d’accusation, sont maintenues en détention. Par ailleurs, le comité de crise, spontanément mis en place par la population locale, poursuit sa mission d’apaisement.

Source:Lecalame
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